N’oubliez pas le tire-bouchon pour l’été !

Durant tout l’été, les bouchons ne sont pas toujours à la fête. Ils sautent ! Ils agacent.  Ils ravissent aussi souvent, mais dans tous les cas ils participent aux vacances. Celui qui a porté le plus grand tort à leur notoriété n’est autre que le fameux Bison fûté. On ne sait pas trop pourquoi on a donné ce nom d’un animal exterminé par les tirs nourris de Buffalo Bill et de ses disciples à ce qui reste un système peu fiable d’évitement des embouteillages. Il n’y aurait pas, si l’on en croit la légende des découvreurs du « Far West » ou du « Far South », pire exterminateur de « bouchons » que ce chasseur d’itinéraires bis qui a connu des heures de gloire, mais qui est sur le déclin !

Ayant pris de la bouteille au fil des ans, il n’a plus de véritable influence sur le comportement moutonnier du vacancier motorisé. Lentement mais inexorablement, le Bison, jugé pas assez fûté, a été remplacé par un étrange dialogue entre la voix d’hôtesse de l’air d’un appareil têtu appelé GPS et un conducteur macho se pliant, sans discuter, aux injonctions d’une femme qui n’est pas la sienne. Terrible changement dans les rapports de force même, puisque le « Coyote », animal détestable s’il en est, aurait supplanté dans de nombreux habitacles celui qui se croyait maître du troupeau en transhumance estivale. Mieux, il faut reconnaître qu’en dehors des prévisions des couleurs du week-end quantifiant les bouchons supposés, et les annonces de ceux qui sont constatés, il n’a plus grande utilité. Les bons plans pour éviter… de s’arrêter à l’embouteillage, avant de déguster sur des centaines de kilomètres, ne dépendent plus du tout de lui. Le constat est amer : chaque été devient le millésime référence pour l’agglutinement automobile, malgré des milliers d’autoroutes réputées salvatrices, des milliers de kilomètres de voies sécurisées et réputées rapides. Les radios ont cette extraordinaire particularité d’annoncer à ceux qui prennent leur mal en impatience qu’ils sont à l’arrêt, comme s’ils n’avaient pas été volontaires pour se retrouver « embouchonnés ».

De plus en plus, les vacances ont justement ce goût particulier que Racine a placé dans la bouche de Polyeucte : « Et le désir s’accroît quant l’effet se recule ! »… Durant les vacances, on va souvent retrouver cette tendance à faire sauter les bouchons pour retrouver le plaisir au plus vite. Ceux-là sont les garants de la valeur donnée par le temps. Drôle de rôle que celui qui consiste à permettre au contenu d’un flacon de vieillir de manière sereine, avant de le libérer pour des gosiers plus ou moins connaisseurs. Il porte une lourde responsabilité : ne pas gâter le contenu pour que le buveur puisse avoir une saine ivresse. Il n’y a en effet rien de pire pour un hôte soucieux de sa cave que de s’entendre dire, sous les étoiles, au moment où un invité porte son nez dans le calice : « tu ne trouve pas qu’il a… un goût de bouchon ! ». Tout le monde tente alors de minimiser l’affront fait par un liège poreux, ou pire, se tait en attendant la réaction officielle de celui qui a donné la liberté aux arômes du vin ! Et dire que cette incertitude autour de la qualité d’un cru plus ou moins glorieux tend à disparaître face aux menaces de la capsule vissée ou de la confection de bouchons en matière plastique… Il paraît que, dans ce domaine comme dans tant d’autres, l’obsession anglo-saxonne de l’aseptisation des produits va tuer l’art de détecter le liège idéal et de le tailler sur mesure pour des bouteilles d’exception.

Il reste que le roi de l’hiver n’est pas forcément celui de l’été. S’il saute encore lors des fêtes familiales, celui, muselé et serré, qui retient les bulles, a de plus en plus tendance à se reposer lorsque la chaleur est venue. Si l’on doit envoyer en l’air quelques chose, en ces soirées torrides, ce n’est pas généralement le bouchon du champagne ! On se rabat sur des formes plus collectives et plus désaltérantes de breuvages qui n’ont pas nécessairement besoin d’être… embouteillés. L’apéro prend souvent, en été, une dimension collective avec une forte propension au « revenez-y ! ». Punch, vin limé, sangria, mélanges très diversifiés et colorés emplissent les verres. Même les plus mal embouchés perdent leur réserve naturelle, feinte ou calculée, et lentement le ton monte pour déboucher sur des moments de partage qui appartiendront aux souvenirs estivaux !

Dans le fond, l’outil essentiel des vacanciers a toujours été le tire-bouchon. Sophistiqué ou réduit à sa plus simple expression, il reste l’outil essentiel de cette période, durant laquelle on se laisse aller à pousser le bouchon un peu plus loin qu’à l’habitude… Il est impossible de savoir combien de millions de « morceaux de liège » ont sauté, mais on sait qu’en 2012, on ne battra pas le record absolu de 2007 où, justement, le samedi 4 août à 12h30, avec 842 km de bouchons cumulés, ce qui correspond à la liaison Paris – Toulon totalement embouteillée, on avait établi le record absolu de bouchons d’automobilistes pressés d’aller en vacances !

3 réflexions au sujet de « N’oubliez pas le tire-bouchon pour l’été ! »

  1. Je ne comprendrais jamais ces gens qui se précipitent, tête baissée, dans le bordel inévitable des autoroutes!!! Et qui se plaignent en plus!!!!
    Aujourd’hui Dimanche, il n’y aura personne sur les routes, ils sont tous passé hier!!! Pouvaient pas attendre un jour ????
    Ridicule ce comportement! Pire que des moutons, des fourmis pressées…..

  2. Des bouchons oui, mais des bouchons pour agir contre le cancer !
    Je profite de la notoriété nationale, voire internationale du blog de Jean-Marie, pour diffuser cette excellente initiative.
    L’association Agir Cancer Gironde récolte (dans les mairies participantes, entre autre) nos bouchons usagés, liège et synthétique, pour les recycler au profit de l’Institut Bergonié de Bordeaux. Une façon simple, écologique, originale, d’aider la recherche contre le cancer.
    Les bouchons sont revendus à un liégeur, basé en Aquitaine, qui les recycle en panneaux d’isolation thermique, phoniques, tableaux d’affichage, joints, balles de baby-foot…
    Le produit de la vente est intégralement reversé à l’Institut Bergonié.
    Plus d’informations sur http://www.agircancergironde.com

  3. Même si je ne fais pas partie des « moutons » et des « fourmis pressées » mentionnées plus haut, je peux néanmoins les comprendre. Ces gens là ont la plupart réservé une semaine de location et souvent très chère. Une seule semaine parce qu’ils n’ont plus les moyens aujourd’hui de partir davantage. Mon propos n’est pas de savoir à qui la faute mais c’est une réalité. Alors il faut bien partir un peu, au moins pour les enfants, même si c’est souvent au prix de gros sacrifices. Or, les locations partent généralement du samedi midi pour s’achever le samedi suivant. Aussi, je comprends très bien ces gens qui ne veulent pas amputer d’une journée leur maigre semaine de détente qu’ils ont d’ailleurs eu parfois beaucoup de mal à réserver.

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