La troisième pépite du chercheur d’or

C’est un torrent d’éloges. Une déferlante de compliments. Un tsunami de félicitations. Les commentateurs sportifs utilisent les superlatifs les plus exubérants. Les dirigeants sportifs baignent dans l’euphorie. Les femmes et les hommes politiques de tous bords, qui ne savent pas par quel bout prendre un canoë, ne se sentent plus. Grâce à son coup de pagaie et son habileté à virevolter sur l’eau vive d’un torrent artificiel, Tony Estanguet a provoqué un gigantesque orgasme, dans ce pays qui, le reste du temps, prend son pied en regardant évoluer Benzéma, Ribery, Nasri, Ben Arfa, Menez et leurs acolytes, avant de mettre ses espoirs dans des milliardaires d’un ballon qui me fait voir rouge ! Ils se pâment devant Nadal, Contador ou Wiggins… qui ne font pas couler dans leurs veines que de l’eau claire venue des montagnes des Pyrénées. L’été reste la saison bénie où le peuple moissonne des exploits pour se rassurer sur sa capacité à s’enthousiasmer, malgré les multiples désillusions qui ne purgent pas sa croyance dans l’extraordinaire. Des cyclistes « mobylettes »; des athlètes allant toujours plus haut, plus fort et plus vite; des lutteurs forts comme douze Turcs; des leveurs de tonnes de fonte; des nageurs marchant sur l’eau; des avaleurs insatiables de kilomètres… permettent aux croyants rivés devant leurs étranges lucarnes, d’entrer par procuration dans le clan fermé des escaladeurs de l’Olympe ! Tous les étés que j’ai connus parlaient inévitablement de champions à installer sur le toit d’un monde des apparences, où ils furent couverts d’or et par la suite d’argent sonnant et trébuchant !

Tony Estanguet n’appartient pas à cette race des aigles des stades. Il est tout autre et c’est certainement ce qui doit en faire un exemple. Socialement, politiquement, humainement attaché à de vraies valeurs, il… a ramé toute sa vie pour la gloire, surtout pas celle qui profite, mais celle qui repose sur des efforts incessants, aussi inutiles que présomptueux. Il n’a bu que des litres et des litres d’eau fraîche des gaves, et les seuls tourbillons de la vie qu’il ait partagés avec les autres sont ceux très vicieux des courants naturels ou surnaturels. Aucun artifice dans son festin sportif durable. Aucun intermédiaire entre la performance et l’athlète . Seulement un mano à mano avec l’élément essentiel à la vie humaine, dont le parcours chaotique vise, paradoxalement, à faire sombrer un fétu de paille portant un homme obstiné vers un aval glorieux. La lutte éternelle entre les éléments déchaînes et l’Homme a trouvé sa conclusion heureuse grâce à l’habileté manœuvrière de ce Pyrénéen au grand cœur.

Et à l’arrivée Tony Estanguet ne doit rien à personne. Au contraire, il offre aux autres le résultat victorieux de cet affrontement impitoyable avec l’eau et le temps. Il n’est pour lui nullement question de vaincre mais justement de ruser, de déjouer les pièges, de se laisser porter, avant de combattre à la force des bras un torrent vicieux. Le canoéiste a appris à rester humble, puisqu’ une infime erreur suffit à redonner le pouvoir à l’une de ces volutes insaisissables qui fleurissent massivement sur des flots impétueux. A trois reprises il est arrivé à entrer dans la mine olympique pour en ramener une pépite glorieuse. Un échec a renforcé son expérience. Il est allé chercher, sur un « terrain vague », au fond de lui-même, des raisons de croire en un avenir que l’on prévoyait moins doré. Cette force tranquille, impressionnante par sa profondeur et sa sincérité, face à la nonchalance méprisante, honteusement rémunérée, d’un Ibrahimovic ! Estanguet est allé chercher une pépite dans l’eau des torrents, après avoir brassé des tonnes d’eau et abandonné au fil de l’eau le rebut d’une déception chinoise !

Tous les 4 ans, l’été, on ouvre la saison des héros médiatiques. Le reste du temps, la planète se contente d’un mondialisation spécialisée, oublieuse des sports les plus sincères pour tartiner des exploits profitables. Tony Estanguet, sioux courageux a redonné son humanité à la victoire, tellement il est allé la chercher en lui-même. Il entre de plain pied dans l’histoire du sport français en décrochant sa troisième médaille d’or dans la même discipline olympique, un exploit qu’aucun sportif français n’avait jusque là réalisé… Lui vaudra-t-elle la même reconnaissance qu’un panier à trois points victorieux de Tony Parker, un ace de Roger Federer ou un sprint victorieux de Ushain Bolt ? J’en doute ! Comme sur une ardoise magique, chaque matin, on efface sans cesse dans l’actualité toutes les traces dorées, argentées ou bronzées de la vielle, pour réécrire le nom des vainqueurs quotidiens pour la Patrie. Estanguet… Estanguet… Estanguet… le triplé gagnant pour celui qui a su ne jamais se noyer dans l’écume du succès !

 

Une réflexion au sujet de « La troisième pépite du chercheur d’or »

  1. Coucou Jean-marie,
    <>
    Tony ESTANGUET a vaincu l’élément et même les éléments; Chapeau à lui.
    Très chaleureusement,
    Gilbert de Pertuis, Porte du Luberon

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