Des réalités européennes très concrètes

Bruxelles restera toujours un carrefour européen incontournable. La ville est bel et bien la plateforme de gestion d’un continent qui, même s’il s’est déporté vers l’Est, a besoin de se retrouver sur un espace symbolique. Des centaines d’élus, de techniciens, de « technocrates », d’acteurs économiques ne cessent d’affluer vers la capitale de la Belgique, en campagne électorale permanente, car la rivalité entre Wallons et Flamands semble ne jamais trouver de fin. Elle se complique avec une indéniable montée du racisme, perceptible lorsque l’on flâne dans les rues, le soir venu. Regroupements communautaires forts, insultes proférées gratuitement par des crânes rasés dissimulant des cerveaux dérangés, slogans révélateurs d’une tension palpable sur les murs, affichage électoral de soutien à « l’immigration visible » dans les vitrines des magasins… Bizarrement, cette métropole ouverte sur les autres cultures européennes se déchire sur ses propres racines, laissant accroire que, dans le fond, l’unité serait possible à l’échelle de 27 pays mais impossible sur un territoire plus réduit !
Le monde du vélo s’est installé dans ce contexte, avec ses contradictions et ses inégalités manifestes. Pour des raisons bassement financières, l’Europe de l’Est, plus préoccupée de sa survie que de l’amélioration de son cadre de vie, est peu présente, démontrant ainsi que la protection de l’environnement apparaît malheureusement comme une préoccupation de nations supposées encore riches.
L’exemple en est venu hier de la réception des « villes à vélo partagé », où j’ai accueilli, au nom du Club des Villes et Territoires cyclables, les représentants de l’Espagne, de l’Italie, de la Belgique dont les grandes métropoles se lancent frénétiquement dans ce volet de la mobilité. Le seul problème, c’est que ce développement, lié aux expériences Vélib’ et Velov’ parisiennes et lyonnaises, trahissent des options politiques révélatrices des orientations en matière de service public. En effet, il s’agit dans la plupart des cas, de réaliser un appel d’offres basé… sur la contre partie d’espaces publicitaires concédés sur le domaine public. Une manière de privatiser ce qui devrait être, au même titre que les transports collectifs, un volet global de la mobilité, géré par une vision publique. Que se passerait-il demain si, dans toutes ces métropoles, les opérateurs privés ayant proposé un « gagnant-gagnant » aux élus, se désengageaient sur le seul critère d’une non-rentabilité de leur échange ? Barcelone a pris ses précautions, en gérant elle-même son système de « partage », afin d’en conserver la maîtrise complète et de pouvoir l’adapter aux évolutions rapides des modes de déplacements.
Bruxelles va ouvrir samedi matin son parc de vélos partagés. Il sera signalé en flamand et en français, la communication sera bilingue, la répartition des stations calculée sur des critères de population rattachée linguistiquement à un secteur ou à une autre, les vélos minutieusement positionnés dans des quartiers stratégiques… Un exemple complexe de cette Europe qui a bien du mal à supplanter les querelles de clocher françaises ou les querelles culturelles ancestrales. Même les moules frites ont une « étiquette » dans leur préparation ou dans leur accompagnement qui, d’un endroit à l’autre de la ville, peut être de la bière ou du vin. Et pourtant, le cœur de l’Europe bat ici plus qu’ailleurs !

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Une réflexion au sujet de « Des réalités européennes très concrètes »

  1. C’est toi qui travaille pour moi, pour nous, depuis lundi ; ce n’est plus moi qui travaille pour toi. Rapporte nous tout ce qui peut nous aider à être encore plus performants, à être encore meilleurs.
    Notre ville est un exemple, notre Point Relais Vélo aussi. Nous faisons… nous ferons encore et encore.
    Cécile
    Employée au Point Relais Vélo de Créon.

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