L’équipage des cycles futurs

Extraits du discours de clôture prononcé en tant que Président du Club des Villes et Territoires Cyclables à La Rochelle :

« Voici donc que se termine ce 18ème congrès du Club des villes et territoires cyclables, et le premier que j’ai eu le privilège de présider. Il aura été placé, je le crois, sous le signe du dialogue, du dynamisme, de l’énergie, de la conviction, de l’amitié.

Dynamisme des collectivités territoriales qui le composent et qui, un an et demi après les élections municipales, sont toujours plus nombreuses et plus déterminées à encourager l’usage du vélo et des modes actifs. Toutes, dans un climat pourtant délétère sur leur avenir, sur leurs ressources et sur leurs rapports avec un état recentralisateur, veulent résolument s’inscrire dans la modernité des changements de modes de vie collective et individuelle (…)

C’est justement la leçon de ce congrès : osons le vélo !

Osons affirmer, face à l’indifférence gouvernementale officielle, que les collectivités locales et leurs élus – tellement décriés depuis quelques temps pour leur gabegie financière supposée – sont les véritables acteurs de la construction d’un cadre de vie apaisé et humanisé.

Osons le partage de l’espace public ! Osons plus que jamais réclamer un avenir pour le vélo !

Oui, osons, car l’impact et la trace du vélo dans la ville vont bien au-delà des vertus du mode économe et non polluant.

Oui, le vélo entraîne avec lui de nouveaux équilibres, un nouveau partage de l’espace public, un autre mode de production de l’information, elle aussi davantage partagée. C’est grâce à des partenariats nationaux et locaux innovants que nous encouragerons la démarche collective et individuelle en faveur du vélo. Il faut, en effet, des initiatives concrètes qui favorisent l’engagement citoyen individuel. Les discours seuls, les argumentaires vertueux, ne suffisent plus, ne suffisent pas (…)

V2LOS GARE

Forêt de vélos devant la gare de Copenhague

Le vélo devient un vecteur qui permet la prise en compte individuelle libre d’un problème social urgent, imposé par l’inconscience collective.

Une récente enquête sur l’évolution des valeurs des Français, en 2008, a montré que, invités à choisir entre la liberté et l’égalité, deux valeurs cardinales de notre société, les personnes sollicitées déclarent majoritairement préférer l’égalité à la liberté. Ils faisaient le choix inverse 27 ans plus tôt. Le vélo permet justement de concilier égalité et liberté. Et, plutôt que d’opposer les usagers de la rue, et de stigmatiser le comportement des cyclistes, accusés de tous les maux, on devrait considérer qu’il renforce la fraternité !

C’est notre rôle d’élus de terrain, convaincus dans leurs actes et donc convaincants dans leurs pratiques, que de tracer la voie, en admettant que les bonnes idées ne viennent pas que d’en haut. Et qu’elles croisent les évolutions de notre société et les valeurs partagées (…)

Ceux qui refuseront d’avancer, ceux qui refuseront de construire une autre manière de vivre, une autre manière de partager, d’assumer les déplacements, prendront tellement de retard que dans quelques années les électeurs leur en feront le reproche sévère et définitif. D’ailleurs, ils commencent à le faire (…)

Le vélo est une chance pour le « vivre mieux ». Nos concitoyens aspirent désormais davantage à « être bien » qu’à « avoir plus ». Il nous faut résolument saisir cette opportunité sociale, ce qui implique aussi de revoir les règles inadaptées, les sanctions disproportionnées.

20 ans déjà… ! 20 ans de débats, de travail, de propositions !

Cet anniversaire du Club, que nous avons célébré à l’occasion du congrès est encourageant. Il nous oblige. Il nous invite, en effet, à faire au moins autant dans les vingt ans qui viennent !

En 1989, 10 villes pionnières créent le Club des villes cyclables. Le slogan que le Club adopte aussitôt est « partageons la rue ». Une formule forte, avant-gardiste, plaçant la rue au cœur du programme de notre réseau, et l’idée du partage et de la mixité comme un impératif, au-delà du seul développement du mode vélo (…) En vingt ans, le Club est devenu un réseau de plus de 1022 collectivités : villes, agglomérations, départements et régions. En vingt ans, le vélo est devenu un projet de ville et de territoire. Comme le tramway à partir des années 80, son retour entraîne dans son sillage une nouvelle vision de la ville. Il invite à repenser et inventer la ville qui va avec ! Le tramway et le vélo sont les deux leviers pour réparer puissamment les effets délétères de la ville « omniroutière ».

Cette double décennie aura aussi été marquée par le fort développement du vélo en libre service. Nouveau venu, nouvel objet mobile que les citadins ont tout de suite identifié comme un vrai service à la mobilité et se sont appropriés. Il a impulsé la venue de nouveaux opérateurs de mobilité urbaine. Et un nouvel attrait du vélo pour les opérateurs de transport public… La grande vertu des systèmes de vélos en libre service aura été, dès la mise en service de Vélo’v à Lyon, en mai 2005, de tourner la page des préjugés sur la supposée ringardise du vélo et sur sa dangerosité, de balayer les résistances à accélérer la réalisation de réseaux cyclables (…)

Je le clame haut et fort, nous n’attendrons pas encore 20 ans, car nous savons qu’il y a urgence en la matière. Il nous faut un accompagnement fort et donc audible, une volonté claire et donc perceptible, une prise en compte concrète et donc tangible des pratiques du vélo par le gouvernement (…)

N’attendons pas encore 20 ans pour faire du développement du vélo un chantier d’avenir. Changeons de braquet. Ne moulinons plus dans le vide puisque, quand les collectivités territoriales ont investi en 2008 plus de 650 millions d’euros dans leur politique vélo, l’Etat a eu toutes les peines du monde à en trouver 16, alors qu’il en déverse des centaines sur d’autres filières au nom de la solidarité économique, mais pas de la solidarité écologique.

C’est un des chantiers que le grand emprunt doit couvrir, pour une croissance durable. Je dirais plutôt d’une croissance sobre et durable. Chiche : faisons une place au développement des pratiques du vélo !

L’encouragement de son usage par l’investissement dans les infrastructures, les services – stationnement, location longue durée et libre service, entretien et réparation – et les technologies numériques permettant l’information multimodale, doit constituer une part significative du produit de cet emprunt (…)

C’est ce plan national de développement du vélo que nous proposons depuis plusieurs années, depuis la remise du rapport parlementaire sur le vélo au Premier ministre, en mars 2004 : qu’attend l’Etat pour voler au secours du succès ?

nicolasfaitduveloAussi, nous avons décidé de nous adresser au Président de la République. Notre Président est amateur de vélo. Si j’en crois les magazines de séduction politique, il aime les pistes cyclables girondines du Bassin d’Arcachon, celles de la Côte varoise et, dit-on, les circuits dans le bois de Boulogne, en compagnie des gens qui comptent médiatiquement. Il veut du mouvement, des réformes, de l’action. Nous lui en offrons, avec une lettre ouverte qui l’intéressera certainement.

Gageons qu’il prendra la mesure d’un enjeu collectif, de la nécessité de flécher les investissements vélo dans le grand emprunt national, faute de l’avoir fait dans le Plan de relance, et d’avoir pensé au vélo dans le Grenelle de l’environnement… Qu’il s’empare de nos idées ! Qu’il nous permette de placer le vélo sur les pistes vertes de l’avenir.

Nous reprenons bien volontiers le slogan de l’Ademe, selon lequel « la meilleure énergie, c’est la nôtre », comptant d’abord et surtout sur notre volonté et nos engagements vis-à-vis de nos administrés, alors que la suppression de la taxe Professionnelle, la destruction des Conseils généraux, l’étranglement des petites collectivités, n’incitent guère à l’action. Mais considérez, Monsieur le Président, que  votre énergie ne serait pas mal utilisée dans la mise en œuvre d’une politique nationale vélo, à l’instar de nos voisins européens, et au service d’un secteur d’avenir, aux fortes retombées économiques et sociales. Monsieur le Président, demandez simplement au gouvernement d’accentuer avec nous le succès des pratiques du vélo ! Venez pédaler à nos côtés au service du bien commun.

L’appel part de La Rochelle. Ce n’est surtout pas un SOS, mais une invitation à rejoindre l’équipage du navire qui veut explorer un monde meilleur, celui des cycles futurs !

Localtis


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