Un congrès qui révèle l’état de l’opinion

Le Congrès des maires s’achève. Il aura été marqué par une passivité exceptionnelle des élus présents et surtout par une fréquentation peu représentative des réalités locales puisque moins de 25 % des représentants des communes ont été effectivement présents durant les travaux, et si le nombre a brutalement augmenté le mercredi, ce n’est que par nécessité…électorale. En effet, le décalage est considérable entre le contexte national et la vision qu’en ont, pour leur territoire, les édiles présents. Noyés sous les discours lénifiants ou dramatiques, ils ont adopté la position de la tortue, laissant le soin aux plus courageux de monter au créneau contre les représentants d’un gouvernement qui cherche par tous les moyens à les étouffer. Ils veulent ignorer la réalité, pour attendre calmement le résultat des élections à venir, persuadés que, par un miracle, ils échapperont à une crise que certains leur promettent, mais qu’ils acceptent comme ue fatalité mondialisée. D’ailleurs, le premier « collaborateur » du Chef de l’État français leur a expliqué que notre vieille Europe, mal gouvernée par tous les politiques antérieurs à son mandat, avait perdu toute influence au profit de l’Asie. Il n’y est pour rien, et depuis 5 ans, il a tout réussi dans sa gestion, car il n’a aucune tutelle, aucun contrôle, à part celui des marchés financiers. Il s’est permis de souffler que ces Maires qui s’inquiétaient avaient tort, puisque l’État avait « emprunté » pour leur distribuer des subsides via les dotations. Ce qu’il a oublié de préciser, c’est que la plupart de ces sommes viennent simplement de compensations d’exonérations ou de réformes prises… par le gouvernement lui-même, au détriment des collectivités.
Tout va donc pour le mieux et, dans le fond, ce pourrait être pire, puisque les fonds actuels peuvent encore être rasés du paysage. Et bien entendu, craintive, la majorité des présents a courbé l’échine et accepté ce verdict, consistant à accabler en permanence celles et ceux qui font au quotidien le maximum pour faire coller les besoins et les moyens. Depuis 3 ans, sur tous les tons, le gouvernement a clamé qu’ils avaient des gestions dispendieuses; qu’ils étaient trop payés, trop nombreux, trop isolés; qu’ils nageaient dans un mille feuille indigeste; qu’ils ruinaient le pays pour simplement préparer une reprise en mains des territoires perdus avec une arrière pensée : tuer ce qui ne peut plus revenir dans l’escarcelle UMP. Et bien, ce n’est visiblement pas assez pour des maires ayant au moins un mérite, celui d’être parfaitement en adéquation avec leurs électrices et leurs électeurs.
En effet, c’est un signe fort dédié à celles et ceux qui restent chez eux, pour un scrutin national capital:il y a eu près de 65 % d’abstentions pour le vote destiné à choisir le Président. Une catastrophe démocratique, à quelques mois d’échéances électorales capitales. Que peuvent-ils dire à leurs administrés, quand en pleine tourmente, quand il faut défendre mordicus l’avenir des communes, moins d’un maire sur 4 a pris position ? On peut déjà prévoir que les abstentionnistes scelleront le sort du pays fin avril 2012 ! C’est la leçon essentielle de ce congrès, où celui qui représentera les élus du suffrage universel les plus proches du Peuple, quelle que soit leur option politique, aura obtenu à peine 20 % des inscrits ! Il est sûr qu’avec une telle victoire, il pèsera sur le gouvernement. Et encore, des bus et des trains ont conduit vers la Porte de Versailles hier matin des renforts, car autrement, il y aurait eu à peine 15 % des gens pouvant voter !
A l’analyse, il apparaît nettement une autre facette de la société française : haro sur ceux qui tiennent un discours réputé « politique ». La période est à l’union sacrée et donc André Laignel, candidat du parler vrai, comme l’avait fait Bertrand Delanoé, a été dézingué dans les couloirs, pour avoir eu un ton trop sectaire. Il avait simplement rappelé les conséquences des réformes qui plongent, au plus mauvais moment, les collectivités territoriales dans le doute. Il vaut mieux, pour tout ce monde, des apolitiques pro-sarkozistes dans les faits, pour défendre l’avenir. Il est certain que le gouvernement peu avoir un léger sourire dans cette période où tout s’écroule. Les signatures mendiées par des péripatéticiens des trottoirs politiques n’iront pas à des femmes ou des hommes de… gauche, mais pas non plus à des candidat (e)s de droite, tellement les Maires sont tétanisés par un étiquetage politique. Ils sont cocus mais contents, selon une fameuse phrase d’une chanson de Serge Lama ! Dramatique pour la démocratie à la française, qui est largement menacée par ce non engagement couard qui accrédite l’opinion dominante sur la responsabilité de la crise : l’UMP et ses représentants ne sont en rien responsables. C’est essentiellement la faute des gens de gauche, dont le discours est passéiste, décalé, irréaliste. Défendre les services publics de proximité ? Vouloir l’équité fiscale ? Se battre pour l’école rurale et des postes d’enseignants ? Refuser toutes les privatisations outrancières ? S’opposer à la loi des marchés financiers ? Redonner un sens à la solidarité de proximité ? Refuser les accusations fallacieuses sur l’irresponsabilité des gens de gauche élus pour « gérer » ? Ce sont des motivations qui relèvent donc désormais de l’utopie, puisque une partie des Maires de France qui ont voté l’ont jugé ainsi. Il ne faut plus s’en préoccuper, car apparemment tout va pour le mieux, et ce n’est pas la peine de s’inquiéter. Tous les élus qui sont venus, ont vu, entendu, perçu et sont repartis heureux et le cœur léger ! Démoralisant. Proprement démoralisant !

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3 réflexions au sujet de « Un congrès qui révèle l’état de l’opinion »

  1. Bien sur qu’être Maire de nos jours demande de l’abnégation, et qu’il est toujours facile pour le citoyen passif que je suis de critiquer le citoyen actif que peut-être un Maire.
    Mais enfin, j’ai été matelot, et, embarqué sur un bateau, le mec qui s’est présenté sur le quai comme étant le capitaine, je ne vois pas pourquoi une fois en pleine mer il refuserait tout à coup de prendre ses responsabilités.
    Il n’avait qu’à rester à quai, on ne lui demandait rien à cette couille molle.
    En tout cas le message est passé, j’ai compris, je vais à partir de ce jour faire valoir mon droit de mutinerie.
    Droit valide quand le capitaine semble incapable de prendre une décision, tétanisé par la peur. en pleine tempête.
    Baudruches outrées aux discours des banquets de salle des fêtes villageoises,
    couilles molles, têtes de figues trop mures devant les princes noirs.
    La peur a une odeur forte.
    Mais une fois dépassée, se dégage du vainqueur une douce et un peu acre effluve, qui ressemble à s’y méprendre au plaisir !
    Loin de moi l’idée de me mélanger avec mes compagnons dans des ébats tortueux.
    Mais, j’ai été, adolescent, talonneur au rugby et adulte, matelot à la pêche en mer, et ce sont là des postes de travail où la proximité des camarades s’accompagne qu’on le veuille ou non des odeurs corporelles !
    Comme d’ailleurs les batailles de rues, mais c’est une autre histoire.
    Et bien je peux dire, en vous lisant, monsieur Darmian, que l’odeur de la peur m’est montée droit aux naseaux.
    Je la reconnais de loin. J’ai eu peur souvent, sur le terrain, dans la rue, à l’océan. Une peur saine et partagée, saine parce que vaincue, dépassée, transcendée .
    Et là, tous ces Maires couards,
    corne de brume censée guider l’homme à la mer et qui s’étrangle à la première grosse vague ou généraux pétainistes vichissois, même combat !
    La peur, que je comprend toutefois.
    La dernière fois que le premier ministre de France a parlé à la télévision, pour nous expliquer le bien fondé des mesures de rigueur, je n’ai qu’écouté sa voix.
    Le hasard faisant que j’étais à ce moment dans la pièce d’à coté de celle ou se trouve ma télévision.
    Que sa voix. J’ai eu peur.
    Autant d’assurance, de certitude en son bon droit, le droit divin surement, ou celui que s’accorde la race, pardon, la caste supérieure pour s’adresser… à moi.
    J’ai eu peur.
    Je n’ai pas entendu ce jour là un homme, un citoyen français me faisant part de nos difficultés, les siennes et les miennes.
    J’ai entendu la voix de celui qui donne un ordre !
    Froid, distant, comme si, et c’est bien évidemment le cas, toutes les mesures énoncées ne s’appliquaient qu’à moi, et pas au donneur de leçons.
    Je dis « moi », non par paranoïa, mais enfin, j’étais chez moi, et ce mec y est rentré d’un coup, par la voix.
    Alors, oui, je peux comprendre qu’entre huit gardes du corps, vingt cinq compagnies de CRS, deux bataillons de gendarmerie, trois hélicoptères et un corps d’armée, plus quelques tireurs d’élite aux balcons, face au premier sinistre de la république moribonde, le petit Maire ai eu peur.
    Je ne lui en veux pas, mais…
    Quand le capitaine est incapable,
    MUTINERIE !

  2. Et c’est qui l’heureux élu ? Quelle ville, quel Parti ?
    Je me bats sur des blogs et autres forums contre les « je ne pense pas aller voter, tout ça c’est trop nul, je ne retrouve pas mes idées, j’en ai marre de leur tambouille, la liberté c’est de ne pas marcher dans leurs combines », et autre conneries.
    Oui, je dis bien « connerie »!!! Le choix est assez vaste au 1er tour pour que chacun y retrouve les siens, ne serai-ce qu’en partie!!! Et puis, attendre le changement en restant tranquille à la maison ce jour-là, c’est se foutre du monde!!!
    Mais, à part me faire traiter d’agressive donneuse de leçon, je dois dire qu’ils ne sont pas facile à bouger…
    Le désengagement politique est un véritable drame pour une société…

  3. J’ai vraiment bien peu d’expérience de l’exercice d’élu d’un petit village.
    Mais lorsque j’entends le Maire déclarer pour couper court à une discussion entre conseillers municipaux au sujet du PLU, « attention, on ne fait pas de politique! », les bras m’en tombent! Car si dans ce lieu qu’est la mairie on ne peut pas faire de politique, à savoir, débattre des problématiques actuelles en recherchant les causes réelles, où peut-on le faire?

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