La coup du bonneteau fiscal se révèle progressivement

J’ai écrit, réécrit, réréécrit, j’ai averti, re-averti, re-re-averti mais si je retiens une leçon de mon passage dans la vie publique maintenant derrière moi, c’est que l’on n’est jamais écouté lorsque l’on a une chance d’avoir raison avant les autres. Le rouleau compresseur médiatique accentue ce sentiment d’être souvent un Robinson Crusoë de la raison. Impossible de combattre les évidences de la propagande faite par tous les gouvernements autour des promesses maquillées en avantages qui n’engagent encore et toujours celles et ceux qui les écoutent. Les « penseurs » de Bercy ont toujours le dessus sur toutes les décisions et ne sont que des peintres de trompe l’œil que l’on découvre en se cognant au mur de la réalité.

Ainsi  les exonérations de la taxe d’habitation accusée de tous les maux de la fiscalité locale constitue la plus grande supercherie des dernières années. Comme l’avait été celle de la disparition de la taxe professionnelle remplacée par d’auters taxes et dont la compensation a baissé de 40 %, elle n’a d’intérêt que pour laisser accroire aux électrices et électeurs qu’ils bénéficient d’une mesure favorable à leur pouvoir d’achat. En fait c’est simplement une version grossière du fameux bonneteau que les roublards pratiquaient sur les trottoirs. Et, bizarrement depuis quelques jours les propriétaires (même les plus modestes de maisons individuelles le constatent à leurs dépens.

Les élu.e.s locaux lucides avaient vu venir le coup : l’Etat exonère et leur transfère le soin d’aggraver la note fiscale s’ils veulent maintenir les services qu’ils ont mis en place à la demande souvent des habitants. Face aux revendications sur l’école, les routes, la vie associative, le social, la dépendance, l’économie, la petite enfance ou l’enfance, la mobilité, le maintien du minimum de réponses de proximité ils doivent désormais compter que sur la gestion démocratique d’une seule taxe : celle du Foncier bâti. On en mesurera les consquences dans l’avenir!

D’abord l’exonération (et pas la suppression comme les médias le ressasse) était déjà appliquée globalement à 42 % des redevables et donc pour ces familles ou ces personnes (souvent âgées en milieu rural) l’annonce n’a eu absolument aucun effet. Un système complexe de mesures de temporisation pour les autres contribuables pouvaient être décidées localement ce qui permettait d’atténuer ces sommes. Elles ont disparu. Il reste seulement le niveau le plus haut de la classe moyenne qui a été exonérée mais comme souvent c’est parmi elle que l’on trouve les néo-propriétaires en limite de capacité de remoursement de leurs emprunts, le système leur reprend via le Fonceir bâti une part de ce qu’ils ne règlent plus en TH.

Une association nationale de propriétaires a en effet mené une étude du FB démontrant qu’en France la hausse du FB a été de + 11,4% sur les cinq dernières années. Cette association a raison d’affirmer que la tendance devrait se poursuivre cette année et ne plus s’arrêter. D’autant qu’une étude de l’Association des maires de France publiée en mai dernier estimait qu’un tiers des communes envisageaient, en 2021, une hausse de la fiscalité locale limitée dans les faits au seul foncier bâti ! Pour expliquer cette augmentation, deux raisons principales sont mises en avant : l’augmentation des valeurs cadastrales (l’Etat en fixe le taux) et la progression des taux appliqués à ces valeurs qui relève de la responsabilité des conseils municipaux ou communautaires. Pour boucler les budgets parfois très mal en point il faut taper sur les propriétaires : plus le choix. 

Il a été annoncé une compensation via la loi des Finances de l’exonération de la taxe d’habitation sur la base des ressources constatées au cours de l’année antérieure. Cette mesure présentée comme une garantie ne leur donne aucune lisibilité de leurs ressources sur le mandat puisque chaque année les modalités de cette « dotation » sera débattu au Parlement. Le socle initial ne sera pas changé mais quid des évolutions liées à l’augmentation de population quand il y en a ? La fracture fiscale que j’ai dénoncé maintes fois sera béante en 2022 : les propriétaires deviendront les seuls contributeurs réels directs aux budgets communaux. Ajoutons que leur taxe de collecte des déchets ménagers reposant sur la valeur locative de leur bien ils sont encore davantage pressurés.

On ne mesurera les conséquences de ces décisions qu’en 2023 (cherchez pourquoi?) quand se conjugueront le remboursement du « quoi qu’il en coûte », l’augmentation qui ne s’interrompra pas des énergies fossiles, une montée de l’insécurité sociale, les besoins des collectivités territoriales. Encore une fois j’affirme que nous sommes en marche vers l’horizon sur des territoires qui se révéleront certainement pas de progrès.

Publié dans PARLER SOCIETE | Marqué avec , , , , , , , , | Un commentaire

Les cours qui dépendent de la bourse des parents

Qui se souvient avoir eu droit aux heures d’études prolongeant l’horaire normal de classe ? Pour ma part je n’avais pas le choix car il m’était impossible d’échapper à al pression des instituteurs qui entouraient ma famille. Georges Vasseur qui fut celui de ma mère, m’infligeait durant toutes les vacances scolaires, des séances « à l’ancienne » de maths ou d’orthographe avec quelques autres Sadiracais ! Au cours complémentaire puis au collège d’enseignement général Camille Gourdon, soucieux de doper les résultats aux examens de ses ouailles, n’hésitait pas à distiller pour celles et ceux qu’il avait sélectionnés un programme de séances d’entraînement. J’y ai eu droit durant deux ans au titre de la préparation du concours d’entrée à l’école normale! 

Cette farouche volonté qui animait ces enseignants d’une autre époque servait leur envie de voir les plus fragiles prendre l’ascenseur social par la réussite scolaire. Il ne s’agissait pas d’éviter l’échec mais de pousser le maximum des élèves jugés méritants à franchir les obstacles que le système plaçait sur leur route. En aucune manière ces « «études » tentaient de gommer les défaillances des apprentissages mais surtout à renforcer les acquisitions et à consolider l’édifice scolaire.

Désormais fleurissent des entreprises spécialisées ayant pignon sur rue pour, moyennant chèque emploi service pour certaines ou règlements directs déductibles des impôts selon la présentation qui en est faite, proposer des cours à domicile. Le monde du profit a vite repéré qu’il y avait un marché autour de l’angoisse des parents face aux difficultés de leur progéniture. La publicité télévisuelle constitue même leur principal support de vente comme pour le camembert, les barres chocolatées, le beurre ou les agences immobilières.

Là encore, comme dans bien d’autres secteurs de la vie sociale, l’inégalité se renforce puisqu’il y aura rapidement celles et ceux qui pourront « offrir » à leur enfant ce type de soutien et les autres qui le regarderont s’enfoncer sans pouvoir financer son « sauvetage ». Ces offres purement commerciales mériteraient une régulation que le libéralisme ne semble pas vouloir imposer. Pour travailler avec des enfants dans un centre de loisirs il faut un BAFA ou des diplômes d’animateur nul ne sait quels sont les critères pour exercer dans le domaine du secours à élève en péril scolaire.

Les aides publiques aux associations qui proposent après la classe une « aide aux devoirs » pour les gamins en difficulté (pas seulement scolaire) diminuent régulièrement pour des problèmes de compétences. Souvent assurés par des bénévoles qui se raréfient ces « accompagnements » ont pourtant une utilité sociale évidente. S’ils sont bien conçus ces moments post-journée scolaire peuvent en effet pallier les défaillances pour de multiples raisons du milieu familial. Un projet pédagogique bien construit autre que celui de « faire à la place de… » permet souvent d’améliorer l’autonomie et la responsabilité des présents désignés d’office (c’est dramatique) ou poussés par les parents.

Dans un contexte de plus en plus compétitif, à l’école comme sur le marché du travail, les familles effectuent de plus en plus des efforts financiers pour améliorer les chances de réussite de leurs enfants. En pratique, on remarque qu’environ 10 % des élèves inscrits à des cours de soutien scolaire sont des collégiens ou des lycéens de niveau moyen. Leur objectif ? Gagner des points pour intégrer une filière particulière ou viser des études supérieures prestigieuses. Paradoxalement, les élèves en grande difficulté recourent beaucoup moins à ces cours car souvent leurs parents n’ont pas les moyens de les payer.

Un lycéen sur trois et un collégien sur cinq suivent bénéficient du soutien scolaire à raison en moyenne de 40 heures de leçons privées par an et par jeunes, c’est-à-dire 1h à 1h 30 par semaine pour un budget total moyen de 1 500 euros annuels par famille avant déduction fiscale. Dans le détail, les tarifs des professeurs en poste (secteur éducation nationale ou privé sans aucune autorisation) varient entre 25 et 35 euros de l’heure, contre 15 euros en moyenne pour les leçons privées dispensées par des étudiants. Le marché annuel de ce secteur florissant est estimé à plus de 2 milliards d’euros. La croissance du secteur est estimée à environ 10 % par an avec un chiffre d’affaires qui progresse pour les plus dynamiques d’environ 5 % depuis 2012.

Cette forme insidieuse de privatisation de l’enseignement reposant sur ses carences s’ajoute à bien d’autres atteintes aux valeurs d’une école républicaine mal en point. Le monde du profit ne prospère que sur les services publics qui ne fonctionne pas. Le danger est réel car les cours individuels déductibles des impôts en sont les signes évidents.

Publié dans PARLER SOCIETE | Marqué avec , , , , , , , , , , | 3 commentaires

L’alimentation un vrai enjeu décisif pour l’avenir

Plus de 3,5 millions de personnes résidant en France ont recours aux structures de distribution de nourriture. Cette statistique cache des situations véritablement différentes mais toutes ne correspondent pas à la notion de « besoin fondamental » de tout humain. Plus de 150 000 attributaires d’une aide alimentaire se présentent en plus chaque année mettant en évidence que l’essentiel reste l’accessibilité à la nourriture. Le secours populaire indique que selon un sondage un quart de la population française est contrainte de réduire les quantités de les assiettes et un Français sur cinq saute même des repas. 

Je raconte toujours sur ce sujet le conseil que nous avait donné le directeur de l’École Normale d’Instituteurs lors des cours de morale professionnelle. « Si vous constatez qu’un enfant à la cantine (NDLR : on ne parlait pas encore de restaurant scolaire) stocke des tartines de pain à coté de son assiette en début de repas vous pouvez-être certain qu’il ne mange pas chez lui à sa faim ! » Un conseil qui n’était valable qu’à cette époque où les instituteurs surveillaient le repas et mangeaient avec eux. A l’heure actuelle avec la mise en place des self-service et le changement des habitudes alimentaires l’observation aurait moins d’intérêt.

La crise sanitaire a mis en évidence les difficultés que rencontrent les jeunes mais aussi les personnes âgées pour s’inscrire dans la norme de trois repas par jour. Le budget consacré par les ménages à l’achat de nourriture se situe en France en moyenne à 21 % des ressources globales : c’était le premier poste des dépenses. Il faut considérer la récente évolution du coût de l’énergie et l’inflation sur les produits essentiels ne va pas arranger la situation des plus précaires et des classes moyennes.

Même si je vais à contre-courant des débats actuels, j’ose affirmer que ce sont ces populations dont il faudrait s’occuper en priorité. Le bio sur 120 repas pris par un enfant, un jeune en milieu scolaire sur une année devient vraiment accessoire quand pour certain l’essentiel réside dans un menu équilibré lui permettant de compenser un tant soit peu les carences familiales. Malheureusement pour une grande majorité des convives c’est le gaspillage qui s’impose en raison du décalage entre les habitudes de la maison et les efforts accomplis pour diversifier la restauration.

Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu à la fin des années 1950 et durant celles de 1960 des assiettes entières jetées à la poubelle. Haricots, lentilles, pâtes, brandade de morue, gras double, choux-fleurs béchamel… étaient engloutis sans aucune contestation sur leur provenance. Désormais 30 % des repas des structures collectives partent à la poubelle ou vers les bio-déchets. 

Certes il ne s agit pas d’ignorer la dangerosité de certains produits pour la santé de celles et ceux qui les consomment mais de trouver des priorités en la matière. Un énorme effort d’éducation à l’alimentation reste à mettre en œuvre pour lutter contre la pression publicitaire et l’incitation à la sur-consommation. Bien évidemment l’amélioration du pouvoir d’achat pour les classes (oui ça existe encore!) les plus précarisées devient essentielle d’autant que pour masquer l’inflation l’industrie agro-alimentaire diminue discrètement les quantités des produits vendus.

Un travail sur le développement d’une production locale de qualité avec des circuits de distribution ayant des prix accessibles au plus grand nombre. Depuis toujours je milite pour que les marchés réglementés offrent gratuitement au minimum 30 % de leur place à de la vente en direct de producteurs. C’est un premier pas vers un vrai changement des habitudes de consommation comme pourrait l’être la mise en place de formes diverses de coopératives de distribution ou de régies de production. Une forte incitation à la création de réseaux d’épiceries solidaires ou de jardins collectifs, individuels ou partagés est à développer au plan national.

La fracture sociale sur l’alimentation s’élargit surtout autour des divers concepts maximalistes sur sa nature. Une petite histoire me permet de l’illustrer. Autant vous la conter. Dans une grande collectivité territoriale entre deux réunions des plateaux repas froids et gratuits sont proposés aux élu.e.s.. Certaines d’entre elles ont exigé auprès du personnel que l’on enlève l’œuf et dans un autre cas la crème… et bien entendu le poulet ! Ces exigences sont-elles différentes de revendications alimentant les polémique sur le porc en restauration collective ? Ces élus pensent-ils vraiment à celles et ceux qui manquent de presque tout !

L’alimentation, je le crains va devenir un enjeu extrémiste avec des préoccupations déconnectées de la réalité :un nouveau rapport d’Oxfam indique que, si aucune mesure n’est prise, 11 personnes pourraient mourir de faim et de malnutrition chaque minute dans le monde. C’est plus que le taux de mortalité mondial actuel du COVID-19, qui est d’environ sept personnes par minute. On en parlera certainement moins.

Publié dans PARLER SOCIETE | Marqué avec , , , , , , , , , | 11 commentaires

Samuel Paty : anniversaire d’un désastre démocratique

Discours hommage sur l’esplanade de Mériadeck que j’ai écrit et prononcé après la mort de Samuel Paty au nom du Conseil départemental. Je n’en changerai pas un mot… et surtout pas celui de laïcité. Ce fut l’un des moments les plus durs de mon engagement dans la vie publique. Je le publie à nouveau en ce jour particulier.

« Jean-Luc Gleyze a souhaité, grâce à votre présence en ce jour d’automne, sous un ciel chargé de tristesse, peuplé des nuages noirs de l’inquiétude, prêt à verser les larmes d’un pays choqué par l’épouvantable assassinat de Samuel Paty,  que le conseil départemental témoigne de son indéfectible attachement aux valeurs fondatrices de notre vivre ensemble et de sa solidarité absolue à l’égard de la grande famille de l’Éducation nationale et de celle de l’un des siens mort pour la France de l’intelligence, du savoir et de la tolérance.

Je tiens, en son nom et au nom de tous mes collègues respectueux des valeurs essentielles de notre démocratie, à vous remercier d’avoir pris quelques minutes pour démontrer que le département, ses élus et ses personnels solidaires, n’accepteront jamais que, sur notre sol, dans notre quotidien, la terreur l’emporte sur les forces de l’esprit.

J’ai donc l’honneur de m’adresser, en son nom, à vous toutes et vous tous, réunis par votre volonté de participer à un moment de partage pour condamner un acte délibéré dicté par la négation de la liberté d’expression, la haine exacerbée, l’intolérance absolue, débouchant, comme toujours, sur une effroyable barbarie.

Je vous convie à construire un moment collectif, simple, précieux car destiné à dénoncer tous les errements meurtriers à l’égard de celles et ceux qui ont la mission, confiée par la Nation, de forger des consciences libres, d’ouvrir les esprits, de former ces citoyennes et ces citoyens fraternels dont nous avons tant besoin.

Après un enchaînement de procédés détestables, un professeur d’Histoire justement chargé de puiser dans le passé des raisons de croire en l’avenir en éclairant les faits du présent, a été décapité comme si le danger se trouvait dans ses pensées, ses idées, ses convictions.

Il n’y a rien de plus cruel au pays des Droits de l’Homme et des citoyennes et citoyens, que de mourir pour avoir respecté sa vocation, ses idées, son engagement au service de la jeunesse.

Il n’y a rien de plus terrible, dans ce monde réputé civilisé, que de mourir pour avoir simplement cru dans la nécessité de rappeler l’indispensable liberté expression expliquée, commentée, comparée.

Il n’y a rien de pire à notre époque que de mourir pour ses idées, ses principes, ses valeurs, pour une volonté louable de préserver notre République, pour essayer de construire un monde meilleur par l’éducation.

Il n’y a rien de plus affolant que de mourir pour avoir expliqué à des jeunes, ce que pensait Martin Luther-King en constatant que « L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière le peut. »

Samuel Paty deviendra le symbole de notre incapacité collective à préserver les résistantes et résistants de l’intelligence, les combattantes et combattants du quotidien en faveur de l’intérêt général, les porteuses et porteurs de l’espoir d’un monde meilleur.

Vous appartenez, chacune et chacun d’entre vous, dans votre rôle, dans vos fonctions à ces personnes qui luttent à chaque instant par votre action pour que l’exclusion, la haine, la misère matérielle et culturelle ne constituent pas le terreau où pousse le chiendent des extrémismes irrationnels et mortifères.

J’appartiens à ces Hussards noirs que les écoles normales allaient chercher au mérite dans le peuple pour qu’ils apportent par l’éducation la capacité au plus grand nombre de vivre libres grâce certes au savoir mais aussi à l’éducation leur permettant d’échapper aux dangers des croyances esclavagistes.

Mon cœur saigne. Mon esprit se trouble. De mes souvenirs j’extrais alors ce mot du cours de morale professionnelle dispensé par le directeur le jeudi matin qui revenait sans cesse il y a maintenant plus de cinquante ans : laïcité ! Il ne m’a jamais quitté et il a guidé mes pas et les pas de centaines voire de milliers de Hussards motivés de de la République. C’est le fondement de notre vie commune qu’il ne faut pas affaiblir, dénaturer, abandonner pour le ressortir quand il a été bafoué, blessé, amoindri parfois pour de basses arrière-pensées électoralistes.

La laïcité n’est pas le renoncement face aux agressions religieuses mais doit être toujours respectueuse des croyances individuelles. La laïcité constitue la base fondatrice de la citoyenneté réelle. L’oublier un seul instant c’est ouvrir la porte aux extrémismes, aux communautarismes ou à l’intolérance.

Le département, ses élus, son Président y sont viscéralement attachés, car sans elle, la liberté de penser n’existe pas, l’égalité est illusoire et la fraternité condamnée à mourir de froid.

Samuel Paty appartient désormais au Panthéon mondial virtuel des nombreux martyrs morts pour nos convictions, nos espoirs, nos craintes. Il y reposera aux côtés du chevalier de la Barre, Jean Jaurés, Jean Moulin, Jean Zay, le Mahamat Ghandi, Martin Luther-King, Jan Palach ou Jo Cox, tous victimes de l’obscurantisme et de la violence aveuglée par l’endoctrinement mettant en esclavage la raison.

Mesdames, messieurs, ne faiblissons pas, serrons-les rangs, encourageons-nous, acceptons le combat, soyons fiers, solides, intransigeants pour que la laïcité, bouclier contre tous les extrémismes religieux de tous bords voulant imposer leur loi dans la sphère publique, redevienne partout et tout le temps la référence de notre action collective.

Vous devez voir dans cet événement tragique  l’assassinat d’un honnête homme au sens du siècle des Lumières.

Pour lui ne baissons pas les bras, continuons nos efforts en faveur de la solidarité humaine, de l’éducation populaire, de la culture laïque et constructive : « rallumons, avec Apollinaire, les étoiles de nos vies, retenons le positif et les sourires pour affronter les épreuves parfois douloureuses. » Si nous retrouvons le chemin de l’action nous serons dignes de Samuel Paty.

Le Président, les élus départementaux seront toujours à vos cotés dans votre discret mais efficace combat en faveur de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de la laïcité.  

Si vous le voulez bien par un moment de silence respectueux et sincère, manifestons notre solidarité humaine respectueuse tellement précieuse à son égard et à l’égard tous les martyrs de toutes les barbaries obscurantistes et fascisantes. Je vous demanderai ensuite d’applaudir pour montrer notre détermination et notre capacité de résilience après un tel malheur collectif et allumer cette lumière d’optimisme constructif que toutes et tous nous avons en nous. »

Publié dans ACTUALITE | Marqué avec , , , , , , , , , , | 7 commentaires

Le royaume de l’infox vous est ouvert

La grande salle de l’espace culturel des Arcades à Créon avait rarement vu une telle assistance. Le média « Curieux » (quel beau nom) animait une rencontre conférence sur les fameuses Fakenews » et vu l’importance du sujet, les citoyen;ne.s par leur présence démontraient, en cette période de zémourisation des esprits une motivation particulière. Dans le cadre de l’opération « 10 jours pour voir autrement » destinée à tenter d’endiguer le poids des écrans sur une société mal en point, ce rendez-vous visait à démonter un « système » faisant des ravages.

« La fake news  ou infox » étant selon l’intervenant « une fausse nouvelle volontairement ou involontairement créée par un individu ou un groupe d’individus identifiables ou non dans un but humoristique, commercial, idéologique ou de manipulation » le débat ne pouvait être qu’instructif. C’est probablement pour prendre conscience de la dangerosité pour la démocratie de ce phénomène que « la foule » était au rendez-vous. Sur les réseaux sociaux on parlera probablement de ce rendez-vous car il concerne toutes celles et tous ceux qui les fréquentent. Il suffira de mettre une photo bien choisie pour démontrer que le sucrés a été au rendez-vous.

Les « fausses nouvelles » pullulent, s’épanouissent, s’étalent, grandissent, prolifèrent, explosent comme les cafards dans un immeuble mal entretenu. Malgré tous les efforts des médias sérieux qui tentent dans démonter les ressorts elles envahissent désormais toutes les sortes de supports grand public. Il arrive même de plus en plus que les médias en vivent en allant jusqu’à laisser proférer les pires contre-vérités pour améliorer leur audience. Il y a même de sérieuses craintes que dans les six mois qui viennent on assiste à une course à l’échalote de la diffusion de tout et n’importe quoi.

Pour favoriser volontairement « la désinformation », pour nourrir « la propagande », pour entretenir « lecomplotisme » ambiant, pour générer des mouvements « d’opinion », pour soutenir « une personnalité » ou pour lancer « une rumeur » la fake news devient l’outil idéal. Nul ne saurait nier qu’elle intervient pas désormais dans tous les grands rendez-vous réputés démocratiques. Elle est devenu un paramètre décisif de manipulation décisif.

Elle est utilisée dans le secteur « commercial » pour ruiner la réputation des concurrents mais aussi pour générer des revenus colossaux via les contacts qu’elle provoque sur le média qui les porte. D’ailleurs plus la fausse nouvelle est énorme, exceptionnelle, extraordinaire au sens premier de l’adjectif et plus elle a des chances de capter un auditoire conséquent. Des « profiteurs » se dissimulent très souvent d’une manière ou d’une autre derrière ces diffuseurs de pseudos-vérités « rentables ». Dans le monde, des milliards de revenus reposent au moment où les systèmes de diffusion « institutionnels » souffrent sur la désinformation. Outre les supports qui les distillent dont les profits sont actuellement problématiques pour la justice fiscale, les inventeurs de fausses nouvelles se gavent discrètement.

Certes pour maintenir le goût souhaitable de la « satire » ou du « canular » de moins en moins apprécié il arrive que la confusion soit entretenue pour maintenir le principe de la liberté d’expression. Il arrive que les publications de ce style soient pris pour « argent comptant » et que la « fausse nouvelle » humoristique soit transformée en « vérité » reproduite à satiété. «  Il faut six fois plus de temps à une vraie information pour parvenir à 1 500 personnes via Twitter que si elle était fausse » Les réflexes cognitifs qui sont en chacun d’entre nous contribuent grandement à ce phénomène. Par exemple nous reproduisons ou nous soutenons toute affirmation qui confirme nos « croyances » et vont dans notre sens ce qui explique en grande partie la manière dont nous réagissons.

Tous les exemples fournis, tous les constats effectués, tous les conseils donnés ont trouvé un large écho dans la salle de l’espace culturel créonnais. Tout le monde a convenu que la vitesse actuelle de propagation de ces « fausses nouvelles » les rend redoutables et qu’un énorme effort d’éducation reste à accomplir. Ce travail ingrat, désespérant, disproportionné a été entrepris par les élus du Créonnais. C’est tout à leur honneur ! Ah ! Au fait j’ai totalement oublié de vous préciser que nous étions… une dizaine pour soutenir leur action. La notion d’affluence est relative et donc si vous lisez quelque part qu’il y avait foule vous devrez vous méfier : c’est une « infox ! » Doit-on en être rassuré ?

Publié dans PARLER SOCIETE | Marqué avec , , , , , , , | Un commentaire

Le délicat équilibre culinaire entre salé et sucré

Sur la table tout ce que la cuisine marocaine porte comme soleil ou épices pour mettre en appétit les convives. En fait ce n’est pas nécessairement dans les restaurants que l’on découvre la spécificité des préparations culinaires d’un pays mais lors de ces repas préparés par des femmes discrètes dans une cuisine familiale. Elles ont quasiment le monopole de ce qui relève de la gastronomie. En disposant sur la table ces nombreuses assiettes dans lesquelles s’étalent des salades diverses, la cuisinière affirme sa capacité à diversifier les saveurs, les couleurs et les odeurs.

Tout repose sur un savant équilibre entre le sucré et le salé, entre le cru et le cuit, entre le grillé et le mijoté, entre l’épicé et le doucereux. Chaque « hors d’oeuvre » forcément dégusté en petite quantité agace ou rassure le palais. Les lentilles, oubliées dans nos menus de gala car trop marquées « cantine » ou les salades fortement renforcées par des oignons agressifs forment la base de ces « «échantillons » des produits frais locaux.

Toutes les cuisines méditerranéennes reposent sur ce principe de la multiplication des entrées en matière avec le maximum d’assaisonnements odorants. Elles favorisent le partage. Personne n’a le monopole d’une préparation. Se préoccuper des autres et savoir prendre sa juste part ou la délaisser au bénéfice des autres Les échanges autour de la table se trouvent ainsi facilités par les appréciations portées sur les coupelles soigneusement préparées. Impossible de trouver ces attentions sur les tables des restaurants pour touristes avides de tajines ou de couscous.

En fait la seule entrée en matière « individuelle », un tantinet authentique reste la soupe harissa que l’on trouve sur les cartes. Pois chiches, carottes,tomates constituent la base de ce « potage » dont il faut surtout humer le mélange de gingembre, de coriandre fraîche, de curcuma, de persil et d’oignons.Un bol de cette forme de « garbure » à base de bœuf doit être bien relevé pour que le repas débute au mieux et s’il ne l’est pas il devient très banal.

La suite d’un « vrai » repas marocain ne sera en effet qu’une alternance permanente entre agression et tendresse. La pastilla conjugue ces deux cultures voulant qu’au Maroc le sucré puisse se mêler au salé sans problème. Les caravanes traversant Fès apportaient ces deux produits de base et au fil des siècles ils ont été associés. Dans la pâte moelleuse chaque cuisinière va instiller son secret. Aucune « galette » dorée ne ressemble à une autre. Le poivre, le sel, l’huile, le persil vont côtoyer la cannelle, les amandes, le sucre semoule, le miel, le sucre glace… avec du poulet ou du pigeon et les inévitables oignons. Les pastillas fraîchement sorties du four doivent réserver leurs parfums à celle ou celui qui l’ouvre avec un couteau. C’est à cet instant que l’on sait si l’œuvre est réussie.

Vous devez éprouver la même sensation en soulevant le couvercle cheminée d’un plat à tajine. La qualité des légumes et leur degré de cuisson ne relève pas de l’approximation. Les courgettes, carottes, pommes de terre ou tomates ne sauraient être ramollies ou passées. Leur fermeté initiale décide de la qualité du résultat. Pour ma part j’adore les ajouts de citron confit, d’olives ou abricots secs qui confortent la constante marocaine de l’addition des saveurs. Peu importe la viande dissimulée sous l’accompagnement car l’essentiel du savoir-faire repose encore une fois sur les épices (coriandre, cumin, safran, piment, cannelle, curcuma, gingembre, poivre…) que les « touristes » n’apprécient guère.

Le mets royal demeure pourtant le couscous pour lequel il n’existe pas de recette institutionnelle puisque chaque cuisinière possède la sienne. D’ailleurs dans le riad où nous étions installés les deux préposées au repas que nous avions commandé avaient décidé de nous en proposer deux versions. Pour ma part je juge du résultat à travers la qualité de la semoule. D’ordinaire, la plus grossière est utilisée pour les couscous, la moyenne pour le taboulé et les desserts type semoule au lait, la fine pour la confection de pâtes mais aussi de crèmes, de soufflés ou dans les soupes. La dernière est la plus dure à travailler et il faut une dextérité particulière pour qu’elle reste légère et peu collante. Un couscous ne souffre pas la médiocrité de ces légumes et de sa sauce. Pour la viande: à chacun son choix !

Enfin s’il vous reste un place tapez dans un assortiment de pâtisseries. Attention les meilleurs sont celle qui ne sont pas trop sucrées. Difficiles à dénicher car le sucre ayant été un signe culinaire de richesse compte-tenu de sa provenance lointaine il entre dans quasiment toutes les préparations. Toutes les ambiguïtés du Maroc se retrouvent dans les assiettes.

Publié dans CARNETS DE VOYAGE | Marqué avec , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Vous prendrez bien le désert qui est avancé ?

Le Maroc s’essouffle, écrasé par un ardent soleil qui ravit les visiteurs mais qui inquiète bien des habitants. Le réchauffement climatique écrase la terre autour de Fès, seconde ville la plus peuplée d’un pays qui vit essentiellement de ses productions agricoles. Impossible de ne pas constater cette souffrance d’un territoire dans lequel le désert gagne sans cesse du terrain. La température largement supérieure à 30 degrés en ce début octobre illustre les préoccupations de tous les climatologues : lentement la désolation s’installe.

D’immenses plaines de pierrailles ou de terre ocre ou grise entourent la cité où le Roi a décidé il y a quelques mois d’élire domicile en son palais installé au cœur d’une oasis de 85 hectares pour bénéficier de cette chaleur sèche bienfaisante Lentement l’urbanisation a grignoté puis avalé gloutonnement les espaces où poussaient des arbres fruitiers. Des maisons massives, anguleuses, résultantes d’assemblages de blocs géométriques s’étirent le long d’un axe routier rectiligne parsemé de chicanes pour contrôles de la police puis de la gendarmerie. Une poussée d’immeubles collectifs dans ce paysage lunaire prend des allures surréalistes. Fès s’étale en effet sur le néant de ces zones désertiques éloignées de la fourmilière de la Médina. Les collines chauves qui l’entourent vers l’Est ne sont en effet peuplées que de centaines de tombes blanches des cimetières.

Il reste plus loin ces vastes étendues d’alignement d’oliviers de toutes tailles. Chétifs durant de nombreuses années ils finissent par imposer une rondeur corporelle plus rassurante. Le sol aéré pour recevoir une éventuelle rincée céleste n’a pas besoin d’autres soins pour le débarrasser de plantes inutiles. Ils constituent une incontestable richesse dans un monde où les huiles, fruits de pressions plus ou moins soignées prennent une valeur marchande croissante. Ces boules vertes résistent, semble-t-il à l’aggravation de leurs conditions de vie et aux bactéries dévastatrices. Jusqu’à quand ? Nul ne le sait vraiment.

La plongée dans les regs en devenir intervient inexorablement. Alors que la barre verdoyante du Moyen-Atlas apparaît à l’horizon, des tapis de pierres jonchent la plaine. Les oueds serpentent les tripes à l’air. L’eau infidèle depuis belle lurette a abandonné leur lit les laissant aussi sec que l’âme d’un pendu. Comment peut-on garder espoir en l’avenir lorsque la campagne a des allures aussi ingrates ? Quelques rares moutons se serrent les uns contre les autres comme si cette promiscuité leur assurait une hypothétique fraîcheur.

La moindre tache d’ombre sert de refuge aux enfants, aux femmes qui assurent une surveillance lointaine de ces animaux perdus au milieu de nulle part. Sans que l’on en perçoive la raison, d’étroites traînées verdoyantes permettent à une vache de tenter de rafler quelques brins d’herbe nourris par un filet d’eau finissant par se perdre dans la terre poussiéreuse. Dès que la forêt se profile, la frâcheur reveient. Des îlots aux allures de Suisse perdue sur un continent qui ne serait pas le sien contrastent avec l’aridité qui les cernent. 

L’eau constitue ici bien plus qu’ailleurs le bien le plus précieux. Elle devient le vrai facteur de la richesse. Partout dans cette portion du Maroc, elle se raréfie, se dissimule, se tarit et finit par revenir de plus en plus rarement sans crier gare . Le sablier mesure le temps qu’il reste avant que les lendemains désespèrent les jeunes générations privées de tout espoir de retrouver le chemin de la prospérité. La fuite semble inexorable devant l’avancée de l’ennemi du réchauffement en marche. Les migrations climatiques seront largement supérieures aux migrations touristiques.

Sortir de Fès permet de prendre conscience quand on a eu le plaisir d’y revenir une décennie plus tard de l’aggravation d’une situation qu’il n’est plus possible de nier. La guerre pour l’eau douce ne fait que débuter avec le voisin algérien. Un vent mauvais venant d’à travers les montagnes soulève la poussière des incertitudes sur l’avenir. Elle vole vers ce monde qui se précipité vers le désert où se perd la vie et où grandit la misère.

Publié dans CARNETS DE VOYAGE | Marqué avec , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Les « proloschats », peuple précieux de la Médina de Fès

Ils s’étirent , se pelotonnent, errent sans but apparent, se cachent dans les recoins les plus secrets, s’assoient pour regarder les fourmis humaines qui défilent devant eux ou tentent de quémander une caresse. Les chats prennent une place importante dans la Médina de Fès. Ils y occupent le devant de la scène avec la nonchalance de ces personnages certains de leur place dans la hiérarchie. Rien ne permet de supposer qu’une quelconque menace pèse sur leur avenir. En famille ou solitaire, ces félidés aux origines aussi entremêlées que celles des hommes qu’ils fréquentent, dégagent une sérénité que leurs congénères en d’autres lieux voudraient bien ressentir.

Le vaste marché de la seconde ville impériale du Maroc a été marqué dans son histoire par les épouvantables ravages de la peste. La maladie vécue comme un fléau divin aurait fait au XVI° siècle un millier de victimes par jour. La Médina ressemblant à une ruche très peu salubre respirait l’opulence grâce aux échanges véhiculés par les caravaniers. Le Maroc alors invincible, craint par les Ottomans et les Européens, était florissant grâce à la culture du sucre et à l’or venu du Mali. L’épidémie de peste qui l’avait frappé en 1595, amenée par les juifs séfarades, les Morisques et les Maures andalous, chassés d’Espagne (déjà!) provoqua même la chute de la dynastie du célèbre Ali Mansour. La présence de nombreux chats dans ce creuset aux maladies constitua probablement l’une des clés inconnus à l’époque évidemment pour exterminer les rongeurs coupables de la propagation des puces.

Compagnons de la salubrité publique pour les marchands ou les artisans confrontés à la promiscuité de denrées attractives pour les souris et les rats, les félins constituent une véritable armada aux missions diversifiées. Aucun d’eux n’a la stature rassurante et la rondeur attrayante du Raminagrobis de la fable. Ils crèvent la dalle de telle manière qu’il aient l’envie de se payer sur les bêtes nuisibles qui roderaient autour des précieux sacs de graines ou des légumes posés à même le sol ou sur des claies de mauvaise fortune pour celui qui les possèdent. Les gouttières ne les attirent guère puisque l’essentiel du boulot se situe au ras du sol. Ils sont très terre à terre.

La communauté des greffiers de la Médina regroupe sans aucune contestation des niveaux sociaux différents. La gardien du temple lové sur tapis de laine douce n’a visiblement pas la même vie que celui qui patrouille autour des étals de boucher ou près de la boulangerie. Le pelage roux tigré bien luisant et soigneusement léché du premier lui vaut les compliments des touristes pouvant être tentés par un achat. Le chat constitue de toute évidence un atout pour la vente puisque nombreux sont ceux parmi les chalands qui se penchent vers ce peloton soyeux jouant, comble pour lui, les cabots blasés par leur sort. Il dort (d’un œil) comme pour attester du confort de l’œuvre qui lui offre l’hospitalité. Un vrai spot publicitaire ! 

Bien d’autres ne bénéficient pas du même privilège et traînent leur misère physique entre les jambes de leurs maîtres indifférents. Seuls les étranger.ère.s au cœur sensible se penchent sur leur triste sort prenant le risque de provoquer des réactions imprévues. Dans leur regard passe en effet un effroi et une résignation similaire à celle que l’on peut détecter dans les yeux de ces enfants ou ces malheureux qui tendent sans espoir un paquet de mouchoirs jetables. La vie, plutôt la survie, reste impitoyable dans la Médina pour ce petit univers secret des auxiliaires de l’espoir des autres. Dès que le restaurateur ou le commerçant pense que les uns ou les autres importunent le « touriste » sacré, la sanction tombe et l’intrus simplement en quête d’un geste de compréhension ou de mansuétude pour se nourrir, est éloigné sans ménagement.

Les chatons inspirent une inévitable tendresse par leurs jeux puérils ou leurs cheminements incertains mais ils se méfient de ces mains tendues dont ils ignorent les intentions. Ils apprendront vite que le « royaume » de la Médina n’est idyllique que pour les visiteurs qui en empruntent les ruelles principales avec leurs euros ou leurs dollars en bandoulière. Toutes les nuits ils deviennent gris guettant une proie éventuelle ou grattant dans les déchets pour dénicher un reste oublié par les récupérateurs en tous genres. Ils se débrouillent au grand air avec parfois une âme charitable qui leur offre un godet d’eau pure comme récompense de leur engagement. Pour le reste les convives compatissants oublient la bien séance en lachant quelques brins de leur repas. 

Parfois un félin aux petites oreilles pointues rappellent que les « sphinx » de sa lointaine ascendance, ont été sacrés en Égypte. L’impression que dans le cœur de Fès ils occupent une place particulière depuis des siècles n’est pas illusoire. Dans la partie moderne de la ville quelques-uns trottinent sur les trottoirs ou traversent avec une élégante agilité les grandes avenues impériales. Ces aristos ont choisi une autre style de vie dont rien ne permet d’affirmer qu’elle n’est pas plus dangereuse que celle des prolos de la Médina.

Publié dans CARNETS DE VOYAGE | Marqué avec , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Le ventre mystérieux et fécond de la Médina de Fés

La médina de Fés constitue une inextricable pelote de ruelles toutes plus mystérieuses les unes que les autres. Rares sont celles qui affichent une rectitude rationnelle qui ne correspondrait pas avec le mystère que chacune d’entre elles entretient. Ces « boyaux » d’un immense ventre commercial se contorsionnent ou zigzaguent comme s’ils voulaient digérer lentement mais sûrement celles et ceux qui s’aventureraient imprudemment hors des entiers battus. Rien ne ressemble plus à un intestin urbain que cet immense enchevêtrement labyrinthique construit au fil des siècles par les marchands des contrées du soleil.

Paradoxalement la pénombre règne partout tant les murs aveugles ne souhaitent pas que la lumière vienne se pencher sur les transactions. Ils protègent aussi jalousement le secret des habitants installés dans ces riads, immeubles protecteurs de vies familiales perceptibles seulement quand on prend de la hauteur. Le promeneur jamais solitaire dans le flot de chalands se pressant devant des étals aux dimensions bien différentes n’a souvent aucune idée réelle de cette activité discrète installée sur des toits terrasses refuge des réalités du quotidien.

La médina enfermée dans le corset des remparts de terre ocre arbore quelques portes monumentales dont celle qui porte le bleu du ciel que le visiteur ne verra plus lorsqu’il descendra dans les entrailles de cette ville se voulant impériale. Dès cette ouverture franchie la plongée dans une autre dimension s’avère dérangeante pour celle ou celui qui garde ses repères d’une consommation aseptisée, standardisée, néonisée. Le règne de la débrouille, de la bricole, de la simplicité a traversé les siècles. Rien n’est en effet organisé dans ce vaste dédale où le plus dangereux reste de se lasser happer par l’étrange envie de cheminer toujours plus loin à la découverte de l’ancien monde.

Au fil des ans il faut vraiment sortir des sentiers battus par les processions touristiques pour découvrir ces repères d’une époque où l’authenticité était indiscutable. Elle se nichait dans une arrière boutique tapissée, sur un établi aux outils, au fond un four obscur, dans un sac de jute grossier, sur une charrette hors d’âge ou une toile usagée posée à même le sol.

Des artisans survivent repliés dans des ateliers-grottes devant une improbable machine à coudre des tissus rutilants, une enclume à marteler doucettement le cuivre, des plaques garnies de pâtes blanches, de métaux devant précieux par la qualité de leur ciselage. Ils se retrouvent noyés dans des flots de produits alléchants par leur prix mais dont le chaland peut douter de la provenance. Des tonnes de vêtements ou de chaussures logotisés sont exposées pour tenter les clients robotisés. Des motocyclettes ont supplanté les mulets ou les ânes, les projecteurs ont remplacé les rayons solaires. Inévitable mutation si la volonté affichée réside dans la protection de l’attractivité du lieu pour que ce qu’il est subsiste.

A la débauche de couleurs des bancs « épicés » s’ajoute leurs odeurs doucereuses ou agressives. Les plantes aromatiques indispensables pour que la cuisine marocaine conserve sa touche formidable d’originalité. Celles qui servent pour la beauté en crème ou en huile ont nettement perdu de leur naturel tellement elles ont été accommodées aux nécessités du marketing moderne. Partout la modernisation se heurte à la tradition dans ce creuset séculaire qu’il serait pourtant très malsain de transformer en musée des goûts ou des saveurs. La médina de Fés regorge de légumes ou de fruits venant des plaines proches du Moyen-Atlas. C’est encore la majorité de cette offre directe des marchés d’antan.

Et si l’authenticité reposait sur les effluves nauséabondes émanant du bagne des tanneurs ou du secteur des métiers de la viande ? Justement parce que seulement quelques branches de menthe froissés sous les nez délicats tentent de les estomper elles appartiennent à la vérité de ce lieu restant magique. De ces trous glauques ou baignent les peaux des animaux sacrifiés pour garnir les étals des bouchers monte la puanteur qui précède la création des plus belles pièces de cuir. Elle a traversé les siècles comme s’il fallait un témoignage de ce que fut cette principauté des gens simples, travailleurs, adroits, inventifs qui savaient tirer profit de leur savoir-faire et des ressources ordinaires de la terre.

La médina de Fés, creuset des cultures multiples ayant traversé l’histoire de la ville effraie par sa complexité de son organisation ou par l’étendue des mystères impénétrables. La gentillesse respectueuse de ceux qui en partagent la réalité, la vie vibrionnante de la jeunesse qu’elle abrite, la beauté des gestes, des visages de celles et ceux qui en ont connu les moments difficiles cosntituent le véritable trésor que l’on ne peut découvrir que si on a un regard sélectif tourné vers les autres.

Publié dans CARNETS DE VOYAGE | Marqué avec , , , , , , , , , | Laisser un commentaire