L’été, les réveils du dimanche ne sont pas très clairs

Lorsque l’on a la chance de pouvoir encore se lever de bonne heure le matin pour aller bosser (attention que ce ne soit pas bientôt même un privilège!) on n’aspire qu’à une chose : ne pas ouvrir les yeux pour pouvoir poursuivre son séjour dans les bras de Morphée. La tentation est permanente de laisser filer le temps pour grappiller quelques minutes de sommeil supplémentaire. En fait, le bonheur ne peut pas être parfait, car on éprouve l’angoisse de manquer définitivement le rendez-vous avec la vie active et cette situation empêche réellement de jouir pleinement des instants volés aux obligations sociales. Le privilège de l’été, c’est de  ne pas avoir à vivre à l’heure du soleil comme l’ont fait durant des siècles les femmes et les hommes des campagnes. Il suffit de voyager sur la planète pour se rendre compte des difficultés que l’on éprouve à revenir au rythme simple de la nature… Se lever tôt et se coucher de bonne heure sont des actes en contradiction avec le concept même des vacances. Les nuits doivent être raccourcies avec une compensation diurne pour que les fêtes soient réussies. Partout, on se met à un rythme de vie dit à « l’espagnole », et c’est cette modification estivale des habitudes qui joue un rôle décisif dans la réussite des « congés ». Il faut vivre en décalé avec le commun des mortels et afficher un mépris total pour les horaires quotidiens, considérés comme des « prisons » psychiques insupportables. Le réveil matin ne peut sonner que pour une passion mais surtout pas pour une contrainte.

Les grands rendez-vous festifs deviennent de simples exutoires se voulant libérateurs de la gangue sociale habituelle. A Mont de Marsan, Bayonne, Dax, Pampelune, Vic Fezensac, Nîmes ou Béziers on se sert du « blanc limé » pour « scier » les barreaux des geôles des conventions ! Les jeunes y découvrent ce qu’ils pensent être le défi de la libération par l’excès, et les moins jeunes tentent de se débarrasser des tenues trop étroites de la personnalité standardisée. C’est une évidence : en brisant le carcan de la durée du sommeil, des doses de boissons alcoolisées, des implications collectives ordonnées, les « festayres » ou les « festivaliers » de tous les âges et dans une parité grandissante, osent la différence avec l’habituel ! Leur réveil n’est d’ailleurs plus le même !

S’ils se sont couchés, ils retrouvent pourtant les difficultés « normales » au moment où le soleil a entamé sa course vers l’horizon opposé à celui qui l’a vu naître. Pire, l’ouverture d’un œil prend des allures cauchemardesques. La lourdeur de la paupière correspond directement aux abus de la nuit. Le tintamarre dans le tête est proportionnel aux sons des bandas ou fanfares. L’épaisseur de la langue est déterminée par la qualité du repas… L’angoisse du lever n’a rien de comparable avec celle des jours d’obligation active puisque, en pareilles circonstances, elle repose sur la peur de constater les dégâts. On retarde donc au maximum la sortie dans le monde éclaboussé de soleil, pris par une irrésistible envie d’hiberner au cœur des mois d’été ! Ces matins là appartiennent en effet beaucoup plus à l’été qu’aux autres saisons. Ils n’entrent pas nécessairement dans les pages les plus enthousiasmantes des albums de souvenirs, mais parfois, pour certains, il sont considérés, cette année, comme des blessures ramenées de combats éprouvants contre la morosité !

Les lendemains ne chantent pas toujours aussi fort, aussi haut et aussi loin que les chorales de la veille. Souvent même, on aspire au silence reconstructeur ou à la solitude moins romantique que celle des admirateurs de coucher de soleil en bord de mer. L’été permet aux ventes de citrate de bétaïne de battre des records. L’effervescence des fêtes se retrouve concentrée dans de grands verres d’eau difficiles à avaler. Autant il avait été aisé de vider des godets plus ou moins colorés, autant il est difficile de déglutir quelques gorgées de ces breuvages recommandés par des amis bienveillants. Souvent, en effet, ces gens compatissants, proposent des remèdes à ces situations estivales accablantes. Rien n’assure cependant que le médicament n’aggravera pas la situation plutôt que de l’améliorer. Les transmissions de père ou de mère en fille ou en fils entretiennent la tradition familiale, mais ne constituent pas un gage de succès. L’huile d’olive, la vodka salée, le jaune d’œuf, le Banania, la tisane de boldo, les litres d’Hépatoum… restent des ingrédients du retour au soleil brevetés sans aucune garantie du gouvernement médical .

Le dimanche, jour du saigneur des certitudes, reste en été le rendez-vous principal avec les conséquences des abus de « vin de grands messes festives ». Le danger s’installe quand ces situations deviennent le « pain quotidien » des vacances et qu’elles se multiplient. Mais dans le fond, un réveil différé et différent ne peut pas être considéré comme un handicap à la qualité de l’été. Il appartient à cette quête de liberté qui a souvent de rudes conséquences sur son confort personnel. Alors, si un matin vous avez du mal à jeter un œil sur le monde, rappelez vous seulement des bons moments de partage de la veille… et refermez le vite pour vous faire du cinéma sur l’écran noir de vos nuits blanches !