De Billère à Gonneville sur Mer…

Une fresque anti-gouvernementale à effacer !

Il paraît qu’il existerait en France des réunions officielles dans lesquelles des électrices et des électeurs, réputés totalement « apolitiques », débattraient de l’identité nationale. L’affluence, si l’on en croit les évaluations, serait enfin conforme aux vœux de la police nationale et des organisateurs : un véritable succès populaire ! Il est vrai que les deux se confondent parfois, au moins sur les objectifs de ces rassemblements, qui ne sont que des alibis électoralistes destinés à exploiter le racisme souterrain qui sommeille dans le cœur des hommes. En fait, il faudrait encore une fois revenir sur la culture, mais ce n’est ni dans le vent, ni la véritable préoccupation des participants à ces rencontres Tupperware pour adeptes de la cuisine toute faite. Cette culture, qui a fondé l’Humanité, n’est qu’une œuvre d’art dont étaient friands les Romains : la mosaïque qui ornait leurs villas. Elle se meurt quand on tente de la faire entrer dans un moule ou que l’on veut lui couper ces ailes de la créativité qui font sa liberté.
Toute l’Histoire de France porte les stigmates de cette tentation éprouvée par les pouvoirs dominateurs d’officialiser un mode culturel.
La censure revient au galop et a même, encore et toujours, ses serviteurs zélés, comme au cours de ce second Empire qui n’admettait pas que l’artiste exprime autre chose qu’une vision correspondant à ce qui devait être l’opinion dominante. L’avènement de Napoléon III aura par exemple marqué une véritable rupture dans l’histoire artistique du XIX° siècle en France. Il y eut en effet une lutte terrible entre un « art officiel », et l’autre, se voulant « indépendant »… La politique gouvernementale d’alors encensait un art dit « académique », affadi, reconnu comme porteur de « l’identité nationale » (on a appelé ce style, le style « pompier) non revendicative. Comblés d’honneur par le pouvoir en place, les Meissonnier, Cabanel ou Bouguereau ont tous eu le privilège d’échapper à la postérité. Les autres y sont entrés, justement parce qu’ils avaient su ne pas se conformer aux règles.
Opposants au coup d’état institutionnel de celui que Hugo avait qualifié de « petit », ils souhaitaient exprimer les beautés simples de la nature, de la vie de leurs contemporains les plus humbles. Millet y ira de son « Angélus », Degas de « sa repasseuse », Manet de son « déjeuner sur l’herbe » et de nouveaux personnages « non en cour », non-officiels apparurent sur des cimaises considérées comme perverses ou décadentes. La formule de Manet : « je peins ce que je vois, et non ce qu’il plait aux autres de voir » paraissait révolutionnaire en une époque où des fonctionnaires zélés veillaient à ce que les convenances soient respectées. Cette période n’est pas révolue : drôle de coïncidence, car tout le monde n’a pas en mémoire ces moments où il devait y avoir une vérité artistique ne mettant pas en cause… notre identité nationale officielle.
Tenez, savez-vous que le rapporteur public du tribunal administratif de Pau a sollicité du Tribunal l’effacement d’une fresque murale de la charmante commune de Billère, une œuvre qui n’était pas destinée à entrer dans l’histoire artistique du XXIème siècle, mais qui risque bel et bien d’entrer dans l’histoire de la République. Le « tableau » est dédié aux sans-papiers expulsés et à leurs enfants, comme il y en eut bien d’autres au cours des siècles, qui illustraient la vie des déracinés poursuivis par les pouvoirs les plus faibles sur leur politique. Heureusement que Picasso n’a peint que le massacre de Guernica, mais pas les Républicains espagnols confinés dans des camps de réfugiés avant leur retour forcé au pays !
Sur le même mur d’une salle, où les habitants en situation régulière ont le droit de faire la fête, il a paru intolérable au représentant de la République qu’on ait pu inscrire des mots subversifs : « liberté », « égalité », « fraternité », « solidarité », « justice », « entraide », « engagement », « enfants », « papiers  » mais qui sont accompagnés d’un vocabulaire inadmissible dans un régime républicain : « terre d’accueil », « métisse », « dénoncer », « citoyen ». Avouez que par rapport aux propos xénophobes prononcés dans des salles publiques lors du débat sur l’identité nationale, ceux-ci relèvent de l’atteinte à l’honneur de la République. D’ailleurs le réquisitoire a introduit une nouvelle notion assez intéressante en cette période de « réforme » hostile aux élus locaux, celle de « neutralité à l’égard de la politique gouvernementale ». C’est ce qu’on appelle dans la Constitution le droit d’expression libre.

Portrait de 1940 pour une fresque

Ah! Que ce maire socialiste (tiens donc!) est un dangereux terroriste en ayant offert un « mur » d’expression à un artiste voulant rappeler simplement des mots du patrimoine national. Il aurait dû faire comme son collègue de Gonneville-sur-Mer, charmante commune dans le Calvados qui refuse obstinément de retirer du mur de la salle de la mairie, où se réunit le conseil municipal et où se font les mariages, le portrait du… Maréchal Pétain! Il s’y oppose sous le prétexte qu’il possède une galerie de portraits de chefs de l’État qui ne peut se passer de cette œuvre d’art de grande qualité. C’est sa fresque à lui !
Certes, il n’y a que les mots « travail , « famille », Patrie », mais ils ne portent pas ombrage aux autorités. Elles sont probablement ravies de constater que ce musée des hommes qui ont compté dans notre histoire reflète une certaine idée de l’identité nationale.
Je suis, comme vous certainement, convaincu que le représentant de l’État républicain va déférer cet élu amoureux de l’Histoire de France, au tribunal administratif avec autant de célérité que l’a fait celui des Pyrénées Atlantiques, et que le rapporteur du tribunal administratif de Caen, ira de son couplet républicain qui pourrait être le suivant : « Plaise au tribunal d’enjoindre au maire de Gonneville sur Mer d’effacer du mur de l’édifice public le portrait contraire au devoir de neutralité » et qui « remet en cause  la politique actuelle du gouvernement » se voulant détachée de toutes les polémiques de l’Etat Français!
Dans tous les cas, j’irai me faire photographier à Billère le jour où, sur ordre d’un tribunal, la force publique réquisitionnée « occultera » ou « effacera » une œuvre d’art pour simplement lancer à celui qui viendra exécuter un jugement rendu au nom du peuple : « casse toi pauv’ con! »

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9 réflexions au sujet de « De Billère à Gonneville sur Mer… »

  1. On vit une époque formidable ! ;-((((((
    J’espère que nos concitoyens sauront faire bloc pour éviter que Sarko & Co, après 2012, continuent de détruire notre République !

  2. Mon non/souvenir d’enfance qui m’est le plus cher, c’est que pendant l’occupation et sous le régime de Vichy (il est vrai que je vivais en zone occupée), je n’ai jamais chanté « maréchal nous voilà ».

    Il n’ya pas à en tirer une grande gloire, certes, mais ça me fait plaisir de m’en souvenir.

  3. …et moi je viendrai (si je ne suis pas déjà en prison !) me faire photographier devant la Mairie quand nos gouvernants décideront de faire effacer « Liberté, Égalité, Fraternité » !

  4. La démocratie bat de l’aile!!!
    Vraiment c’est minable… surtout de voir et d’entendre à la télévision, à la radio, des commentaires et des discours d’un p’tit nabot issu de l’immigration… ben voyons, lui il ose nous parler d’identité nationale ??? Tout président qu’il est, il piétine son devoir de neutralité…. et nous prend pour des demeurés !!! Nous n’avions pas besoin de cet énergumène et pourtant 53% de « Français » ont voté pour lui….
    C’est à gerber de honte !!!!! J’espère qu’en 2012, pour une fois, les électrices (eurs) n’auront pas la mémoire courte !!

  5. Je suis en tous points d’accord avec toi, Fabrice. Et c’est à nous tous qu’il appartient de faire en sorte que les électrices et les électeurs n’aient pas la mémoire courte…Pour cela, il faut être chaque jour sur le terrain, leur expliquer, leur démontrer qu’on leur ment, qu’on les trompe et qu’ils ne doivent pas se laisser endormir par les propagandes du pouvoir…. Mais aussi leur apporter la preuve que nous sommes capables d’autre chose que des discours fumeux et des critiques stériles….
    Quant à se faire photographier à la mairie de Billère au cas où…..,tu peux compter, Jean Marie, que nous serons nombreux à t’accompagner et à crier avec toi « casse-toi, pauv con » !

  6. quand un gouvernement commence a effacer les mots de liberté egalité fraternité , solidarité et justice sur ses murs, l’identité nationale en prend un coup .j’aime que  » l’autre  » nous interpelle . je l’invite a continuer et qu’il sache que je suis de tout coeur avec lui .

  7. Le Préfet de la région Basse-Normandie a demandé au maire de Gonneville-sur-Mer (Calvados) le « retrait immédiat » d’un portrait du maréchal Pétain accroché dans la salle des mariages de la mairie, a-t-on appris auprès de la Préfecture. « Je vous demande fermement de procéder au retrait immédiat du portrait de Philippe Pétain de la galerie de portraits présente dans votre mairie », a écrit le Préfet de région Christian Leyrit dans un courrier en date du 21 janvier adressé au maire de la commune, Bernard Hoyé (SE).

    « Ce portrait ne saurait (…) figurer aux côtés des portraits officiels affichés dans une mairie, lieu hautement symbolique de la République », souligne le Préfet. Le préfet avait été saisi par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) d’une demande visant à obtenir le retrait du portrait du maréchal Pétain de la mairie de Gonneville.
    Comme quoi il faut avoir le courage de la ramener de temps en temps (cette chronique avait été reprise par l’AFP)

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