Est-ce uniquement la faute à pas de chance ?

Trois sœurs marseillaises sont mortes dans la nuit de vendredi à samedi, en pleine nuit, à 17 km de la première entrée d’autoroute. Elles se prénommaient Carmen, 12 ans, Charlotte, 13 ans et Victorine,19 ans et elles étaient nées dans une très grande famille issue de la communauté des gens du voyage. Elles avaient quitté le domicile familial, à Marseille, à midi. Quelques heures avant l’accident, un couple a affirmé à la gendarmerie avoir « voyagé dans le même train » qu’elles, en direction de Marseille. Les enfants et l’adulte qui les accompagnait, qui n’avaient pas de billet, ont été priées, par une contrôleuse de la SNCF, de descendre en gare de Pierrelatte. C’est le règlement, et il faut l’appliquer. Enfin, c’est presque le règlement, car il y avait une autre approche possible : tenter de faire passer l’humain avant les textes. Mais dans cette société, c’est un effort impossible car il est synonyme de faiblesse !
L’agent aurait dû, s’agissant de personnes sans titre et sans papiers d’identité, informer la police, d’autant qu’on avait affaire à des gens mineurs. « A mon avis, comme mes nièces étaient très brunes et typées, dans sa tête de contrôleuse, elle s’est dit: ‘Encore des Roms, allez on les met dehors’. Si elles avaient été blondes aux yeux bleus, vous croyez qu’on les aurait fait descendre du train ? » explique l’oncle des victimes. L’histoire débute ainsi, mais elle n’offre vite aucun intérêt compte tenu du fait que 3 autres victimes d’un « accident terroriste » font éruption dans le paysage médiatique ! Peu avant minuit,  » elles marchaient sur la bande d’arrêt d’urgence quand, pour une raison encore indéterminée, elles ont traversé devant un poids lourd qui circulait sur la voie de droite. La voiture sur la voie centrale n’a pas pu les voir et les a fauchées », explique un gendarme. Ce sont les conducteurs du camion et de la voiture ainsi que d’autres automobilistes qui ont renversé les trois jeunes filles qui ont prévenu les secours. Un véritable massacre, dont personne ne porte la responsabilité : en raison de la grande dégradation des corps, deux frères et un beau-frère des victimes n’ont pu identifier les corps à la morgue ! On ne parlera pourtant que durant quelques heures de ce véritable drame qui a coûté la vie à deux adolescentes, car la mort pèse autrement quand elle n’a rien de banal. Des gens du voyage ? L’affaire n’offre aucun intérêt. D’ailleurs, tout a été fait selon les textes et règlements en vigueur puisque, après l’expulsion ( ce sera le mot de l’année!), une seconde rencontre aurait pu changer leur vie !
Un véhicule de la société d’autoroute est intervenu, le conducteur a parlé aux trio avant l’accident, et a expliqué qu’elles avaient refusé d’obéir à sa demande de se mettre derrière les glissières de sécurité. Quand il s’est arrêté à leur hauteur, deux sont parties en courant. « A celle qui est restée, il a donné les consignes de sécurité, en lui demandant de se mettre derrière la glissière pour attendre les gendarmes… En entendant le mot « gendarme », elle se serait enfuie en courant », a précisé un responsable… de la gendarmerie de la Drôme. Elles avaient en effet peur des représentants de l’ordre, sans savoir que, parfois, il faut « un certain temps » pour qu’ils arrivent sur les lieux, la nuit, d’un événement de ce type. Plus de crédits. Moins de fonctionnaires. Beaucoup de boulot. Des priorités à gérer! Mais la société se laisse abuser par des considérations débiles sur des sujets débiles avec des mesures débiles. Le patrouilleur, qui n’a pas le droit de prendre des usagers dans son véhicule, a cependant déclenché une alerte signalant sur les panneaux de circulation la présence de piétons, selon la gendarmerie. Il a « fait correctement son travail » selon les enquêteurs.
Les trois sœurs ont donc été comptabilisées dans les victimes des accidents de la route dérangeant ainsi les chiffres dont on a besoin, pour annoncer urbi et orbi que les radars sont efficaces et que la sécurité est garantie ! Et dans le fond, on se demande quelque part si on doit véritablement s’étendre sur cet événement qui n’émeut guère dans les chaumières. D’autant que, très vite, surgit un drame encore plus horrible. Oubliées Carmen, Charlotte et Victorine qui ont de si jolis prénoms, mais qui ont eu un si tragique destin. Elles attendront un permis d’inhumer pour des obsèques différentes de celles dont les télés du voyeurisme organisé se délectent. L’exploitation ne s’imagine même pas. Peut-on imaginer que
l’on hiérarchise l’horreur au nom de l’audimat? C’est presque impensable! Quant à vendre de l’émotion il vaut mieux qu’elle soit de haut niveau, car la « clientèle » est de plus en plus exigeante. ce n’est pas dans les quartiers nord de Marseille que l’on trouve des cœurs à prendre ! On se contentera d’une tombe quelque part avec les larmes d’une famille et aucun regard glacé d’une caméra.
En quelques jours, il y a eu 10 victimes innocentes du pire des terrorismes : l’indifférence ! On dit qu’elle tue et une fois encore c’est vrai. Le trio faisait banalement du stop sur l’autoroute et, comme dans le train, elles enfreignaient « dangereusement » les règles sociales établies pour leur sécurité. Elles aussi sont mortes au champ d’horreur mais, dans le fond, personne n’en sera responsable ni coupable. Seulement la faute à pas de chance ! Elles n’ont pas couru assez vite pour échapper à leur destin !

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7 réflexions au sujet de « Est-ce uniquement la faute à pas de chance ? »

  1. N’étaient-t-elles pas en danger de mort sur l’autoroute ? Enfreindre le règlement pour porter secours est-ce impensable ? La règle n’est-elle pas de porter assistance quand on peut le faire sans se mettre soi même en danger ? loin de moi l’idée de juger le comportement d’un homme d’une femme… la responsabilité est plus collective…

  2. La famille aura eu dans son immense douleur la chance de n’être pas, c’est au moins ça, à la une des actualités.
    Le risque y aurait été d’être stigmatisé, montré du doigt, cité en mauvais exemple , que sais-je…
    Ce qui ne peut qu’en rajouter sur la peine atroce d’avoir perdu un enfant.

  3. J’ai mal au coeur depuis samedi matin ..

    Victorine, Charlotte et Carmen sont des victimes, elles ne se sont pas retrouvées, en pleine nuit, sur la file centrale d’une autoroute, par hasard..
    Non le hasard n’y est pour rien, le chemin de vie qu’ont fait ces innocentes avec nous, s’est déroulé dans un monde chaotique où la règle sociale n’était pas la règle.

    Elles ont vécues, à coté du monde, de notre monde,
    celui qui enfant n’a que des soucis d’enfants,
    celui qui plus tard a des diplomes,
    celui qui paie son billet de train,
    celui qui emprunte l’autoroute au volant d’une automobile,
    celui qui croise des gamines de 10ans, vagabondes au bord d’une route..

    Pauvres petites, je ne les connaissais pas personnellement, mais mes pensées vont à elles, car je crains qu’elles n’aient pas été heureuses parmi nous, et quelques part même si cela est de très loin, j’en suis responsable…

  4. Eh oui, elles étaient brunes et très typées…
    Ça me rappelle cette image d’horreur: en Italie, des gens se faisaient bronzer sur une plage, à coté des corps de deux soeurs mortes noyées, des Roms.
    Autrement dit: des riens!
    Trop facile de dire: c’est la faute à la société! La contrôleuse et le patrouilleur devraient être mis en accusation pour non-assistance à personne vulnérable en danger!

  5. Bonjour,
    Bien sûr après ce drame horrible qui a touché Carmen, 12 ans, Charlotte, 13 ans et Victorine,19 ans, nées dans une très grande famille de la communauté des gens du voyage, on ne peut qu’être rempli d’effroi; Bien sûr que le contrôleur de la SNCF a appliqué le strict règlement; Et le fait qu’il soit féminin doit ajouter à ses tourments aujourd’hui encore; Mais si la soeur ainée avait 19 ans n’était-elle pas majeure? Quoiqu’il en soit, nous vivons dans une drôle de société; Et cet autre drame entre Toulouse-Montauban et Toulouse ajoute encore à la douleur et à notre impuissance devant cette faillite si nous ne relevons pas collectivement la tête tous ensemble pour en changer la donne….
    Très amicalement,
    Gilbert de Pertuis, Porte du Luberon

  6. Bonjour,
    je sais, je sais, je vais froisser et même choquer les âmes sensibles. Facile de fustiger la contrôleuse, facile de mortifier le patrouilleur cibles évidentes des bonnes consciences. Lorsque l’on ne possède rien, ou si peu, la seule richesse est notre famille. Protéger et défendre ce bien si précieux est du devoir des parents. Rameuter le ténor (FN) des prétoires et des étranges lucarnes ne peut que donner l’image d’une famille cherchant à monnayer sa peine… Dommage, ce drame mériterait un meilleur « traitement » qu’une instrumentalisation politique par le porte-parole de Marine.
    Rien ni personne ne rendront la vie à ces malheureuses victimes, honnêtement il faut se poser des questions  » et moi comment puis-je agir pour éviter de tels drames? Quelles sont mes actions concrètes en faveur des exclus? Aurais-je fait monter dans MA précieuse voiture ces personnes en danger sur l’autoroute? Témoin du contrôle dans le train aurais-je proposé de payer les billets des contrevenantes? Professionnellement aurais-je MOI-MÊME transgressé les règlements de ma profession ( contrôleur et patrouilleur), aux risques de sanctions, pour aider ces personnes?
    La société c’est moi, c’est vous, tous responsables et personne n’est coupable … Haro sur les lampistes, ça évite de résister chaque jour aux injustices dont nous sommes les témoins !
    Bonne journée

  7. Non, Jean François, tu ne choques pas les âmes sensibles, en tout cas pas la mienne.
    C’est un peu trop facile de taper sur le lampiste, en bas de l’échelle.

    Et qui nous dit que, justement, la contrôleuse, volontairement, n’a pas prévenu la police, pour ne pas la mettre aux trousses de ces malheureuses, qui justement, pensaient avoir tout à en craindre ?
    La preuve, leur fuite quand le patrouilleur a évoqué la possible arrivée des gendarmes.
    Qui nous dit que justement, elle n’a pas voulu leur rendre service ?

    Quant au patrouilleur, on peut bien sûr lui reprocher, en tirant par les cheveux, de ne pas avoir embarqué les trois victimes.

    Mais
    1) Il commettait une faute de service que sa hiérarchie ne lui aurait sans doute pas pardonné (tous les prétextes sont bons pour un licenciement).
    2) Imaginez les embrouilles pas possibles qu’on lui aurait peut-être fait pour se trouver avec trois jeunes filles dans son véhicule. Suivez mon regard du côté du Nord….

    Ce qui me choque le plus c’est cet excès d’honneur auxquels certains ont droit et ce silence indigne pour ces trois malheureuses, arbre qui cache la forêt des petits palestiniens et autre enfants des guerres et des exodes, massacrés chaque jour.

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