Les banques ne renoncent jamais au pouvoir

La zone euro s’est dite prête à répondre favorablement à une demande d’aide de l’Espagne en faveur de son secteur bancaire et à lui prêter jusqu’à 100 milliards d’euros. Encore une fois, plutôt que d’anticiper, les gouvernements de la Droite libérale européenne se contentent de répondre dans l’urgence à un besoin que tous les analystes sérieux prévoient depuis des mois. C’est une constante en cette période de crise. Les responsables politiques creusent des trous pour boucher des trous avant de boucher le trou que d’autres creusent à côté. Une sorte de tonneau des Danaïdes qui conduit à accentuer les fuites de tous les côtés. Le « politique », au niveau de l’UE, est inexistant, muselé par les « oukases » de Merkel et soumis au rythme des milieux spéculatifs. A aucun moment les sinistres ministres ne tentent de changer la donne.

L’Eurogroupe a été informé que les autorités espagnoles allaient faire une demande formelle d’aide très rapidement et est prêt à répondre favorablement à cette requête, indique ce forum dans un communiqué, qui précise que le montant total du prêt pourra donc aller jusqu’à 100 milliards d’euros. On sait déjà que ce sera insuffisant, mais on attendra le prochain soubresaut pour, à nouveau, donner quelques milliards supplémentaires, destinés à éviter l’effondrement du château de cartes bancaires. Et on y ajoute l’habillage nécessaire pour que la décision soit acceptable.
Le prêt sera taillé pour fournir un garde-fou efficace couvrant tous les besoins de recapitalisation des banques, évalués par des cabinets d’audit externes et par le Fonds monétaire international (FMI), indique la zone euro, précisant qu’il s’agit de prévoir un coussin de sécurité. En fait, l’Espagne sera sous tutelle, puisque le trio FMI, BCE, UE imposera sa vision politique du redressement. L’aide sera fournie par un des deux fonds de secours de la zone euro, le FESF qui est temporaire, ou le Mécanisme européen de stabilité (MES) qui doit commencer à fonctionner en juillet. Elle sera ensuite dirigée vers le Fonds public espagnol d’aide au secteur bancaire (Frob), qui distribuera les fonds aux établissements bancaires. Pas de contre partie réelle : un blanc-seing donné à des dirigeants ayant spéculé durant des décennies sur le rendement de l’immobilier ! Mais dans le fond, peu importe : c’est au peuple de régler la note ! Toujours la même rengaine : l’Eurogroupe prend acte des réformes budgétaires et de celles concernant le marché du travail, déjà mises en place par l’Espagne, et affiche sa confiance dans le fait que Madrid tiendra parole quant à ses engagements en matière de réduction de déficit et de réformes structurelles. Des progrès dans ces domaines seront suivis régulièrement et avec attention, en plus de l’assistance financière dont va bénéficier le pays. Demandez donc aux Grecs où ça les a conduits !

Chez nous, on se prépare lentement à une éventuelle situation similaire si la Grèce, justement, venait à plonger. Les dirigeants des banques françaises ont, comme par hasard, fait savoir au Président de la République, François Hollande, qu’ils étaient prêts à le rencontrer pour évoquer la situation de l’Europe, qu’ils jugent « particulièrement grave », écrit Le Monde vendredi sur son site Internet.

Le quotidien cite une lettre adressée à l’Elysée le 22 mai dernier par la Fédération bancaire française : l’organisation représentative des banques y insiste notamment sur la nécessité de maintenir la Grèce dans la zone euro en raison du risque de contagion  en cas d’abandon de l’euro. Autre message des banquiers au nouveau Président de la République : la croissance doit être soutenue de manière « saine », c’est-à-dire en réduisant le recours à la dette et non pas en l’augmentant. C’est la raison qui les pousse à sucrer les prêts aux collectivités territoriales, pourtant soumises à la « règle d’or » de telle manière qu’elles ne puissent plus, par leurs investissements, participer à toute relance ! La stratégie est évidente. Le gouvernement Sarkozy avait, dans un premier temps, progressivement étranglé les régions et les départements qui faisaient de la résistance à la politique UMP. Les banques se chargent de la seconde phase en annonçant qu’elles vont exercer… de manière indirecte, un contrôle sur la politique souhaitée par François Hollande. Aucun scrupule. Aucune pudeur. Aucune retenue. Les banquiers ont pris le dessus en maniant la menace de leur éventuel effondrement à la française si on ne les laisse pas juger et donc filtrer les mesures à venir. Dans tous les pays, les dirigeants de Droite cèdent à ce diktat et ceux de l’Espagne savent qu’ils se renient en appelant au secours leurs collègues de l’UE. Durant toute leur campagne électorale populiste, ils avaient accusé les socialistes de ne pas être capables de redresser une situation générale et donc de conduire le pays à une mise sous tutelle européenne. Il est donc normal qu’ils aient hésité à lancer leur SOS financier, qui est en définitive un aveu implicite d’échec total des méthodes vendues aux électrices et aux électeurs. Les mêmes que celles de l’UMP chez nous !

 

6 réflexions au sujet de « Les banques ne renoncent jamais au pouvoir »

  1. La politique des banques c’est capitalisation des gains/mutualisation des pertes. En clair, quand les banques gagnent de l’argent, elles se le gardent (pour leurs dirigeants et leurs gentils actionnaires) ; mais quand elles perdent de l’argent, pas question que les dirigeants et les actionnaires en subissent les conséquences : elles demandent alors à tout le monde (les cochons de contribuables, vous et moi) de payer l’addition. Et ça a marché jusqu’à présent. Alors pourquoi ne pas continuer ?

  2. Je partage ton analyse… enfin presque. Tu écris « Dans tous les pays, les dirigeants de Droite cèdent à ce diktat ». De droite ? Comme Papandreou en Grèce, comme Zapatero en Espagne? Ou au Portugal ? Et auparavant Schroeder en Allemagne en coalition avec … Merkel ? La question est: Hollande choisira-t-il d’être du côté du peuple qui l’a élu en votant contre Sarkozy, choisira-t-il de refuser de faire ratifier le traité européen, la règle d’or, l’austérité, tc… Choisira-t-il d’abroger la loi sur la réforme territoriale contre laquelle les élus se sont massivement dressés (donnant au Sénat une majorité de gauche) ? Le peuple, ou les banques. En effet. Et nous, militants, engageons nous ensemble ce combat ?
    Cordialement.

  3. En fait de tonneau des Danaïdes, ça m’évoque plutôt le trou du sapeur Camembert !

    Et tout bien examiné, ce fameux argent des banques, il appartient à qui en réalité ?
    A nous pauvres innocents qui le leur avons confié.

    La moindre des choses exigerait que les Citoyens aient un droit de contrôle sur la gestion de leur propre argent.

    En paraphrasant Clémenceau ( citation d’ailleurs contestée) : les affaires financières sont trop graves pour qu’on les confie à des banquiers !

  4. Les apports de notre argent aux banques ne représentent que moins de 10% de leurs avoirs, donc nous ne possédons rien! Le reste, c’est l’argent de la spéculation et, surtout, de l’argent virtuel qui circule à une allure si folle qu’il n’a pas le temps de se transformer en monnaie sonnante et trébuchante…
    Créons une banque Nationale ou l’argent des petits sera en sécurité (et qui fera fonctionner l’économie réelle) et laissons les autres se démerder!!!

  5. Bonjour,
    le gouvernement Espagnol a cédé aux injonctions de la BCE et du club Merkel, en s’engageant à endosser les emprunts en lieu et place des banksters. Les bancocrates tiennent maintenant les Espagnols par les « cojonés » et infligent leur solution préférée à savoir l’ajustement réel. Le retour à la solvabilité se fait via des politiques budgétaires très restrictives (encore près de 3% du PIB économisés en 2012) et une baisse des coûts salariaux. Ce dernier point permet de relancer un peu la compétitivité. Mais la baisse des prix ne suivant pas, les salaires réels chutent, la consommation et le PIB s’effondrent, et le taux de chômage explose (près de 30% prévu en 2013, plus de 60% pour les jeunes!). L’ajustement réel est donc très coûteux en emplois et accentue les tensions sociales .
    La logique libérale voudrait que les banquiers Espagnols assument seuls leurs imprudences et autres magouilles. Hélas ils vont encore se sortir « le cul des ronces » en ayant recours à leur chantage habituel c’est  » sauvez nous ou c’est le chaos ».
    Il est grand temps de nationaliser les banques et d’enfermer les banquiers, comme pourrait dire Vincent Auriol.

  6. Honneur au courage malheureux !

    Je crois qu’il faut remercier Jean Luc Mélanchon d’avoir pris des risques réels (la preuve !) pour sa tentative de faire avorter la fameuse dédiabolisation du FN.
    Devant un adversaire pugnace, la représentante du soit disant bleu marine (ou bleu de Prusse ?) qui camoufle piteusement un fond de couleur très brune, a dévoilé sa véritable nature et les méthodes de son parti.

    Il est cependant des électeurs naïfs, ou bornés, ou cyniques, qui ont apporté malgré tout leurs suffrages à la fille du lieutenant Le Pen, de sinistre mémoire. Nous risquons de nous retrouver avec un nouveau Tixier Vignancourt, en la personne de l’avocat Collard.

    On trouve là la résurgence historique, attisée par les nostalgiques de la « grande époque coloniale » et de l’Algérie soit disant Française, qui puise ses racines dans la Cagoule, relayée ensuite par la Légion des Volontaires, la milice, le poujadisme, l’OAS….
    En remontant plus loin, on pourrait arriver, par le biais de l’Opus Dei, à la Sainte Ligue et ses déplorables avatars.

    Ces sinistres personnages utilisent comme camouflage le faux nez de la Laïcité, de la République et de la Nation, en combattant leurs principes mêmes et en contestant leur existence.

    Pas de quoi être fier de compter ces trublions parmi nos compatriotes.

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