Le combat entre « le bourreau de Neuilly » et « l’ange rouge »

Il faut absolument persuader le grand public que la politique ressemble au catch. A ma gauche « l’ange rouge », le favori, et à ma droite le « bourreau de Neuilly », dont on dit qu’il perdrait son titre de champion de France. Le commentaire sera assuré par deux faux-culs du journalisme spectacle qui joueront les utilités souriantes. Le ring a été soigneusement préparé afin que les coups défendus ne soient pas permis mais tout le monde attend cependant le gnon qui va faire mal, celui qui mettrait l’autre KO !

« Le bourreau de Neuilly » est doté d’une bonne droite qu’il utilise dans les cas extrêmes avec délectation pour soulever les adeptes de l’extermination des adversaires ayant franchi les frontières de son terrain de combat. Il base toute sa stratégie sur le culot et arrive à avoir raison de celui qui est en face de lui au bluff et à l’esbroufe. Il se tord de douleur dès qu’on le malmène. Il est, selon lui, un incompris puisqu’il a terrassé tous les maux de la terre et qu’il mérite amplement la reconnaissance du public. Dans la salle, ses fans ont été attirés par les promesses de sang et de larmes. « Je vais l’éclater, le pulvériser…» (il aurait même repris une de ses plus fameuses déclarations ; « le karchériser ! ») et, devant leurs écrans géants, ses supporteurs survoltés n’admettront pas un échec. Ils rêvent d’un carnage… et sont prêts à porter, sur leurs épaules de vrais travailleurs, un vainqueur aux poings ! Il possède une prise aussi efficace que la botte de Nevers : il part d’un côté et au dernier moment il bifurque vers l’autre. On appelle cette technique le « zigzag » et c’est vrai qu’elle lui permet de réaliser des prouesses en échappant en permanence à la réalité et aux cartons jaunes. « Le bourreau de « Neuilly » ne survit que grâce à son habileté à promettre sans jamais tenir. Son principal souci, c’est qu’il n’a essuyé que des échecs depuis qu’il a été sacré, mais qu’il tente de les maquiller en victoires. Il a réalisé toute sa carrière sur les apparences et il va tenter de se sauver en 150 minutes. Pour ça, il n’y aura aucun cadeau : il usera et abusera de ce qu’il y a de plus sommaire pour plaire au public, qui adore les cogneurs !

En face, « l’ange rouge » sera forcément présenté comme une terreur. On le soupçonne d’être une sorte de vampire qui se précipiterait sur les recettes obtenues par les imprésarios du CAC 40, une grande boite de spectacle qui se rémunère sur le dos des vrais travailleurs. Ah ! Cette tunique rouge, combien de temps lui sera-t-elle reprochée ? Il en a hérité comme le symbole des origines de sa philosophie du combat… Pour les uns dans la salle, le rouge n’est pas assez « vif » et confine au « rose trop pâle », alors que pour les autres, il rappellerait la couleur d’un drapeau aussi dangereux que la tunique ayant causé la mort d’Hercule ! En fait, ces nuances ne le perturbent guère puisqu’elles l’ont accompagné durant toute sa carrière. Lui, manie avec efficacité le poing, et il arrose. Calmement, méthodiquement, il sait que la meilleure défense serait l’attaque, pour peu que les arbitres  lui permettent de s’engager sur ce chemin. Accusé de se comporter comme une « anguille », il aura bien du mal à saisir son adversaire, dont le corps a été enduit depuis des mois de la graisse de la mauvaise foi… Il ne laissera pas faire car il connaît le client d’en face !

En définitive, le spectacle décevra tout le monde puisque 90 % des spectateurs ont déjà fait leur choix et compte bien le maintenir. Dans un camp ou dans l’autre, on déclarera inévitablement que son favori a été le meilleur. Les déclarations des courtisans après le match seront les mêmes. D’ailleurs, les combats antérieurs n’ont rien changé au résultat entendu à l’entrée sur le ring.

En 1988, François Mitterrand dit « la force tranquille », avant le débat, était donné favori, avec 55 % des intentions de vote, contre 45 % à Jacques Chirac surnommé « le Corrézien voleur ». Lors de la joute télévisuelle, tous les observateurs ont considéré que « Force tranquille » s’était imposé face à son adversaire. Après le scrutin, l’IFOP (organisme de vérification des votes du public) a constaté un léger gain d’un point… pour le « Corrézien voleur » qui sera finalement largement battu !

En 1995, l’affrontement surprise entre justement « le Corrézien voleur » et Lionel Jospin plus connu sous le sobriquet de « Yoyo », n’a pas fait bouger les lignes : 53 % en faveur du candidat sponsorisé par le RPR avant le débat, 53 %, et pas un point de plus ou de moins après, selon l’huissier chargé de vérifier le verdict !

En 2007, enfin, pour le même vérificateur, toujours le même constat. Nicolas Sarkozy (« le bourreau de Neuilly ») s’est rendu sur le plateau du débat avec une confortable avance sur Ségolène Royal plus connue sous le nom du « Chabichou (53 % contre 47 %) et l’a conservée. Donc passer plus de deux heures devant mon petit écran (moi je n’ai pas un home cinéma) pour regarder ce qui se veut avant tout une mise en valeur de la télévision et pas de ceux qu’elle reçoit, c’est au-dessus de mes forces… surtout quand le « Bourreau de Neuilly » ne cesse de tricher ! Pour moi, inutile d’attendre le coup de gong final,  « l’Ange rouge » l’emportera car il a pour lui la force de l’esprit.

5 réflexions au sujet de « Le combat entre « le bourreau de Neuilly » et « l’ange rouge » »

  1. Du snooker de très haut niveau sur eurosport, finesse, élégance, précision etc….; tout le contraire du débat sur lequel j’ai zappé entre deux manches. Des chiffres invérifiables à n’en plus finir et des chamailleries de cours d’école, initiées par le petit mor.. pardon nerveux.

  2. Du très grand Sarkozy ce soir : menteur, beau parleur, parfois injurieux et l’invective comme seconde nature, bonimenteur, autoritaire à la limite du tyrannique, faisantde temps à autre son Caliméro pour appitoyer dans les chaumières, cherchant souvent à placer des coups bas, bref égal à lui même.

    Gros problème pour Hollande : il était très mal desservi par l’éclairage absolument dégueu du plateau sur son profil droit (ce qui n’était pas le cas de son adversaire : était-ce fait exprès ??) qui lui donnait limite un teint rougeoyant d’apoplectique en sueur alors que les rares prises de vue qui nous ont été montrées de son profil gauche donnaient l’effet complètement opposé à savoir quelqu’un de serein, parfaitement calme et maître de lui.

    Une consolation : on n’est plus qu’à J-3 (il est 1h45 du mat ce jeudi) de la fin du sarkozysme.
    Ouf…

  3. « L’ange rouge » (AR) était donné perdant … Il n’allait pas peser lourd devant le champion, le « bourreau de Neuilly » (BN). Au bout du compte AR a poussé BN dans les cordes, a présenté son « programme » -personnellement, à part le cafouillage de la rétention je l’ai trouvé assez … clair- a mis « the champ » sur la défensive en mode invective permanente … et ne s’en est pas trop mal tiré. S’il a fait égalité … alors il a gagné! En fait il ne fallait pas que AR apparaisse trop en retrait et il ne l’a pas été. Sa dernière séquence sur le thème « Moi président je ferais ci, Moi président je ferais ça … » a mis sous l’éteignoir la conclusion de BN qui s’est retrouvé … chocolat, ce qui pour BN …
    On ne gagne pas ce genre de match mais on peut le perdre ce qui avait peut-être été le cas de Ségolène en 2007. J’estime que AR ne l’a pas perdu ! Il a donc gagné ! Si comme je l’espère il était élu ce dimanche, il conviendra de souffler … profiter de l’instant … pour ce mettre au travail dés le lendemain et veiller au grain!

  4. bonsoir,
    NS déclare « les Suisses qui pourtant… Ont des centrales de 60 ans. »
    extrait du débat:
    Nicolas Sarkozy: Juste un mot, les centrales nucléaires en Suisse, où les gens ne sont pas connus comme des gens qui aiment le risque, ont 60 ans, donc le problème n’est pas l’âge. C’est l’autorité de sécurité qui doit dire si on peut continuer ou si on ne peut pas continuer.
    mon commentaire
    1) une centrale nucléaire Suisse en marche industrielle depuis 1952 ça n’existe pas!
    2) Suite aux accidents nucléaires ayant touchés les installations de Fukushima, la cheffe du DETEC (département fédéral ayant notamment en charge l’énergie) Doris Leuthard décide le 15 mars, de la suspension des procédures en cours concernant les demandes d’autorisation pour la construction des 3 nouvelles centrales. Le 25 mai 2011, le conseil fédéral confirme la sortie progressive de l’énergie nucléaire1 en décidant de ne pas renouveler les centrales nucléaires en service et opte pour leur arrêt définitif une fois que celles-ci auront atteint 50 ans, c’est-à-dire entre 2019 et 2034. Le 28 septembre 2011, le Conseil des Etats a confirmé l’arrêt de la construction de nouvelles centrales nucléaires tout en exigeant la poursuite de la recherche dans le nucléaire.

    NS déclare « fermer Fessenheim c’est 8000 éoliennes »
    Extrait du débat:
    Nicolas Sarkozy: Deuxièmement, fermer Fessenheim, c’est 8000 éoliennes en Alsace pour remplacer Fessenheim. Il ne nous faut pas le nucléaire ou le renouvelable, il nous faut le nucléaire et le renouvelable.
    Mon commentaire:
    Après un rapide calcul sur les données disponibles des deux tranches CP0 de Fessenheim et les résultats du parc éolien Lorrain en prenant les chiffres les plus pessimistes, le remplacement nécessiterait 2850 éoliennes (ce qui est énorme, le parc Lorrain actuel étant de l’ordre de 2000 éoliennes installées). Mais ça reste très loin des 8000 éoliennes du candidat président.
    Il est vrai que pour faire du vent c’est vraiment un expert international.
    Même pas capable de répéter sa leçon ce cancre, ou alors ses experts sont totalement incompétents et ça je peux pas le croire…
    Donc Toopty 1er a bidonné comme à son habitude.
    Bonne soirée

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