Je demande l’asile ludique au pays du Falgouet

 Le site réaménagé de Le Falgouet en bordure immédiate de la plage, avec vue panoramique sur le Bassin d’Arcachon, constitue l’une de ces perles rares, encore trop méconnues, que peuvent s’approprier les amateurs de sentiers non battus des vacances. Le site, propriété de l’Association Départementale des Pupilles de l’Enseignement Public de la Gironde figure parmi les trésors patrimoniaux que les précurseurs de l’accessibilité des vacances aux moins favorisés avaient su dénicher et aménager de bric et de broc. Héritiers de la conception très républicaine des congés payés de 36, quelques hussards noirs avaient en effet conçu des « colonies de vacances » pour que les gamins, fatigués d’user leurs culottes courtes sur les bancs patinés des classes, puissent découvrir les bienfaits de la mer paisible d’Andernos. Ici ils pouvaient, dans des conditions de vie spartiate, marqué du sceau de l’apprentissage robuste de la vie collective, se forger des souvenirs inoubliables, en bâtissant à marée basse des châteaux en Gironde, au moins aussi merveilleux que ceux d’Espagne. Les enfants, qui grouillaient sur un espace coincé entre des villas au style hors d’âge, devaient d’autant plus bénéficier du meilleur, du plus beau, du plus naturel et du plus agréable des lieux que leur quotidien étaient exécrable.

Au fil des ans, la capture de quelques malheureux crabes effarouchés par ces hordes de prédateurs criards ou la collecte massive de coquillages luisants et propres comme un sou neuf, laissés sur le sable blanc par une marée étourdie n’ont plus eu l’heur de plaire aux têtes blondes, refusant toute contrainte collective. Lentement, Le Falgouet est tombé dans l’oubli puisque non adapté aux goûts de l’époque où l’attractivité passe par l’exceptionnel, où le « requin des mers » supplante dans l’imaginaire les minuscules « mulets » frétillants.  On ne veut, pour ses enfants, que des vacances qui leur permettent de flamber, le jour de la rentrée, par le récit d’événements exceptionnels ou révélateurs de l’aisance financière parentale. N’en déplaise à Pierre Perret, les jolies colonies de vacances ne feraient plus un tube dans cette période où l’on préfère rester chez soi plutôt que d’avouer la modestie de ses choix. Le Falgouet, transformé en village familial de pêcheurs, n’a pourtant rien perdu de son charme et reste un belvédère de bois vêtu, face à un horizon changeant.

Allongés sur le flanc comme ces animaux fourbus qui attendent du réconfort venant d’un contexte meilleur, des bateaux pour conquérants de mers paisibles ont piteuse allure quand la marée les condamne à l’inactivité. Quelques heures plus tard, face à la houle inventée par un grain orageux, ils s’agiteront frénétiquement comme pour démontrer leur vitalité à leurs propriétaires, oublieux de leur existence. Ce spectacle renouvelé de la longue marche de l’eau se repliant frileusement loin de sa base, avant de revenir lécher avec plus ou moins de vigueur la digue de pierres, inventée par des hommes lui refusant une liberté totale, a quelque chose de reposant. La lenteur de ce mouvement rappelle aux gens pressés que le temps n’a que la valeur que la nature veut lui donner. La nudité de la marée basse permet aux rares familles de caresser le sable avec les pieds et les mains. Les bâtisseurs ne manquent pas, et les pêcheurs devant l’éternel va et vient se comptent sur les doigts d’une main en cet été pour le moins hésitant. Ils ne sont que des occasionnels du spectacle qui passent sur l’écran blanc de la plage, dessinant des arabesques imprévisibles puisque seulement guidées par l’inspiration chasseresse. Des chapelets de cyclistes se croisent et s’entrecroisent sur le ruban ocre d’une piste, également empruntée par des promeneurs loin d’être solitaires. Ils cavalent comme ds fourmis pressées vers une destination qui deviendra lointaine dès qu’ils en mesureront la distance aux douleurs de cette fichue selle sur laquelle ils n’ont pas l’habitude de s’asseoir. « Maman » se laisse promener par un cabot qui se croit à Saint Tropez. Les commentaires vont bon train. Tous pourraient figurer dans le livre eds brèves de vélo. Certains imitent les coureurs de ce Tour de France qui vident la plage pour emplir les canapés !

Qu’il est doux, anonyme, dissimulé mais proche, d’observer sans mot dire ce monde des vacances andernosiennes qui allient la simplicité avec la modestie. Les petits enfants s’égosillent dans le vent en annonçant de loin une trouvaille destinée à figurer dans un inventaire à la Prévert. Une plume plus très blanche de goéland, trois cadavres de crabes, les filaments secs d’algues devenant les cheveux du géant vert, des coquilles aussi vides que banales, des tessons polis par le ressac et des seaux de sable répondant à la pelle… Leur bonheur s’enrichit du détail. Et je suis là, assis sur une roche portée par les hommes et rongée par la mer, à les regarder se construire des châteaux de souvenirs, d’autant plus inoubliables qu’ils n’ont justement rien d’exceptionnels. Face à moi, le Bassin, dont les rides occasionnelles ne naissent qu’avec le vent mauvais, pour finalement offrir un tableau changeant dans les teintes de gris plus ou moins bleuté. Qu’il est vraiment doux de ne rien faire, absolument rien faire, quand tout ce qui s’agite autour de vous ne se prend pas au sérieux. Le Falgouet devient une île déserte où pousse le bonheur de la paresse volontaire, celle que l’on ne peut s’autoriser que quand on est vraiment un cancre des apparences ! Je vais demander l’asile ludique ici !

3 réflexions au sujet de « Je demande l’asile ludique au pays du Falgouet »

  1. Pierre-Jules disait ainsi que « le travail pense et la paresse songe »… pour un homme qui trésaille et dispense, dans toutes presses tu nous plonges… c’est bien aussi comme pour ce griset, entre figues et raisins, de mijoter sans cesse cet été, les douceurs du bassin… merci de partager un temps, ce petit moment de ta vie, si bien mérité en récompense d’une énergie, celle que tu viens déliter et que tu dépenses sans gabegie…
    A très bientôt. Denis

  2. Juste un petit mot Jean Marie car je crois avoir compris que tu etait en séjour sur « le Falgouet »…
    je te souhaite un agréable moment de vacances ou comme tu dis « de calme et de repos » dans ce monde d’agités….!!!!
    profites bien de ce lieu magique et authentique !!!….
    sincéres souvenirs et sincéres amitiés de Coco et de moi même …
    bonnes vacances !!
    a bientôt ….
    Pascal et Corinne Villeflayoux

  3. Oui, j’ai hier omis de citer dans les facteurs de la « culture de la convivialité sincère »les colonies de vacances, et la vie de pensionnaire, pas toujours idyllique mais combien rassembleuse.

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