Moments de vérité pour les essais thérapeutiques sur la crise grecque

La Grèce va devenir, d’une manière ou d’une autre, le terrain d’essai des politiques de résorption de la crise de la dette. C’est un malade sur lequel on expérimente depuis des mois des traitements de cheval pour constater que plus la dose est forte et plus sa santé globale s’aggrave. Perte du moral, diminution des forces et surtout incapacité à réagir à l’anémie provoquée par ces remèdes : tous les diagnostics prévoient les soins palliatifs dans les prochaines semaines. Toutes les perfusions, les transfusions, se révèlent inefficaces puisque l’hémorragie se poursuit !

Le pays en est déjà à son deuxième plan d’aide, financé par l’Union européenne et le Fonds monétaire international avec, en contre partie, des mesures d’austérité terribles. Le premier, qui s’étalait de 2010 à début 2012, s’est élevé à 110 milliards d’euros. Le second, dont le déboursement a débuté en ce début d’année et devrait s’échelonner jusqu’en 2014, s’élève à 130 milliards d’euros. En échange de ces prêts, la Grèce s’est imposé des plans d’austérité comme jamais aucun autre pays n’en a connu avant elle. C’est un régime qui affaiblit davantage le pays qui n’en peut plus car ses ressources s’effondrent ! Les électeurs ont montré, en votant à 70% pour des partis anti-rigueur, qu’ils ne supportaient pas un remède pire que le mal !

Ces derniers mois, le FMI et l’Union européenne ont accentué leurs efforts envers la Grèce: 70 milliards d’euros ont été versés. Tout n’a pas fini dans les caisses de l’État, loin de là. L’État grec a lui-même reçu au total 9,2 milliards d’euros depuis début mars de la part du Fonds européen de stabilité financière (FESF), au titre du deuxième plan d’aide international. Les ministres des Finances de la zone euro devraient débloquer en début de semaine prochaine une nouvelle tranche de 5,3 milliards d’euros. Le FMI doit pour sa part verser 1,7 milliard d’euros entre avril et juin. S’il estime, d’ici à mi-juin, que la Grèce a bien tenu ses engagements de réduction des dépenses publiques … c’est à dire si elle s’est encore davantage appauvrie avec une récession exceptionnellement forte. En fait, les transfusions massives ont été affectées aux banques… qui tentent de récupérer leurs prêts pour éviter le coma profond. Elles auraient bénéficié d’une « subvention » de 25 Millions de dollars quand l’Etat percevait à peine 10 milliards ! Les créanciers internationaux ont, pour leur part, reçu 30 milliards d’euros. Une compensation pour avoir accepté d’effacer, le 9 mars, une centaine de milliards que la Grèce leur devait (sur une dette totale de 350 milliards). Tous ces chiffres donnent le tournis, car on imagine ce qu’ils pourraient apporter en terme de relance économique sur le continent. Seul un plan d’investissement massif sauvera, en effet, l’économie européenne. Après négociation, le secteur privé s’est désengagé, transférant de fait une belle part du problème sur… l’Union européenne et le FMI. S’il y a faillite, le secteur privé se sauvera !

Le problème politique vient de surgir en pleine tempête, rendant la situation totalement intenable. Le 14 mai, les ministres de la zone euro doivent se réunir pour décider d’un nouveau versement à la Grèce, mais François Hollande n’aura pas pris ses fonctions et il faut s’attendre à ce que l’Allemagne mène le bal !  Le 15, jour clé dans le changement en France, les Grecs doivent rembourser environ 450 millions d’euros à des investisseurs privés qui n’ont pas voulu faire une croix sur leurs obligations grecques. Le 18 mai, Athènes doit retourner 3,4 milliards d’euros à la Banque centrale européenne (BCE), qui a racheté des obligations grecques au plus fort de la crise. Fin juin, elle devra de nouveau quelques millions d’euros aux investisseurs, puis de nouveau en août quelque 3,3 milliards d’euros à la BCE. Une succession d’échéances dont on sait qu’elles ne pourront pas être honorées dans le contexte économique actuel du pays. Il n’a plus assez de rentrées pour faire face à ces remboursements, puisque les mois de juillet et août, capitaux pour l’économie touristique, ne seront pas passés…

D’ailleurs, comme pour toutes les autres destinations du bassin méditerranéen, on tremble, car les visiteurs risquent bel et bien de faire défaut ! Et alors là, plus rien ne pourrait arrêter la machine infernale : récession, ressources taries, intérêts de la dette démentiels et faillite obligatoire ! Les autres nations européennes sont dans un étau : ils pressent l’État grec, creusant le fossé entre le Peuple et leurs mesures, et ils rendent la situation encore plus dramatique… Il y aura encore des élections, car le système grec ne donnera aucune majorité fiable ! Le vote d’extrême droite va encore monter d’un cran comme ce sera le cas en France si on persiste dans des mesures strictement « financières », déconnectées de la réalité sociale. En fait, il est inimaginable avant l’été de tailler dans le vif pour satisfaire aux exigences de l’UE et du FMI, car ce serat la fin du système démocratique en Grèce ! Privé de l’aide internationale, le gouvernement grec serait à court de cash rapidement, dès lors qu’il dépense plus qu’il ne gagne. Il ne pourrait plus payer les fonctionnaires ni les pensions des retraités. Sans parler de régler les factures de ses fournisseurs… c’est la banqueroute à laquelle on donne actuellement une chance sur deux de se produire, et même parfois 3 chances sur 4 ! Ce scénario serait un remède bien pire que le mal actuel. L’activité économique de la Grèce pourrait s’effondrer de moitié au moment le plus propice à son activité, malgré le fait que le pouvoir d’achat en berne dans les pays expédiant des millions de touristes va certainement peser sur l’affluence internationale. Les créanciers de la Grèce, au premier rang desquels les pays de la zone euro, la BCE et le FMI, seraient probablement obligés de renoncer à leurs remboursements avec l’effet domino qui s’enclencherait… Et alors, personne ne sait comment il faudrait sortir de cette spirale réellement infernale !

2 réflexions au sujet de « Moments de vérité pour les essais thérapeutiques sur la crise grecque »

  1. Eh! Eh!… L’absurdité du Monde – de notre Monde – tel qu’ »on » l’a laissé grandir va-t-elle nous sauter à la figure? Demain? Le mois, l’année prochains?
    Et après?… Tous nos « dirigeants » et « experts », formatés dans un même moule et défendant LEURS intérêts, auront bien des difficultés à imaginer… un autre Monde.
    Et pourtant, là est NOTRE salut; à l’évidence!
    « Qu’ils s’en aillent tous! » :-D

  2. Personne ? Si, nous!!!!
    Syriza, et la gauche dite extrême en général, a fait un excellent score!
    Malheureusement juste en dessous de la majorité imposée (si le Pasok veut bien s’allier à eux).
    Il va donc y avoir d’autres élections, le mois prochain, et là, les gauches vont « déchirer » et gagner de quoi construire une majorité.
    Syriza, c’est l’équivalent Grec du Front de Gauche. Et croyez-moi, ils savent quoi faire!!!!
    D’abord virer tous ces banksters, nationaliser les intérêts essentiels au peuple (l’énergie, l’eau, les ports…) et remettre la banque centrale en action…
    Ils vont se faire virer de l’europe ? Oui, et alors ?????
    Ce n’est que temporaire… Quand les peuples des autres pays verront que c’est possible, ils leur emboîteront le pas et les Grecs reviendront dans l’europe, celle des peuples, l’europe sociale et solidaire, celle qui fait rêver…..
    Comment ça moi aussi je rêve ?
    Vous verrez…….

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