Une vaste auberge espagnole des idées sur le vélo

Propos d’ouverture de la première université populaire du Vélo

« Dans quelques jours à Londres, une Reine inusable ouvrira en grandes pompes les jeux Olympiques, manifestation réputée populaire et universelle. En ce qui me concerne, j’ai eu modestement, mais probablement plus sincèrement, un immense plaisir à ouvrir ce matin la première Université Populaire du Vélo. Ici à Créon, ville bastide fondée par le Roi d’Angleterre, nous n’aurons que la « Petite Reine » à respecter, à vénérer et à vanter.

Notre objectif pour cette manifestation internationale, en terme de médailles, est largement atteint puisque l’organisation de ce nouveau rendez-vous citoyen dans le paysage girondin mérite que nous attribuions déjà des récompenses (…)

La première ira à toi Denis Cheissoux, venu de France Inter, qui a accepté de témoigner que toi aussi, tu ne te contentes pas d’être le révélateur des enjeux de notre société mais que tu t’engages concrètement aux côtés de celles et ceux qui les engagent et tentent de les faire vivre.

Denis, tes qualités professionnelles incontestées, la finesse de tes analyses sociales et plus encore ta passion pour la recherche permanente des vérités de demain font de toi un parrain exceptionnel pour notre université. Il nous fallait un homme qui ne se contente pas de parler du vélo mais un homme capable de démontrer par ses actes qu’il savait dépasser le cadre de sa profession pour être un acteur passionné du changement parmi les autres.

Médailles également à tous nos intervenants. Toutes et tous, correspondent parfaitement à l’esprit des universités populaires. Nous aurons l’occasion, au fil de cette journée, et demain matin le privilège, de découvrir leur engagement au service de ce qui nous a tellement manqué depuis des années : l’éducation populaire par l’échange direct des savoirs et des pratiques. Tous, il faut le souligner, ont été loyaux, fiables, solides aux côtés du Club des villes et territoires cyclables avec lequel ils pédalent dans la confiance et parfois l’amitié.

Ce sont des sommités dans leur spécialité et ils méritent largement une médaille d’or en ayant accepté de distraire une part de leurs vacances pour venir dessiner, sur leurs « cartes blanches » les contours d’une société qui devra être totalement différente de celle qu’on nous présente comme idéale.

Nous y voici justement, dans le cadre de cette superbe exposition consacrée au plus prestigieux des « écrivains sportifs ». Antoine Blondin reste, pour beaucoup d’entre nous, la référence de l’irrévérence, le symbole du choc des bons mots et du poids des mots justes. J’ai voulu cette rétrospective et je jubile à l’idée que le moins académique mais le plus brillant des journalistes nous observe durant deux jours.

Il ne rendait pas compte de secrets d’alcôves mais possédait les secrets d’alcools.

Il fut un hussard souvent gris, arpentant les pages blanches des champs de batailles sportives. Antoine Blondin trouvait les mots justes pour donner sa véritable dimension à la légende des cycles. Alchimiste des mots, il transformait le plomb des faits ou le vil métal des apparences en or pour des lecteurs ébahis par le miracle de cette conversion ciselée de la réalité en comédie humaine.

Notre université se veut populaire. Et, à cet égard, qui était plus populaire que Blondin ? Il était exigeant, farouchement exigeant pour préserver sa liberté d’être et sa liberté d’agir. L’avoir l’intéressait peu. Il préférait conjuguer le verbe être avec l’aisance d’un acrobate des verbes. Le vélo que nous aimons lui ressemble. Il est fait d’efforts libres et de plaisir partagé.

Le vélo reste pour nous le plus bel outil d’accession au statut de citoyen libre dans un monde de contraintes. Le vélo, c’est ce qu’il nous reste quand la société de consommation nous a tout pris.

Cette université doit illustrer  que le club des villes et territoires cyclables, est fort de sa capacité à fédérer autour d’une nouvelle donne sociale des centaines de collectivités territoriales. Elle sera, à partir de cet instant, une vaste auberge espagnole des idées et des techniques.

Chacune et chacun d’entre vous pourra arriver avec son panier de réalisations, concoctées à sa façon dans la cuisine de son « hôtel de ville » ; chacune et chacun pourra poser sur la table les concepts qu’il a soigneusement élevés dans le jardin des esprits ; chacune et chacun pourra sans complexe picorer dans les plats simples mais précieux des rencontres.

Nous avons souhaité, à l’image de notre ville bastide qui innove depuis des décennies en faveur d’une autre pratique sociale à travers son « pacte social citoyen et durable », patiemment mis en œuvre, pour changer les gouvernances, les comportements et les repères du vivre ensemble, vous proposer l’ambiance de ces pelotons d’amis qui aspirent à se retrouver pour vivre ensemble l’effort et le réconfort de partager la réussite d’un parcours commun.

Nous n’aurons pas de vainqueur, de maillot à pois rouges, de tuniques verte ou jaune, mais nous aurons le plaisir d’avoir été là et de savoir mettre en commun nos différences pour en faire un atout pour l’avenir, de savoir, au cours de ces deux jours, lier l’utile à l’agréable.

Nous sommes rassemblés par une même passion, celle de donner aux autres par l’exemple, afin qu’ils participent à notre avenir commun, celui d’une société consciente des enjeux qui l’attendent.

« La difficulté de vivre ensemble vient de ce qu’on rêve séparément. Les choses s’arrangent chez les êtres qui accordent peu de place à l’imaginaire. » Permettez moi en reprenant ce constat réaliste d’Antoine Blondin de vous inviter à rêver collectivement d’un monde dans lequel le vélo aurait toute sa place et jouerait un rôle qui restera modeste mais indispensable dans la chaîne de la mobilité, dans le vaste marché des loisirs, dans la découverte du monde.

Durant cette université, suivez le conseil d’Antoine Blondin qui aurait été conquis par le thème général de notre rassemblement ; « ville (il adorait vivre dans une ville réduite au quartier saint germain), vin (il y noyait les parts obscures de son destin) et vélo »(il en a fait l’instrument de légende du sport) » et rêvez ensemble, solidairement, d’un autre monde libre et citoyen grâce à la bicyclette.

Créon mettra tout en œuvre pour qu’il en soit ainsi durant 2 jours, en restant une ville carrefour des idées.