Une analyse de terrain du premier tour

Il est parfois bien difficile de commenter un score électoral national depuis la base. C’est en effet présomptueux, face aux analystes patentés qui possèdent une science infuse leur permettant de pérorer quand rien n’est définitif. Ils réinventent la réalité en assurant à tout le monde qu’ils l’avaient bien entendu prévu. Mieux, ils expliquent ce que le Peuple aurait dû voter s’ils avaient eu l’intelligence collective de les écouter… D’ailleurs, même celles et ceux qui ont fait un score catastrophique, sont persuadés que leur échec est de la faute…des autres ! Même au risque de paraître présomptueux, je vais me permettre une série de réflexions simples tirées de huit premiers tours des élections présidentielles. Mais, bien entendu, je n’ai pas été formé dans un Institut d’Études Politiques, je n’ai pas fréquenté l’ENA, je ne figure pas dans un conseil politique de haut niveau, je n’ai pas appartenu à une rédaction reconnue…alors ça ne vaut sûrement pas grand chose !

Le score de Le Pen : Dimanche à midi en rentrant du bureau de vote j’ai simplement annoncé à une personne qui m’interrogeait sur mon ressenti, « nous allons vers un vote protestataire fort contre Sarkozy ! ». En fait, en analysant la manière dont les gens votaient, j’avais eu la sensation que le rejet de Nicolas Sarkozy était fort mais je n’avais pas perçu à quel point ces gens simples, paisibles, arrivaient pour témoigner de leur détresse. En silence. Le visage fermé. Le geste sobre. Ils entraient dans l’isoloir après avoir pris au vol quelques autres bulletins, puisque celui de Marine Le Pen était déjà soigneusement plié dans leurs poches. Et bizarrement, la très grande majorité d’entre eux allait manquer à Nicolas Sarkozy qui réalise à Créon le plus mauvais score jamais réalisé sous la Vème République par un candidat UMP ! Ces gens là avaient bien entendu le message de… Guéant et d’Hortefeux ! Ils ont compris et bien entendu à travers leurs télévisions que, trompés en 2007 par Nicolas Sarkozy, ils pouvaient sans retenue voter pour celle qu’ils jugent comme plus authentique ! La France silencieuse qui a peur de l’avenir a compris : Sarkozy lui demandait un signe fort. Elle le lui a envoyé en pleine gueule! L’UMP extrémiste a voulu concurrencer le FN sur son terrain et elle s’est tirée une balle dans le pied ! C’est ça la réalité ! En banalisant les thèses « lepénistes » ils ont facilité la… lepénisation des esprits en crise ! Au lieu d’affaiblir le FN, les Ministres sarkozystes comme Guéant l’ont renforcé! Maintenant tout le monde va vous expliquer le contraire. Merci Guéant… pour avoir coulé Sarkozy de 4 ou 5 points par un superbe travail de sape et les avoir transférés sur Marine Le Pen. A Créon, entre 2007 et 2012, le FN a ainsi gagné près de 10 %, alors que Sarkozy a plongé de 5 % réalisant le plus faible score jamais réalisé par un candidat UMP à une élection de quelque niveau que ce soit! C’est ça la réalité ! A trop cire au loup on rend crédible le chasseur.

Le score de Hollande : Dans ce contexte, Hollande a élargi le spectre de l’électorat du Parti Socialiste. Sur Créon, il a réalisé un score identique à celui de Ségolène Royal, ce qui simplement signifie qu’il n’a pas cristallisé les mécontentements récupérés par Mélenchon qui fait passer le PC de 1,96 % à 15,45 %. L’électorat socialiste a donc basculé et prive au niveau national comme au niveau local François Hollande de 4 à 5 points supplémentaires. Le cumul de la Gauche stricte sur Créon atteint déjà 51, 50 % des exprimés alors qu’en 2007 elle était seulement à 44,58 % tout confondu ! A L’arrivée, au second tour, Ségolène Royal avait réalisé 56,31 % ! Hollande peut donc attendre beaucoup mieux à Créon, et nationalement obtenir, si l’on extrapole, très près de 54 % meilleur score possible pour la Gauche dans ce pays. C’est donc cuit pour Sarkozy, quoi que les secouristes du sarkozysme puissent affirmer !

Bayrou et l’extrême gauche laminés : Le centrisme et les candidats des groupuscules d’extrême gauche ayant fait leur succès sur des personnalités fortes (Laguiller, Besancenot et Bové en 2007) n’ont plus la cote. En 2007 l’extrême gauche sur Créon avait obtenu 7,78 % contre un malheureux 2,23 % aujourd’hui, ce qui plombe son existence réelle sur l’échiquier des idées politiques. Quant à Bayrou il a chuté de 9,97 % et s’il ne fait pas un choix clair, il va faire disparaître le « centre » de l’échiquier politique.

Un second tour moins incertain qu’ils ne vont le dire : le FN et l’UMP avaient atteint 32,73 % en 2007 pour arriver cette fois à 36,87 % grâce aux voix protestataires accordées au FN ! Il en est ainsi au plan national dans des proportions moindres : tassement significatif des voix de Sarkozy et transfert angoissant vers le FN de l’électorat en détresse. Ce flux n’ira pas vers le président sortant au second tour et n’ira pas vers Hollande. « On va gagner, On va gagner ! »  clamait la foule des fans à Paris. A Créon, les délégués de l’UMP ont quitté en quelques secondes les lieux. Ils savent que c’est plié ! Cette élection a encore une fois mis en évidence le décalage considérable entre la réalité du pays…et ce que les grands médias en rapportent. En milieu rural, plus de militants de terrain, des élus locaux réputés apolitiques aux abonnés absents, des effets d’annonce qui ne trompent plus que les intégristes, une angoisse de l’avenir profonde, plus de revenus suffisants (prix du carburant?), une exclusion par l’isolement culturel, social, financier qui augmente, suppression des services de proximité… Ce n’est pas faute de l’avoir dit et écrit sur ce blog mais il ne dépasse pas les frontières de votre lecture ! Le monde rural est à la dérive et il vient de lancer son dernier SOS !
L’UMP n’a plus qu’une solution : réquisitionner les télés pour tenter d’exister entre une gauche forte et un FN qu’il a enfanté en le rendant plus fort ! Inutile de faire 3 débats (pourquoi pas un chaque soir… )pour comprendre que, seul un coup tordu peut réduire l’écart entre Hollande et le président sortant. Attendez le dans la dernière semaine !

4 réflexions au sujet de « Une analyse de terrain du premier tour »

  1. 17,9 0/0 d’électeurs ont voté Le Pen !

    Ils n’ont certainement pas eu à se frotter aux aimables garçons de l’OAS ni au lieutenant le Pen, ni vu le film « Nuit et Brouillard »…
    La fille est autrement redoutable que le père, en faisant croire à une pseudo »dédiabolisation » du FN, ce qui n’est que le faux nez d’une présumée fidèle de saint Nicolas (encore lui !)du Chardonnet.

    L’hypocrisie rendue crédible par des circonstances calamiteuses paye encore mieux que la violence (voir l’Allemagne en 1933)pour enfumer le pauvre monde.

  2. Je ne me fais pas de souci. Le vote FN est un vote protestataire de premier tour. Sarkozy a fait énormément de mécontents qui n’en veulent plus (ça, il arrive d’ailleurs pas à le comprendre). La gauche n’en veut plus, c’est logique. Mais dans son propre camp également, beaucoup n’en veulent plus car ils ne se reconnaissent plus dans cette république monarchique et bananière qu’il a mise en place. Alors, qui sont les électeurs du FN ? Un certain nombre vient de gauche, il faut bien le dire, qui rejette viscéralement Sarkozy mais ne fait pas entièrement confiance à Hollande, jugé trop peu consistant, ni à Mélenchon, jugé trop révolutionnaire. Cependant, comme il faut bien voter, on en profite pour lancer une mise en garde et comme on sait que ce ne sera pas décisif puisque ce n’est que le premier tour, on crie au loup : on vote FN.
    Et il y a aussi une partie de ceux qui se sentent plus proche de l’UMP mais que Sarkozy a dégoûté, qui ne veulent absolument pas revoter pour lui comme en 2007 et qui n’ont pas le courage de Claude Chirac pour aller à gauche dès le premier tour : c’est une autre partie des votes FN. C’est la seule raison de la progression du parti d’extrême droite. Les gesticulation de la fille du borgne, c’est du bidon. On va s’en rendre compte aux législatives. Parce si le FN était vraiment en progression, on s’en serait rendu compte aux élections locales tout de même.

    Toutefois, les votes FN, qu’ils viennent de gauche ou de l’UMP, ont une chose en commun : le rejet maladif de Sarkozy. Et au second tour, ces gens là ne vont pas plus voter pour lui qu’ils ne l’ont fait au premier. Et entre ce qu’ils considèrent comme deux maux, ils choisiront celui qui leur apparaîtra le moindre.

    Donc, à part les purs et durs du FN (qui risquent bien de préférer d’ailleurs l’abstention), Satkozy, quoiqu’il gesticule, ne va pas récupérer grand chose des votes FN protestataires du premier tour qui lui préfèreront Hollande même si c’est sans grand enthousiasme.
    Donc, pas de souci.

    Je peux me tromper mais c’est ce qu’en j’en ai déduit d’après ce que j’ai entendu de très nombreuses fois autour de moi depuis plus d’un an.

  3. C’est bien d’être optimiste, Cubitus, et il vaut mieux voir le verre moitié plein que moitié vide.

    N’empêche qu’à écouter les discours de certains fanas qui déclarent haut et fort qu’ils ont voté FN, je ne me sens pas rassuré, ayant déjà vu ce genre d’individus à l’œuvre, qui n’ont ‘autre programme que de semer la zizanie (je suis un vieux machin, j’ai déjà vécu l’occupation, le pétainisme, la guerre d’Algérie et surtout ses séquelles, donc un peu traumatisé sur les bords…).

    De toute façon on ne changera rien alors mieux vaut esayer de rester « zen » en attendant la suite des événements.

Les commentaires sont fermés.