La majorité de la clarté et de la simplicité

Près d’un an de « campagne électorale » s’achève, puisqu’aux « primaires » ont succédé les Présidentielles, puis les législatives. Chaque fois deux tours, et à l’arrivée, six scrutins avec des participations bien différentes. En fait, depuis un an, l’essentiel des préoccupations médiatiques aura tourné autour du… Front national. Des milliers d’articles, des heures de commentaires, des tonnes de supputations, ont contribué d’une manière ou d’une autre à conférer un rôle à ce parti qui normalement devrait être réduit à la portion congrue. L’avènement de Marine Le Pen a accentué cette « vedettarisation » du FN devenu, en définitive, le pivot de la vie politique par ses alliances putatives ou par de faux suspenses sur les signatures. Désormais, il est devenu impossible de faire référence à une situation locale, départementale, régionale ou nationale sans que surgisse le « brun Marine ». La célébrité de ce pseudo parti repose essentiellement sur son pouvoir de nuisance, et surtout pas sur la valeur de ses propositions. La course poursuite effrénée engagée par les Sarkozystes, sous l’influence du gourou Patrick Buisson, n’a pas amélioré la situation. Loin s’en faut !

Guéant a tout fait pour banaliser des idées rappelant que la « haine » constitue un fonds de commerce intéressant pour attirer les gens simples, consommateurs d’idées toutes faites et de principes atrocement médiocres. Le résultat, c’est qu’en 5 ans de ce processus, Nicolas Sarkozy aura enterré sa propre majorité, enchaînant défaite sur défaite, avec une efficacité destructrice égale à celle mise en œuvre pour des réformes. C’est un constat irréfutable, qui n’empêche pas ses partisans de poursuivre dans la même voie. Ainsi, le candidat UMP dans la douzième circonscription de la Gironde, Yves de Ponton d’Amécourt, voisin muet de Garraud, a publié en ce jour du 18 juin un texte rappelant le parcours d’Adrien Marquet qui fut, avant guerre, maire de Bordeaux, et qui fourvoya les valeurs du socialisme dans un Pétainisme actif ou passif. Cette propension à aller chercher dans l’histoire des illustrations ponctuelles pour dénoncer un présent qui vous déçoit dénote un éloignement considérable des réalités sociales. Qui ne connaît pas dans l’histoire des « collaborateurs » de toutes origines ayant oublié en cours de route, pour rester ou obtenir le pouvoir, les valeurs essentielles du vivre ensemble ? C’est même souvent pour cette raison qu’il y a des révolutions. En restant entre deux eaux, on finit tôt ou tard par se noyer !

Les législatives auront mis en évidence justement que l’ambiguïté ne plaît plus. Celles et ceux de tous bords qui ont fait victorieusement le chemin vers les sommets sont celles et ceux qui ont revendiqué clairement leur appartenance et leur choix. L’UMP a payé au prix fort sa valse hésitation, avec baiser sur la bouche pour les uns, et répulsion mise en scène pour les autres, vis à vis du Front National. Mais la remarque est valable pour les centristes, incapables de faire un choix et se dispersant au gré des prises de position individuelles. On a beaucoup pleuré sur le sort fait à François Bayrou par des socialistes, dénoncés comme ingrats ou inélégants. A-t-on simplement noté que, localement, le Modem a, au nom d’une indépendance factice, combattu le PS ou s’est associé majoritairement à l’UMP, elle-même parfois très floue sur son respect de la non porosité de ses idées avec celles des « bruns Marine » ? Certes leur « chef spirituel » avait eu une position aux présidentielles, mais la majorité de ses ouailles avaient eu une toute autre attitude. Résultat : en se drapant dans une dignité ostentatoire d’un côté, et en négociant de l’autre, ils ont fini par devenir totalement illisibles. Bayrou a payé au prix fort le fait que l’image de ses « amis » ressemblait davantage à un patchwork incompréhensible.

Les positions alambiquées ne sont plus de mises. Les Françaises et les Français ont donné un signe pas aussi significatif que prévu, puisque la participation est notoirement insuffisante, mais ils préfèrent, dans un sens ou un autre, la clarté à la pénombre et la simplicité à l’ambiguïté. Tout ce qui ne leur paraît pas net ne convient plus aux plus motivés, et dans bien des cas il a manqué les voix nécessaires à l’UMP pour compenser les pertes causées par des discours n’inspirant guère confiance. NKM a été par exemple sauvée par le fait qu’elle a été placée sur la liste noire des « bruns Marine ». en revanche la droite réputée « populaire », alors qu’elle n’est que populiste, a perdu la moitié de ses effectifs, dont quasiment tous ses ténors forts en gueule. Il faut bien avouer que ce ne sont pas de grandes pertes pour la démocratie, mais c’est une bonne indication des repères sur lesquels se sont déterminés les électrices ou les électeurs.

Le PS avait demandé une majorité « claire et nette », il l’a eue. La pagaille rochelaise n’a pas eu d’impact réel sur le résultat global. Le désistement entre les différentes composantes de la Gauche n’a pas donné lieu à des marchandages complexes comme ce fut le cas lors de certaines autres échéances électorales antérieures, entre PS et PC. Pourvu que cette nouvelle donne, simple, solidaire et compréhensible, demeure… car en 2014, il y a fort à parier qu’elle sera encore plus décisive lors des municipales !

2 réflexions au sujet de « La majorité de la clarté et de la simplicité »

  1. 5 années de sarkozisme ont eu pour résultat de monter durablement une partie de la France contre l’autre. Il suffit de lire les commentaires souvent agressifs quand ils ne sont pas injurieux des lecteurs des quotidiens en ligne pour s’en convaincre. La France n’a jamais été autant divisée, autant déchirée. La responsabilité des médias dans la pseudo normalisation du Front National est énorme. Avides de sensationnel, ils lui ont déroulé le tapis rouge avec force courbettes et servilités. Effectivement, il y a très peu de différence entre l’extême droite et l’extrême gauche : à l’extrême droite, on élimine (physiquement cela s’entend) l’opposant en le taxant d’ennemi de la Patrie ; à l’extrême gauche on fait la même chose en le taxant d’ennemi du peuple. Mais alors que l’extrême droite a toujours été parfaitement cernée, bien identifiée, on a récemment élargi dans le vague la notion d’extrême gauche. Jusqu’à il y a peu encore, l’extrême gauche c’était les maoïstes et les trotskystes, bref tout ce qui prônait la révolution violente et qu’après Mai 68 on taxait de gauchistes. Rappelons nous, si on se reporte à 1981, la droite comportait le RPR, l’UDF et les divers droite cependant que la gauche était constituée du PS, du PC, du MRG et des divers gauche. En dehors de ces deux blocs droite et gauche se trouvaient l’extrême droite et l’extrême gauche, très marqués politiquement, et les écologistes qui n’avaient pas encore de réelle tendance politique.

    Or que constate t’on aujourd’hui ? Pour mieux faire passer la vaseline du flirt plus qu’étroit entre UMP et Front National, on a tout simplement fait basculer le PC dans l’extrême gauche (l’ultra gauche, dont personne n’avait jamais entendu parler, « inventée » opportunément par Alliot-Marie ayant fait long feu)
    .
    Quand on sait l’affection que se portent le PC et l’extrême gauche, ça fait quand même doucement rigoler. Mais ça a marché dans l’opinion et pas un seul journaliste (et pas un seul homme politique de gauche serais je tenté de dire) n’a relevé cette imposture de l’UMP (une de plus dira t’on) lui permettant d’affirmer que la gauche (sous entendu le seul PS) fricotait avec l’extrême gauche (le PC), alors la droite pouvait bien en contrepartie faire les doux yeux au FN. Le Grand Charles doit s’en retourner dans sa caisse !

    Comme on dit, qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.

    Ceci dit, avec Collard, avocat connu pour perdre tous ses procès, et une gamine pré-pubère , petite fille de…, qui ne comprend même pas ce qu’elle raconte, malheureusement élue par la faute de l’entêtement d’une socialiste (une honte !), ils ont pas fini de rigoler au Palais Bourbon.

    Mais il va y avoir du boulot pour recoller les morceau de cette France aujourd’hui déchirée.

  2. Maître (?) Collard déclarait hier à la télé, avec l’élégance qui le caractérise et qui est assez emblématique de cette tendance politique (si l’on peut parler de politique avec ce genre de personnage), qu’au Palais Bourbon, il allait leur » casser les couilles ».

    Digne héritier de Tixier-Vignancourt, on peut lui faire confiance ; il est effectivement à craindre qu’il soit capable de tenir cette promesse électorale avec le talent qu’on lui connaît.

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