Refaire souffler l’esprit républicain sur le 14 juillet

Le 14 juillet reste la journée des symboles et des rites républicains dont on sait qu’ils sont malmenés en permanence soit par un usage abusif (nationalisme) soit par une dilution croissante (mondialisation). Depuis des années, la France est ballottée d’un extrême à l’autre sans arriver à retrouver son équilibre qui constitue pourtant l’idée originelle que l’on nomme parfois l’esprit républicain. En fait, le plus dur reste de le faire vivre dans une société qui a totalement changé ses critères en matière de vie collective. Lentement mais inexorablement les valeurs issues des périodes « noires » de l’Histoire s’estompent dans des considérations jugées indispensables à l’amélioration de la vie quotidienne.

La prolifération des lois, des textes, des règlements devant protéger les citoyens de tout ce qui peut contrecarrer leur bonheur individuel potentiel a enseveli les principes originels de la République. Elle n’existe plus dans les faits, car il faudrait creuser dans une montagne technocratique pour retrouver les racines de ce qui a été construit par la Révolution de manière souvent erratique. Le 14 juillet, récupéré par l’Armée qui en fait sa vitrine, ne permet plus de revenir justement sur ce que devrait être une journée de rappel des principes clés du vivre ensemble dans un système qui doit désormais reposer sur 5 objectifs transversaux : la liberté, l’égalité, la fraternité (triptyque historique) la solidarité et la laïcité ! Derrière ces mots, bien évidemment, selon ses options politiques, chacun met ce qu’il veut ou ce qu’il peut pour conforter ses intérêts personnels ou partisans. Depuis des années, certains ont en effet confondu « liberté » et « libéralisme » , « égalité » et « égalitarisme », « fraternité » et « communautarisme », « solidarité » et « charité », cherchant souvent à tordre le cou à ce qui constituait pour eux des obstacles historiques dépassés, à l’exercice du pouvoir. Il est même devenu quasiment impossible, en raison de renoncements irrattrapables en matière de formation civique, de restaurer cet « esprit républicain », dilué dans un maelström de considérations gestionnaires réputées efficaces. Il faudrait une bonne dizaine d’années pour restaurer un socle républicain reposant sur des actes concrets.

La République repose sur une conquête qui a été malmenée et même saccagée dans une période récente : le suffrage universel qui n’existe vraiment que depuis 1945 et le vote accordé aux femmes. Le 14 juillet 1989 avait été transformé en grande fête nationale des élus. Chaque année, il faudrait qu’il en soit ainsi, afin de restaurer un véritable lien entre le pays et celles et ceux qui sont chargés de la représenter. Aussi surréaliste que cela puisse paraître, il n’y aurait rien d’incongru à ce que défilent sur les Champs Elysées, des délégations d’élus nationaux, régionaux, départementaux et locaux (les seuls choisis par le Peuple) qui le souhaiteraient. Une forte présence civile républicaine durant la journée redonnerait une image plus conforme à ce que fut la fête de la fédération qui a servi de base à ce choix du 14 juillet. En vilipendant sans vergogne et sans cesse ses élus, en transformant des analyses sommaires en vérités générales, en mettant en exergue des errements inévitables, l’opinion publique étrangle inexorablement l’esprit républicain dans l’indifférence quasi générale.

Par ailleurs, le 14 juillet ne prend pas assez en compte la jeunesse. La suppression du service « militaire » a rompu le lien qui doit exister entre un citoyen et la Nation. La notion de devoir individuel à l’égard du collectif ayant disparu, la solidarité pourtant indispensable a bien du mal à exister. Le temps joue contre la République, puisque désormais, les générations qui se succèdent n’ont plus aucun repère dans ce domaine. Tout jeune, quel que soit son origine sociale, son niveau social, sa situation familiale, est redevable à l’égard de la République. Il n’est pas « exploitant » potentiel d’un système maintenu, parfois au prix de grands sacrifices, par des gens courageux, mais il en est le « fruit ». Alors, là encore, au risque de choquer ou d’être taxé d’utopisme irrécupérable, je proposerai qu’un groupe de bacheliers de l’année, ayant obtenu une mention bien ou très bien au bac défilent eux aussi sur le Champs Elysées. La valorisation du « mérite républicain » devient urgente, tellement les médias accordent une place considérable à toutes les avanies d’un système devenu synonyme d’échec. Certes les grandes écoles défilent, mais elles ne sont pas, pour le Peuple, représentatives de la réalité sociale.

Pourquoi ne pas faire défiler des nouveaux Français acceptés dans la République pour également symboliser la fraternité indispensable qui doit rester l’un des piliers de la France moderne ?

Ces deux propositions ( certainement dénuées de tout intérêt ) visent à redonner un sens plus large à la Fête nationale, à entamer sa mue et s’ouvrir sur la réalité des mutations sociales. Cette journée doit redevenir une journée de la citoyenneté active et plus seulement celle de la mise en valeur d’une vision « militaire » de la République. Le bel ordonnancement des armées ou des corps péri-militaires sur les Champs Elysées constitue un spectacle assez factice. Rien ne serait formellement changé, mais une tonalité nouvelle permettrait de rappeler que la nation se construit sur la diversité des situations, des âges et des croyances. « Voir et complimenter l’Armée française » ne suffit plus à ce rendez-vous, que le manque d’éducation civique ne replace plus dans son contexte historique réel.

3 réflexions au sujet de « Refaire souffler l’esprit républicain sur le 14 juillet »

  1. Merci Jean-Marie!!!!
    Merci, tellement il parait inconvenant, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, de dire que non, le 14 Juillet n’est PAS la fête de l’armée!!!!!!!
    Comment ils ont traité Eva Joly d’avoir osé dire, elle l’étrangère, que ça la gênait tous ces chars qui descendaient les Champs alors que l’on est sensé célébrer la victoire du Peuple souverain contre toutes forme d’oppression, même militaire…!
    Je dois dire qu’à chaque fois que je vois ça, je ne peux m’empêcher de penser à la Chine et autres défilés hautement démocratiques…..
    Non, vos propositions ne sont pas « dénuées d’intérêt »! Pas du tout!!!!

  2. Tout à fait d’accord, Jean Marie, on nous a volé, à nous citoyens, notre Fête de la Fédération : le 14 juillet, comme chacun sait, ne commémore pas la Prise de la Bastille en 1789 (événement capital, et date symbolique certes, dans l’histoire du pays) mais la Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790. Y participèrent des représentants de tous les nouveaux départements français , symboles de ce Royaume devenu une Nation.
    Les revanchards ont monopolisé le 14 juillet dans les années 1880 pour montrer nos « biceps » aux prussiens, qui d’ailleurs n’en furent sans doute pas très impressionnés.
    Et les citoyens ne l’ont jamais récupéré.
    C’est vrai qu’un défilé des civils qui honorent le pays ou participent au bonheur de ses habitants, ça aurait paraît-il moins de « gueule »qui l’exhibition de tous ces engins de mort.
    Mais combien plus émouvant serait le défilé que nous imaginons !
    L’inspiration ne manquerait pas : les sapeurs pompiers y auraient bien sur la place d’honneur (sacrifice à l’uniforme…), mais il y a aussi la protection civile, les services d’urgence, des délégations de travailleurs, etc…
    D’ailleurs à propos des travailleurs rarement honorés, je me fais toujours la réflexion suivante :
    Quand un militaire est tué en mission, il a droit , comme l’a dit Victor Hugo « qu’à son cercueil la foule vienne et prie » (ce qui dans un pays en principe laïque est un peu déplacé, quand ça se fait publiquement, en présence du chef de l’état, et est retransmis à la télé ).
    Mais l’ouvrier, victime d’un accident du Travail, qui est tout aussi utile à la société, sinon plus, n’a droit, lui, à aucune commémoration.
    Ce serait un semblant de réconfort au moins pour sa famille et ses proches et une façon d’honorer le travail autrement qu’en proposant de gagner plus…sans tenir ses promesses.

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