Demain on ne rasera pas gratis

La suppression de la taxe professionnelle, présentée comme un soutien direct aux entreprises de notre pays, va tourner au fiasco économique dès le début de 2010. Alors que le Medef continue, dans le seul intérêt des entreprises du CAC 40, à tirer les ficelles dans les couloirs de l’Assemblée nationale, les inquiétudes montent à juste titre du terrain. Il suffit, en effet, d’avoir un brin de lucidité et d’esprit objectif pour constater que rien ne sera amélioré par cette suppression, en terme de compétitivité, pour la très grande majorité des acteurs économiques.

Qui oserait, par exemple, sans être de mauvaise foi, affirmer que la baisse de la TVA sur la restauration a modifié la donne dans ce secteur d’activité ? La fréquentation des restaurants est-elle tributaire du pouvoir d’achat ou bien d’une affichette indiquant que le café a baissé de quelques centimes d’euros ? Quel a été l‘impact de ce cadeau fiscal sur l’emploi ? Qui ignore, dans le milieu, que dès le début de 2010 les prix, provisoirement atténués, remonteront en douce, au fil… des changements de cartes ?

Le remplacement de la fameuse TP par une usine à gaz, qui permettra toutes les fraudes possibles et imaginables (qui va contrôler, en effet, les déclarations prévues, quand on sait que l’État n’aura bientôt plus les moyens de vérifier ses propres recettes fiscales ?) ne constitue certainement pas une avancée pour les PMI et les PME. Elles seront ponctionnées par deux ou trois taxes supplémentaires, sans aucun avantage particulier au moment du bilan. Mais comme on ne le vérifiera qu’en 2012, après les présidentielles, tout le monde s’en fout et se contente de l’annonce !

Pourtant il suffit, pour celles et ceux qui n’ont pas fait les études des technocrates de Bercy, de se souvenir des formules du cours moyen d’avant les maths modernes : « Prix de revient = prix d’achat+ frais » et la seconde qui suivait « Bénéfice = Prix de vente-prix de revient » ! Certes le mot « bénéfice » a été remplacé par « profit », mais rien n’est véritablement changé, puisque la TP figurait dans les frais reportés sur le client ou l’acheteur (sauf mauvaise gestion)… Et il est impossible d’imaginer que le non paiement en 2010 de la TP aura des répercussions sur les prix au détail ou sur les factures diverses. C’est une vaste supercherie médiatique… et rien d’autre! La France ne sera pas un zeste plus compétitive face à la concurrence internationale sur les LGV, les centrales nucléaires, les airbus, l’agroalimentaire, les produits de luxe et tout ce qui est déjà… fabriqué à l’étranger !

Dès que la Loi des Finances sera votée, avec des pressions en tous genres, il sera temps d’examiner, comme à l’habitude en France, les conséquences d’une nouvelle absurdité économique. La première, c’est que le doute s’est installé sur le terrain chez les élus de toutes tendances. Ils ont bien noté que la compensation à l’euro près sera effective en 2010, mais… nulle part il n’est annoncé une compensation pour 2011 sur la base de ce qu’aurait rapporté en 2011 cette TP si elle avait survécu. Les investissements (73 % de l’investissement en France) des collectivités vont être « gelés », les commandes réduites, les embauches restreintes et même si les entreprises économisent parfois quelques milliers d’euros sur la taxe, elles devront se passer… de la manne que représentent les budgets publics.On va vite le voir dès la mi 2010 !

Déjà, le Conseil Général de la Gironde, ne voulant pas se trouver trop en difficulté en 2010 (et plus encore en 2011), va réduire le budget de ses directions de… 18 %, ne va plus donner aux communes d’autorisation d’investir  par anticipation, et va revoir ses programmes prévisionnels d’investissements (voirie, collège), ce qui est infiniment plus inquiétant pour les entreprises que la pseudo suppression de la TP ! On n’a jamais vu l’argent des impôts aller ailleurs qu’au milieu économique, que ce soit directement pas les investissements, ou indirectement par le salaire des fonctionnaires. Qui peut reprocher au conseil général, dont la mort est réclamée par l’UMP, les Verts, tous les gens qui n’ont jamais pu s’y faire élire au scrutin uninominal, de ne pas s’engager au-delà de son agonie programmée?

Si les recettes baissent, l’alternative sera simple pour toutes les collectivités territoriales : baisser les dépenses non obligatoires, ou diminuer les services aux personnes ! Dans les deux cas ce que les gens ne verseront plus en impôts, ils le paieront directement sur les services (accueil des enfants, cantine, sport, culture, santé, transport, APA…) ce qui conduira à un paradoxe historique. Au moment où le pays de la marchandisation outrancière crée une « sécurité sociale » pour tenter de limiter les inégalités dues aux coûts, la France creusera les inégalités d’accès à tout son système social, en le confiant à la loi du marché !

J’ai rencontré ce matin une retraitée qui me confiait qu’elle allait arrêter son aide ménagère car elle était devenue, pour une poignée d’euros supplémentaires, redevable de l’impôt sur le revenu et que son restant dû devenait de fait trop élevé. Au bout de cette décision, il y a des emplois et donc du pouvoir d’achat et des budgets qui vont s’effriter, avant de s’effondrer ! Il en ira de même, dès le premier trimestre, dans de nombreux domaines ! Les entreprises de service vont prendre de plein fouet une réforme idéologique. Un exemple?

« …Les mécanismes prévus par cette réforme augmenteraient le coût du travail intérimaire, la charge fiscale des entreprises, et amplifieraient la fermeture d’agences. Cela se traduirait non seulement par des destructions d’emplois et par la disparition de contributions sociales et fiscales, mais limiterait aussi la capacité d’actions collectives en faveur de l’emploi. En effet, le réseau des agences d’emploi, structuré en maillage serré dans les territoires, joue un rôle reconnu et déterminant pour fluidifier le marché du travail et développer l’emploi (…) ». Ce n’est pas moi qui l’écrit mais un responsable du syndicat national des agences d’intérim dans une note interne confidentielle. C’est bizarre il ne cite ni Jaurés, ni Blum, mais il a certainement inspiré Raffarin, Balladur ou Juppé…

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Une réflexion au sujet de « Demain on ne rasera pas gratis »

  1. Bonjour,
    La vrai question, qu’il faut nous poser, à nous les citoyens, va-t-on patienter lamentablement jusqu’en 2012, où voulons nous une ALTERNATIVE, maintenant, pour espérer freiner l’hémorragie.
    Cordialement.

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