Insécurité, armement, police, milice : un mélange détonnant !

Le 26 février 2012, Trayvon Martin, 17 ans, un adolescent sans histoire ni casier, part un peu avant 19h de la maison de sa petite amie, à Sanford, dans la banlieue d’Orlando, en Floride, pour aller acheter des bonbons à l’épicerie du coin. George Zimmerman, 28 ans, effectue, lui, une ronde de quartier, pour surveiller le voisinage après plusieurs cambriolages. Il appelle le 911 (services d’urgence) pour signaler « un comportement suspect ». Malgré les consignes de l’agent, il suit Martin, d’abord en voiture puis à pied. Quelques minutes plus tard, l’adolescent meurt, d’une blessure par balle à l’abdomen, un paquet de bonbons et une canette de soda à la main. La police trouve Zimmerman saignant du nez, une blessure à la tête. Il jure avoir agi «en légitime défense». En fait, ce qui pourrait être aux États-Unis une affaire banale, est extrêmement révélateur de ce qui attend la France dans quelques mois, compte tenu du climat qui s’y développe. En effet, un épisode récent m’incite à penser que, chez nous, l’État abandonne son rôle régalien dans la sécurité des biens et des personnes. Suppression de postes de fonctionnaires, diminution des moyens, transfert des responsabilités : lentement on glisse vers des systèmes désastreux, car laissant la place à tous les abus.
Lors du bureau national de l’Association des Maires de France, il était débattu des accords avec les « polices municipales ». Outre des avantages statutaires et salariaux accordés par Chritian Estrosi, Maire de Nice et ardent partisan du rôle accru des collectivités territoriales dans ce qu’il appelle « la lutte contre l’insécurité », il fut question de ce qu’il voulait faire passer en force.
Pour lui il fallait purement et simplement retirer aux Préfets le droit de se prononcer sur l’opportunité d’armer les policiers municipaux. Cette volonté affichée témoignait d’une nouvelle escalade dans la déstructuration de la République. Personne à gauche, et une minorité supplémentaire des élus lucides de Droite, ne s’est opposé à cette proposition qui génèrerait, dans la réalité, une prolifération d’armes sur le territoire français. La police ne doit être que nationale, comme l’éducation, la justice ou la santé. Malheureusement, la psychose ambiante contribue à faire croire que la présence de femmes et d’hommes, plus ou moins formés, suppléerait les défaillances de celle que l’État ne peut plus (ou ne veut plus) déployer dans la proximité. Avec la vidéosurveillance ostentatoire confiée aux communes, avec l’opération « voisins vigilants » déployés par les Maires avides de fausse sécurité, on s’oriente vers des situations plutôt complexes sur les responsabilités.
La mort du jeune Noir relance aux USA le débat sur une loi votée en 2005 en Floride, avec le soutien du lobby des armes. Ce texte, appelé « Défendez-vous » par ses défenseurs, « Tirez d’abord » par ses détracteurs, a assoupli les conditions d’exercice de la légitime défense. Plus d’un million de signatures ont été réunies pour demander l’inculpation de George Zimmerman. « Je pense que nous devons tous procéder à un examen de conscience pour comprendre comment une chose pareille peut se produire, et cela veut dire que nous examinons les lois et le contexte », a réagi Barack Obama… On serait loin, très loin, chez nous, de voir un président prendre une telle position, car au contraire, il pousse à un « armement débridé » de fonctionnaires, qui pallie ses propres carences en matière de contrôle de la délinquance.
Les circonstances des faits restent floues et l’enquête de la police locale fait l’objet de vives critiques. Le ministère américain de la Justice, le procureur du district central de Floride et le FBI ont ouvert une enquête. Un grand jury (chambre d’accusation) doit se réunir le 10 avril pour décider si les charges sont suffisantes pour poursuivre George Zimmerman. « Chaque parent aux États-Unis devrait pouvoir comprendre la raison pour laquelle il est impératif que nous enquêtions sur tous les aspects de cette affaire, et que tout le monde y mette du sien, État fédéral, État de Floride et autorités locales, pour comprendre exactement comment cette tragédie s’est produite », a déclaré Barack Obama, prenant une position courageuse dans un pays où la criminalité sous toutes ses formes reste galopante.
Contrairement à ce qui avait d’abord été affirmé, Zimmerman ne faisait pas partie d’une association de patrouille de voisinage officielle. Il opérait en solo, mais disposait bien d’un permis pour porter une arme, selon la police. Malgré tout, ces programmes citoyens sont sous le feu des critiques. La police de Floride a dû répéter que jouer les justiciers était interdit, et que le seul rôle de ces groupes était de « donner l’alerte ». La Floride n’a pas, en effet, une simple loi donnant le droit de se défendre en cas de menace, mais un texte « Stand your ground » (« défends ton espace »), qui autorise un citoyen à utiliser une arme mortelle plutôt que de battre en retraite lors d’une altercation. La police s’abrite derrière ce texte pour expliquer pourquoi Zimmerman n’a pas été arrêté. Les détracteurs de la loi estiment qu’il s’agit «d’un permis de tuer, comme dans James Bond».
Chez nous, on risque d’avancer, étape par étape, vers un abandon de l’égalité territoriale sur la sécurité, puisqu’elle dépendra des moyens financiers imputés à cette mission par des collectivités de plus en plus étranglées. Que deviendra le monde rural ? Que se passera-t-il dans les banlieues lors d’affrontements circonstanciels ? Comment tolérer que les responsables de l’État soient dessaisis de leur pouvoir dans un domaine extrêmement sensible ? Il faudra veiller à ce qu’une pseudo « décentralisation » ne contribue pas à la constitution de groupes armés, placés sous la houlette du personnel politique, surtout quand on constate combien il est difficile, pour l’État républicain, de faire face à ses propres obligations en la matière ! L’affaire Trayvon Martin n’est que la suite logique à cet abandon !

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Une réflexion au sujet de « Insécurité, armement, police, milice : un mélange détonnant ! »

  1. Viser, tirer, tuer, et s’appuyer ensuite sur le droit que l’on a tous de préserver sa liberté de vivre en paix.
    Pourquoi pas.
    Si cela est permis, a force du renoncement de l’Etat, aurons nous aussi le droit d’aller viser, tirer et tuer quelques grands financiers, affameurs patentés ?
    Puisqu’ils mettent sérieusement en péril notre liberté de vivre en paix.
    Une milice de voisins vigilants et armés surveillant les intérêts outrageants que font les banquiers privés au détriment de la communauté, cela ferait un contrepoids raisonnable à la milice des protecteurs de nains de jardins et de pelouses interdites.
    Peut-être aussi pourrions-nous envisager de mettre en place une milice chargée de surveiller les milices qui nous surveillent …
    ….
    Tout cela semble être une stratégie bien rodée, diviser pour régner.

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