Ce jour férié où j’ai pu faire mes courses

Depuis bientôt 150 ans la ville de La Réole accueille des courses de chevaux. Rien n’a pu interrompre ce qui est devenu une tradition autour de laquelle se rassemble des centaines de personnes attirées par le spectacle des trotteurs. Depuis des millénaires les confrontations entre les meilleurs amis des hommes ont fasciné les foules avides d’émotions liées à l’incertitude du résultat. Elles ont pris une tournure bien plus pacifique que celle très célèbre des épreuves disputées dans les arènes entre Ben Hur et ses adverses représentant divers peuples présents à Rome. Sur les « petits » hippodromes de province au sol texture béton et au bosselage naturel, s’affrontent en effet les prolos de la race des équidés.

L’élevage français des chevaux de courses est à l’image de la société humaine avec des différences considérables de niveau et de statut. Tous les professionnels savent fort bien que les écuries sentant le pétrole du Golfe ou les profits excessifs dominent tous les secteurs des compétitions équines. Là, comme ailleurs, les moyens financiers conditionnent les résultats grâce au travail essentiel autour des croisements effectués entre les meilleurs éléments déjà repérés. S’il demeure une part de hasard elle tient simplement à la génétique et aux méthodes appliquées à la préparation.

« Vous n’avez aucune chance de trouver aujourd’hui les vedettes de demain explique un passionné mais comme le niveau est assez homogène vous éprouverez l’impression que ce sont de futurs champions. » Et c’est vrai que chaque course avait des allures de Grand Prix d’Amérique. Personne ne doute qu’il a sous les yeux grâce à l’homogénéité des lots constitués par les spécialistes des confrontations de haut niveau. Sur ces hippodromes viennent en effet les « sans gain » et donc des « sans grade » pour tenter d’arracher une modeste dotation qui leur permettra de s’installer sur la pyramide des trotteurs. La quête de quelques centaines d’euros prend dans le contexte économique découlant de la pandémie une importance cruciale.

Les structures des petites villes du monde rural accueillant ces courses sont en effet restées fermées (le pire), privées de public (le moins pire) ou maintenues en activité artificiellement ce qui a bien évidemment pénalisé toute la filière. « Pour survivre un entraîneur doit sans cesse lancer sur les pistes ses pensionnaires pour les faire progresser ou éclore. C’est un travail progressif et assez ingrat car les ressources trouvées par les places obtenues dans les épreuves ne suffisent pas à faire tourner une entreprise. La capacité à donner leur chance au maximum de trotteurs devient donc essentielle. Je viens de la Mayenne avec l’espoir de lancer la carrière d’au moins un des deux chevaux que j’ai amenés. Les frais sont lourds et le voyage très long depuis la Mayenne mais c’est indispensable » avoue un entraîneur.

A l’arrivée à cause d’un incident causé par l’élastique de départ, le protégé sur lequel il comptait a été retardé et n’a pas pu disputer ses chances. « Heureusement l’autre sur lequel je nourrissais peu d’espoir a terminé à la troisième place et a remporté 1 200 €. Ca me suffit car je couvre largement mes frais et le cheval ouvres son compteur ! » A La Réole, grâce aux bénévoles de la Société Hippique, une filière beaucoup fringante que l’on veut bien le prétendre trouve des opportunités de se développer et par ricocher celui des parieurs. Tout le monde cherche l’espoir…denrée de plus en plus rare dans la période actuelle , tant pour les professionnels que pour le public.

Secrets, concentrés, hésitants les adeptes du PMU cherchent sur les programmes une opportunité de gagner au lieux quelques dizaines d’euros. En se présentant au guichet ils annoncent discrètement leur trouvaille « gagnante », « placée » ou « gagnante ou placée », à moins qu’ils n’aient grâce à l’alchimie de l’intuition et de l’analyse, déniché une combinaison plus ou moins complexe dont le facteur cheval X démontre que son auteur en connaît un rayon. Les ménagères de cinquante ans et plus occupent une part importante des files d’attente comme si elles effectuaient leurs emplettes de sensations inhabituelles. Tout s’effectue dans la modération et le calme. Seul le sourire discret des gagnants revenant avec les biffetons en mains trahit le plaisir d’une réussite toujours agréable.

Comme dans toutes les manifestations ouvertes à absolument tous les publics, le poids des derniers mois étouffe encore le plaisir de la (provisoire) liberté retrouvée. Le retour au monde passé devient de plus en plus illusoire car d’autres habitudes de vie ont été construites. C’est indéniable. Le lien social populaire et partagé aura du mal à retrouver ses repères antérieures. Les deux années d’abstinence sociale forcée seront ineffaçables ! Mon après-midi à faire les courses m’a pourtant donné un bol d’air salutaire !

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Les révélateurs d’une société en perdition

Il y aurait eu 900 actes usant d’une arme à feu en dix ans dans les établissements scolaires de tous niveaux. Le vingtième de cette année dans une école et la 212 eme tous lieux confondus, constitue l’un des pires exemples de ce que la folie de l’utilisation incontrôlée des armes peut provoquer dans un pays prétendant s’ériger en « gendarme » du monde. Les massacres racistes, de vengeance personnelle, de folie, reposant sur la religion ou des arrières-pensées politiques se multiplient provoquant des réactions déchirantes ou indifférentes. L’émotion légitime disparaît chaque fois en quelques jours et on attend toujours une autre tuerie pour laisser couler les larmes de crocodile.

Les 19 enfants abattus, majoritairement d’origine hispanique, auront droit à des montagnes de fleurs, à des flots de bonnes paroles, à des tonnes de déclarations attristées et à des monceaux d’utilisation détournée des valeurs démocratiques. Il n’y aura en effet jamais de loi restrictive sur les ventes libres d’armes aux Etats-Unis puisque le pays vit dans un climat de haine et de peur impossible à éradiquer par un texte officiel. Si la France dans l’état actuel de son opinion dominante ouvrait la possibilité d’accéder librement aux moyens létaux de défense le phénomène dénoncé aux USA serait le même. Les racines du mal sont en effet les mêmes mais avec un effet de masse différent.

En fait les parcours des auteurs de ces éruptions de violence ont bien des points communs dont les racines sont dans un mode de vie qui inspire notre propre société. Des criminels repliés sur eux-mêmes, sans aucun lien social et fasciné par l’usage des armes à feu comme moyen d’exprimer une forme puissance que leur quotidien ne leur permet pas d’obtenir. Tous, selon les portraits qui en ont été dressés, se trouvent en rupture familiale et sont ou ont été en situation d’échec. Ils nourrissent par ailleurs une aversion profonde contre un système scolaire dans lequel ils n’ont connu aucune réussite. Elle se traduit par des actes d’une violence extrême vis à vis des institutions éducatives. En sommes nous très éloignés ?

L’enfermement psychologique, sociétal, culturel avec comme seule ouverture les réseaux sociaux et comme activité permanente les jeux vidéo (Fortnite ou Call of Duty), entre dans le profil de ceux que l’on ne qualifie pas de « terroristes » alors qu’ils tuent sans aucune retenue en tirant délibérément sur des êtres humains se trouvant sur leur chemin ou sur des lieux symboliques de leur démence. Ces éléments de personnalité rapprochent les trois auteurs des plus « grands » massacres scolaires, comme ceux de Parkland, en Floride, en 2018 (17 morts), de Columbine, dans le Colorado, en 1999 (13 morts) et maintenant d’Uvalde au Texas (21 morts). La société américaine a exporté massivement ces supports considérés comme des facteurs de progrès en expliquant via leurs lobbies qu’ils sont sans danger et sans conséquences sur le comportement de ceux qui les utilisent. En sommes-nous éloignés ?

Il s’avère ensuite difficile de ne pas prendre en considération dans ces parcours de tueurs dont il serait trop facile de prétendre qu’ils étaient fous, la fascination pour les armes à feu. Au Texas, dans le Colorado ou en Floride la permissivité en matière d’achat au nom de la notion de la « liberté d’assurer sa sécurité » que la puissance publique ne peut plus garantir atteint des sommets. Avoir un fusil d’assaut constitue une preuve d’entrée dans l’âge adulte ou reflète la puissance dont on doit témoigner dans un quotidien angoissant. Les statistiques sont effrayantes. Ainsi au total, 111 personnes par jour en moyenne meurent donc par arme à feu dans le pays. L’État du Texas, où la vente d’armes personnelles est très peu encadrée, enregistre une moyenne de 3.647 décès annuels par arme à feu.

Depuis le début de l’année 2022, au moins 17.199 personnes ont été tuées ou se sont tuées par arme à feu. Parmi les victimes, 7.629 ont été tuées lors d’un homicide, volontaire ou involontaire, et 9.570 sont décédées par suicide. L’année 2021 avait enregistré 45.010 morts, dont 20.920 homicides, un record depuis 2017 et ses 58.114 morts. En outre, 14.247 personnes ont subi une blessure par arme à feu depuis près de six mois aux USA.

Le phénomène s’amplifie puisque le lobby des défenseurs des armes aux USA n’a rien trouvé de mieux que de développer la théorie voulant que pour empêcher les tueries de masse il est indispensable de développer… la vente des armes pour assurer la défense. Le professeur tuée à Uvalde a tenté de protéger ses élèves de CM1 en les prenant dans ses bras. Elle n’avait pas de revolver ou de fusil d’assaut dans le tiroir d son burau et même si elle en avait eu un son destin n’aurait pas changé. C’est elle dont on ne parelera pas ! 

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L’embellie des profits imbibés du sang de la guerre

Impossible de ne pas être, dans le contexte d’un système mondial, du profit traité de commentateur manichéen dès que l’on s’attaque aux privilèges exorbitants dont bénéficient les actionnaires. Inévitablement surgit le spectre de la fuite des capitaux (comme si ce n’était pas le cas chaque jour) pouvant entraîner une crise grave pour les salariés, les productions et donc la sacro-sainte croissance. Un aveu permanent de la volatilité des sommes gigantesques qui voyagent sur la planète en une fraction de seconde et déshumanisent sans vergogne, au nom de la rentabilité, la vie quotidienne de millions de personnes. Jamais le monde de la finance n’a été aussi puissant quand la pauvreté augmente partout, que la famine devient réalité et que les efforts contre les mutations climatiques patinent.

Le bilan dressé par les observateurs de ces réalités prend une signification particulière dans le contexte actuel où le débat en France porte que des augmentations de quelques euros ou dizaines d’euros de la capacité des foyers français à faire face à une inflation galopante des prix. Leur constat est implacable mais ne fera sûrement pas la une des médias préoccupé par une énième affaire touchant l’élite politique : la guerre en Ukraine pèse sur l’économie mondiale et le pouvoir d’achat, mais pas sur les dividendes. Les montants versés aux actionnaires ont en effet atteint un record mondial au premier trimestre, grâce à la vigueur des secteurs pétrolier et minier ainsi qu’au rebond post-Covid ou l’utilisation des fonds du quoi qu’il en coûte .

Selon un rapport spécialisé hier, les versements aux investisseurs ont augmenté de 11% sur les trois premiers mois de l’année pour atteindre 302,5 milliards de dollars, un record pour cette période qui n’est pas la plus « profitable » de l’année. En dépit du contexte d’inflation et de la guerre en Ukraine, 94% des multinationales ont augmenté leurs dividendes ou les ont maintenus. C’est aux États-Unis que leur proportion a été la plus forte (+ 99%). En outre, toutes les régions ont enregistré une croissance à deux chiffres, même si une « faiblesse notable a été constatée dans certaines parties de l’Asie où les confinements continuent de peser sur l’économie ».

Lisez, écoutez, regardez et vous constaterez que le débat porte sur le niveau de progression des retraites (indexation en août sur l’inflation) ou sur le niveau du salaire minimum. Les deux mesures font l’objet de vices critiques. Pour les pensions la mesure satisfaisant les bénéficiaires actuels avant les législatives, s’accompagnera d’une réforme pour celles et ceux qui travaillent encore… En oubliant de leur dire que les prélèvements obligatoires sur le montant de leur supplément sera vite rongé par les prélèvements de la TVA sur des étiquettes dont le montant progresse et par leurs prélèvements obligatoires dont on sait qu’ils resteront stables. On reprendra en partie de la main droite ce que l’on prétend donné de la gauche !

Il en va tout autrement des dividendes puisque tous les secteurs ont enregistré des augmentations mais les industries pétrolière (+33% de dividendes) et minière (+29,7%) se distinguent car les entreprises de ces secteurs ont profité de la guerre, qui a permis d’augmenter les prix de vente de leurs productions. Sur base de ces chiffres, le cabinet spécialisé rehausse encore ses prévisions pour 2022 à 1540 milliards de dollars, soit une augmentation de 4,6% » par rapport à 2021, qui était déjà une année record ! Qu’on le veuille ou non cette situation exceptionnelle mériterait des mesures exceptionnelles. En avez-vous entendu parler ? Elles ne sont même pas envisagées ! Il serait pourtant pour le moins pertinent de construire des politiques publiques permettant de récupérer une partie de ces profits exceptionnels.

Ce n’est pas une nouveauté puisque selon les auteurs du document de référence (1) « les versements ont plus que doublé » depuis 2009, année de la création de l’étude qui mesure l’évolution des dividendes versés par les 1200 plus grosses capitalisations boursières. Si l’on considère que les versement de dividendes sont les conséquences d’une activité normale, selon les tenants du capital, il est inadmissible qu’une croissance des profits liés à la seule variation des prix ne soit pas restituée aux personnes de la production ou à la population en général. Bien entendu dans les mesures dite de préservation du « pouvoir d’achat » il n’y en aura aucune liée à ce « goinfrage » de milliards confirmant que le malheur des peuples continue de manière directe ou indirecte à faire la fortune de celles et ceux qui prétendent souhaiter leur bonheur.
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Impossible de ne pas être, dans le contexte d’un système mondial, du profit traité de commentateur manichéen dès que l’on s’attaque aux privilèges exorbitants dont bénéficient les actionnaires. Inévitablement surgit le spectre de la fuite des capitaux (comme si ce n’était pas le cas chaque jour) pouvant entraîner une crise grave pour les salariés, les productions et donc la sacro-sainte croissance. Un aveu permanent de la volatilité des sommes gigantesques qui voyagent sur la planète en une fraction de seconde et déshumanisent sans vergogne, au nom de la rentabilité, la vie quotidienne de millions de personnes. Jamais le monde de la finance n’a été aussi puissant quand la pauvreté augmente partout, que la famine devient réalité et que les efforts contre les mutations climatiques patinent.

Le bilan dressé par les observateurs de ces réalités prend une signification particulière dans le contexte actuel où le débat en France porte que des augmentations de quelques euros ou dizaines d’euros de la capacité des foyers français à faire face à une inflation galopante des prix. Leur contat est implacable mais ne fera sûrement pas la une des médias préoccupé par une énième affaire touchant l’élite politique : la guerre en Ukraine pèse sur l’économie mondiale et le pouvoir d’achat, mais pas sur les dividendes. Les montants versés aux actionnaires ont en effet atteint un record mondial au premier trimestre, grâce à la vigueur des secteurs pétrolier et minier ainsi qu’au rebond post-Covid ou l’utilisation qui a été faite du quoi qu’il en coûte.

Selon un rapport spécialisé hier, les versements aux investisseurs ont augmenté de 11% sur les trois premiers mois de l’année pour atteindre 302,5 milliards de dollars, un record pour cette période qui n’est pas la plus « profitable » de l’année. En dépit du contexte d’inflation et de la guerre en Ukraine, 94% des multinationales ont augmenté leurs dividendes ou les ont maintenus. C’est aux États-Unis que leur proportion a été la plus forte (+ 99%). En outre, toutes les régions ont enregistré une croissance à deux chiffres, même si une « faiblesse notable a été constatée dans certaines parties de l’Asie (…) où les confinements continuent de peser sur l’économie ».

Lisez, écoutez, regardez et vous constaterez que le débat porte sur le niveau de progression des retraites (indexation en août sur l’inflation) ou sur le niveau du salaire minimum. Les deux mesures font l’objet de vices critiques. Pour les pensions la mesure satisfaisant les bénéficiaires actuels avant les législatives, s’accompagnera d’une réforme pour celles et ceux qui travaillent encore… En oubliant de leur dire que les prélèvements obligatoires sur le montant de leur supplément sera vite rongé par les prélèvements de la TVA sur des étiquettes dont le montant progresse et par leurs prélèvements obligatoires dont on sait qu’ils resteront stables. On reprendra en partie de la main droite ce que l’on prétend donné de la gauche !

Il en va tout autrement des dividendes puisque tous les secteurs ont enregistré des augmentations mais les industries pétrolière (+33% de dividendes) et minière (+29,7%) se distinguent car les entreprises de ces secteurs ont profité de la guerre, qui a permis d’augmenter les prix de vente de leurs productions. Sur base de ces chiffres, le cabinet spécialisé rehausse encore ses prévisions pour 2022 à 1540 milliards de dollars, soit une augmentation de 4,6% » par rapport à 2021, qui était déjà une année record ! Qu’on le veuille ou non cette situation exceptionnelle mériterait des mesures exceptionnelles. En avez-vous entendu parler ? Elles ne sont même pas envisagées ! Il serait pourtant pour le moins pertinent de construire des politiques publiques permettant de récupérer une partie de ces profits exceptionnels.

Ce n’est pas une nouveauté puisque selon les auteurs du document de référence (1) « les versements ont plus que doublé » depuis 2009, année de la création de l’étude qui mesure l’évolution des dividendes versés par les 1200 plus grosses capitalisations boursières. Si l’on considère que les versement de dividendes sont les conséquences d’une activité normale, selon les tenants du capital, il est inadmissible qu’une croissance des profits liés à la seule variation des prix ne soit pas restituée aux personnes de la production ou à la population en général. Bien entendu dans les mesures dite de préservation du « pouvoir d’achat » il n’y en aura aucune liée à ce « goinfrage » de milliards confirmant que le malheur des peuples continue de manière directe ou indirecte à faire la fortune de celles et ceux qui prétendent souhaiter leur bonheur. Mais c’est manichéen ! 


(1) rapport du groupe de gestion d’actifs Janus Henderson

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Plus que jamais la transmission reste essentielle

Au cours des rencontres autour de mon roman « Les 9 vies d’Ezio » (1) j’ai croisé de très nombreuses personnes m’ayant confié de passionnantes ou déchirantes histoires relatives à leur vie de descendant(e)s d’immigrés italiens. Plus d’une centaine de critiques de tous les horizons m’est parvenue sous forme de mails ou de courriers et j’espère après chaque cession d’un livre que j’aurai des réactions me persuadant que toute transmission constitue une nécessité. Nous sommes en effet toutes et tous porteurs de parcours passionnants, susceptibles de servir de références pour les générations actuelles. En renonçant à « raconter » nous nous condamnons à accepter que la poussière grise de l’oubli recouvre l’avenir.

Chaque personne qui attend patiemment que j’ai terminé d’échanger avec un(e) ami(e) vient me confier quelques bribes du parcours de son grand-père, sa grand-mère ou plus près de nous de son père ou de sa mère. Tout à coup en écoutant la présentation d’une autre vision de l’immigration elle a perçu l’importance du témoignage. Les héros du quotidien existent en effet pour peu que l’on sache les reconnaître et leur donner leur place méritée dans le puzzle social que constitue toute nation. Vous êtes, vous-mêmes par votre enfance, par votre métier, par les circonstances de votre vie, par vos réussites et vos échecs, par vos engagements, un témoin utile au moins à celles et ceux qui vous entourent. L’ignorer c’est manquer une opportunité de devenir un passeur de mémoire. 

Hier par exemple est décédé Elie Buzyn, l’un des derniers rescapés de la Shoah pris d’un malaise après une conférence extrêmement émouvante et passionnante selon ses proches qu’il avait donnée devant un groupe de jeunes. Rescapé du camp d’Auschwitz (Pologne) né en Pologne le 7 janvier 1929, avait été arrêté en août 1944 dans le ghetto juif de Lodz où sa famille était parquée. Après la guerre, il s’était longtemps tu, mais s’est ensuite employé à transmettre la mémoire de la Shoah. Il appelait les jeunes à être « des témoins des témoins » et avait accompagné des groupes scolaires chaque année. Pour paraphraser une proverbe que l’on dit africain avec sa mort c’est vraiment une bibliothèque du réel qui disparaît comme avant lui le dernier soldat de la guerre 14-18, l’un des ultimes Compagnon de la Libération ou un jour le dernier harki ou le dernier appelé ayant combattu en Algérie. 

Nous avons toutes et tous de vrais regrets à ne pas avoir pris des notes, enregistré ou filmé des scènes, des rencontres, des témoignages, des évènements dont on ne mesure l’importance que beaucoup plus tard. Une psychologue spécialisée dans l’accompagnement des « mutations culturelles » me confiait que très souvent, sous l’influence de la troisième génération que l’on retrouve les racines. Les petits-enfants ou arrières petits-enfants deviennent, selon elles, les ferments du retour sur le passé. Malheureusement l’éclatement familial ou l’éloignement géographique empêchent que cette recherche du « temps perdu ou ignoré » alors qu’elle revêt une importance capitale.

Lors des journées italiennes du village gardois de Saint Géniés de Malgoirés, le réalisateur François de Luca a présenté par exemple un film documentaire sur la saga de sa famille calabraise en mêlant des images emmagasinées depuis quelques décennies à celles des actualités trouvées dans les archives. Son voyage « retour » sur les traces de ses grands-parents partis il y a près de 70 ans de leur entourage familier m’a élu aux larmes. Aucun message « politique » mais une réalité poignante. Le témoignage d’un vieil italien racontant avec sérénité et humour dans un mélange linguistique émouvant, la douleur du départ et les difficultés de son intégration a bouleversé le millier de spectateurs présents. « Les Français disaient que nous venions manger leur pain confiait-il en souriant. Les pauvres ils ne savaient pas que nous ne mangions pas de pain ! » Cette phrase a plus de poids que toutes les diatribes contre le racisme car il résume l’absurdité des idées toutes faites qui colonisent les esprits fragilisés par le manque de culture.

Faute de transmission nous avons appauvri les mémoires modernes et nous les avons persuadés que les idées obscurantistes n’ont jamais existé. Réhabiliter le travail, redonner du sens à l’importance de la réussite par la mérite, remettre de l’humain sous des mots abstraits, illustrer des valeurs ordinaires mais essentielles : la transmission contribue à la construction de ceux qui en reçoivent les messages. Ne rêvons pas elle ne changera pas la volonté actuelle de gommer le passé qui dérange mais elle sème parfois le doute tellement absent du monde actuel. Un rôle précieux que nous devrions tenir sans passer pour un(e) ringard(e), un(e) passéiste casse-pieds ou un vieux gaga obnubilé par son passé. Soyez les éclaireurs du chemin autant que vous le pouvez tellement il me semble dangereux pour les mémoires courtes.

(1) Toujours disponible sur www.jeanmarie-darmian.fr avec la rubrique « Ezio et vous » que vous pouvez y découvrir ainsi que sur toutes les plateformes de vente en ligne. 

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Les intérêts bien compris du contrat de Mbappé

Kylian Mbappé a finalement choisi de prolonger son bail avec le PSG après que sa mère ait négocié avec une pugnacité avcc le Real. Certes les communiqués officiels évoquent son amour pour le club de la capitale afin d’éviter que soit évoquées les transaction financières. Il se murmure que des avocats fiscaux ont pris contact au plus haut sommet de l’État pour vérifier que durant trois ans le contrat qu’il a obtenu ne sera pas malmené sur le plan financier. L’occupant de l’Élysée a pesé sur la décision par quelques coups de fil personnels rassurants.

Autour du PSG rôdent en effet deux Présidents de notre République. Le récent « réélu » et Nicolas Sarkozy ont pour des rasions diverses beaucoup insisté pour que l’un des plus talentueux des joueurs français actuels ne file pas vers le Real Madrid.  Le premier semble avoir fait depuis le mois de février le forcing en interne pour que celui qui symbolise la réussite des enfants des banlieues reste à Paris. Il n’a pas démenti son implication durant la campagne du second tour. Comme le PSG est de fait un club détenu par un État aux finances revigorées par l’augmentation fulgurante des prix des énergies fossiles les leviers existaient pour un « dialogue » au plus haut niveau sous le secret diplomatique.

Qu’il le veuille ou non, Mbappé est devenu un enjeu géopolitique dans le contexte actuel. Il existe par exemple depuis 2008 une convention fiscale entre les deux pays qui fait que le Qatar ne paye pas d’impôts en France sur les dividendes, les plus-values immobilières ou les gains sur capitaux. Depuis cette date, le Qatar a beaucoup investi en France, dans des palaces, des entreprises du CAC 40, on parle de plusieurs milliards d’euros d’investissement. Uns situation qui ne saurait être remise en cause surtout qu’il faut rappeler que l’émir tout puissant de ce minuscule bout de désert de la péninsule arabique est le cinquième pays producteur de gaz au monde. Les contestations sur l’organisation de la Coupe du monde de football seront par ailleurs mises sous le boisseau en France dans les prochains mois.

Il est donc probable que Mme Mbappé ait été informée d’une situation un peu particulière et a été poussée à rechercher un accord avec le PSG pour raisons d’état. Les propositions faites par le Real étaient en effet exceptionnelles. Ce n’est donc pas pour des avantages financiers améliorés que international français a prolongé de trois saisons son contrat. Il avait obtenu dans les deux cas 130 millions de prime à la signature et un salaire net d’impôts de 30 millions par saison. Il bénéficiera bien entendu des primes multiples liées aux résultats et des retombées des contrats dits « d’image » qu’il pourrait signer. Il deviendra donc probablement le sportif professionnel de l’hexagone le mieux payé.

Outre les considérations « politiques » ce qui a emporté sa décision réside donc dans le fait qu’il a imposé son leadership sur le club. Et ça il ne pouvait pas l’espérer l’obtenir dans un club espagnol aussi structuré er solide que celui de Madrid. Mbappé a exigé des changements profonds dans l’organigramme, dans le staff technique et dans l’effectif. Sa maturité indiscutable lui permet pareilles exigences mais il n’a pas intérêt à se louper. Exit le directeur sportif ! Au revoir l’entraîneur ! Une bonne dizaine de ses équipiers seront priés d’aller chercher une improbable fortune similaire à celle que leur donnait le Qatar ailleurs. Il a même donné une liste de joueurs à recruter. Et à Bordeaux… on aime bien cette situation.

En effet selon la presse spécialisée un ex-joueur du club en déliquescence financière (Tchouaméni) figure dans les demandes formulées par Mbappé. Or les Girondins sont toujours intéressés sur le transfert du néo-international évalué avant surenchère à 50 millions. Là encore la rivalité entre Paris et Madrid va peut-être faire monter les enchères. Comme la plus-value serait de 32 millions, le club bordelais toucherait 20 % soit 6,8 millions au minimum. Le PSG serait prêt à en aligner 80 ce qui permettrait un pactole de 12 millions pour éponger les dettes des Girondins. Un effet collatéral du nouveau statut de l’enfant de Bondy !

L’amour du maillot ? La fidélité à un club ? Les engagements moraux pris ? Autant de valeurs qui disparaissent sous la pression des financiers. Plus de la moitiés de la L1 appartient à ce jour à des « investisseurs » étrangers plus ou moins fiables. Il y a fort à parier que dans le cadre des grandes manœuvres géopolitiques en cours d’autres soient vite happés par ce détournement des objectifs de la pratique du football. Mbappé, un garçon talentueux, solide, raisonnable a ouvert la porte à la démesure. Souhaitons qu’il sache rester lui-même.

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Les « inévitables », les « recalés », les « exposés »

Il est né le divin gouvernement que tout le monde attendait. Comme le veut une tradition médiatique tous les pronostics ont été déjoués. Ce fut le cas pour la Première des Ministres, pour laquelle la liste des prétendant(e)s ressemblaient à celle des saints sur la calendrier. La course aux pronos à battu des records avec des analystes ayant remplacé les militaires battant en retraite sur les plateaux des télés généralement mal informées, qui délivraient des incertitudes. Selon la sentence célèbre de Coluche « si les journalistes étaient des funambules, le taux de mortalité dans la profession le taux de mortalité serait énorme ». En fin quand le verdict est tombé du perron de l’Elysée certains se sont raccrochés à la corde et on tenté le rétablissement classique du « je vous l’avais bien dit ! »

Pourquoi modifier ce comportement que l’on trouve dans les PMU mais de manière plus rationnelle car il y a au moins une liste d’engagés ? L’énoncé des possibles membres du gouvernement a donné lieu durant plusieurs jours au même jeu des devinettes. Il eût été plus rationnel de mettre des noms (nombreux) dans un chapeau et de tirer au sort. En fait la stratégie du faiseur de vassaux ou d’exécutants a consisté à exploiter ce système de la course à l’échalote médiatique. Depuis un mois il a été impossible de débattre, d’agir, de critiquer puisque c’était le vide en matière d’actions concrètes.

Le jeu du chat décideur et de la souris naïve consistant à prendre son temps a fait défiler une bonne semaine sans aucun danger a parfaitement fonctionné. La volonté de raccourcir au maximum la campagne des législatives pour « surfer » sur le résultat des présidentielles a été satisfaite. La France étant à un mois du choix de sa « majorité » parlementaire dont on explique sondages et estimations à l’appui qu’elle ne changera pas il n’y a plus guère de place pour le débat citoyen. Pourvu que la variole du singe se propage et la campagne sera totalement esquivée médiatiquement.

En fait l’annonce d’un gouvernement est absolument identique au marketing des supermarchés. Il ne faut pas changer le fond des pris de l’offre habituelle et allécher le client par quelques têtes de gondole susceptibles de donner l’illusion de la baisse des prix. Dans un premier temps il est indispensable de renvoyer dans les réserves les « produits » périmés ou n’ayant absolument pas réussi à mobiliser les chalands pour donner de la place à quelques nouveaux arrivants aussi aguichants que possible. Ils mobiliseront l’attention, ils éveilleront la curiosité, ils occuperont l’espace médiatique aussi longtemps que possible. 

Bien entendu les « valeurs sûres » dont on ne saurait se passer car ils ont antérieurement été bien utiles (intérieur, justice, économie) resteront sur les rayons car ils rassurent les « visiteurs ». Pour les autres, soit atteint par la date de péremption soit avec un emballage médiatique abîmé ils seront sacrifiés sur l’autel de la rentabilité électorale puisque la politique n’est plus une affaire de valeurs mais de marketing électoraliste.

Il n’y a rien de pire que quand vous entendez que vous allez être « remercié(e) » car c’est à double sens ! Plus les remerciements sont important et plus ils sont le signe que vous êtes viré(e) avec la manière mais viré(e). Bien entendu les intéressé(e)s diront qu’ils sont partis volontairement (mais pourquoi ne l’ont-ils pas annoncé avant?) avant de baver dans quelques semaines sur l’ingratitude du Chef à plumes ! Dans ce registre ont été envoyé à la corbeille des « marques » usées par le poids du temps ou n’ayant pas atteint leurs objectifs. Rien ne dit vraiment qu’ils ne ressurgiront pas un jour ou l’autre si les circonstances l’exigent.

Le pire ce sont les « recalés » ayant trouvé les raisins du pouvoir trop « verts » ou trop « bleus » ou pas assez « rouges ». Dans ce domaine il y a deux catégories : les aigri(e)s qui vont épancher leur amertume ou leur déception et les discrets qui attendront début juillet d’être admis(e)s au repêchage. Doté d’absolument tous les pouvoirs, le distributeur de maroquins va les mettre à mijoter et les inciter indirectement à battre la campagne pour démontrer leur indéfectible loyauté. Un test qui leur permettra de décrocher un diplôme style renaissance leur ouvrant les cabinets du pouvoir. Leur situation très dure et stressante peut aussi les conduire à renoncer mais rien n’est perdu !

En définitive l’essentiel échappera au commun des mortels car l’iceberg gouvernemental à comme tous les icebergs une partie immergée. Il faudra plonger dans les nominations des directeurs des cabinets ministériels pour savoir qui a un rôle réel. Ces femmes ou hommes de l’ombre désignés depuis le « château » constituent les vrais révélateurs des marges de manœuvre accordées aux promu(e)s. Grâce à un « pouvoir d’achat politique » tiré de son statut renouvelé, l’auteur de la fable « verte » énoncée depuis quelques semaines a simplement démontré que le changement c’était pour hier et que l’on reprenait le même chemin ! 

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Un autre rationnement se profile : celui de l’eau potable

Difficile de rappeler quand le désastre menace quand l’on a maintes fois alerté sur les inconséquences de la surconsommation de toutes sortes. Pour ma part depuis une vingtaine d’années tant dans les rencontres citoyennes créonnaises que dans les écrits vérifiables sur ce support je n’ai cessé de clamer que nous devrions un jour en Gironde rationner l’utilisation de l’eau potable. Il est vrai que tant qu’un tour de robinet suffit à satisfaire toutes les demandes les usagers écoutent d’une oreille plus que distraite les mises en garde venant des oiseaux de mauvaise augure.

Ressource essentielle pour la vie, l’eau potable est un luxe dans nos sociétés occidentales gaspilleuses qui bien entendu en a vite confié la gestion au monde du profit. En fait comme le veut une tradition européenne les investissements pour satisfaire les populations sont à la charge des collectivités territoriales et l’exploitation au sens propre de ce terme dévolue aux entreprises privées. Aucun programme électoral prévoit la nationalisation d’un système essentiel pour l’humanité et donc les difficultés à venir relèveront de négociations complexes.

Déjà le manque d’eau « ordinaire » lié à la sécheresse commence à peser directement ou indirectement sur l’économie ou les modes de vie. Pas loins d’un quart des départements apparaissent avec un risque de sécheresse « très probable » d’ici à la fin de l’été. Ils se situent essentiellement dans le Centre-Ouest et dans le Sud-Est. En Nouvelle-Aquitaine, sans surprise, deux départements sont particulièrement concernés : la Charente et la Charente-Maritime, tandis que Gironde et Lot-et-Garonne apparaissent en risque probable. Ce ne sont plus des prévisions mais des quasi-certitudes.

On a vite oublié que durant la sécheresse historique de 2019, 20 départements se sont retrouvés avec des problèmes d’approvisionnement en eau. Des villes entières ont dû être alimentées par des camions citernes. C’est donc quelque chose qui s’est déjà produit, et qui va s’accélérer plus les sécheresses seront importantes. La situation doit nous inquiéter en raison d’un paramètre conjoncturel : il n’y a pas eu de recharge avec des pluies efficaces dans les nappes durant l’hiver. D’après les projections climatiques, en 2070, le rythme global de recharge des nappes phréatiques devrait baisser d’au moins 30% mais nous continuons à puiser sans cesse davantage.

Les utilisations de la ressource devenue extrêmement précieuse dépasse l’entendement. Par exemple la France nous détenons un record en matière d’installation de piscines privées. Selon une étude notre pays  compte plus de 2,95 millions de piscines privées, dont 1,( millions de piscines hors sol et le nombre des créations a explosé en 2020 puisque environ 70 300 piscines enterrées ont été construites et 126 500 hors sol, soit un total de près de 197 000 bassins installés en une seule année sur le territoire français.

Il ne s’agit absolument pas de stigmatiser ces équipements mais de se poser simplement la question de l’origine de l’eau qu’ils utilisent ou qu’ils renvoient dans le réseau. Peut-on admettre que le tarif du m³ utilisé soit du même niveau que celui qui permet de se laver, de cuisiner et de boire ? Un sous-compteur avec prix différencié ne constituerait pas une injustice flagrante. Utiliser l’eau potable pour arroser une gazon d’agrément ou utilitaire ne constitue pas là encore un comportement très citoyen.

Pourquoi en France, comme pour les dispositifs d’économie d’énergie, les réserves d’eau venant des toitures, des pluies les achats de réserves agréées ne sont-elles pas partiellement déductibles des impôts ? Pourquoi ne généralise-t-on pas dans tous les équipements publics l’utilisation des eaux de récupération pour les chasses de nettoyage des toilettes ? Pourquoi les robinets avec bouton temporisateur ne sont-ils pas imposés dans les constructions publiques neuves ? Les tarifs dégressifs doivent être interdits et au contraire une tarification progressive par tranches (plus je consomme plus le prix du m³ est élevé) devrait être négociée avec les distributeurs par des élus lucides.

L’absurdité réside dans le fait que les budgets des syndicats intercommunaux repose sur un volume annuel multiplié par une facture au m³ consommé… En résumé plus les habitants augmentent leur utilisation plus la structure d’exploitation s’enrichit. Les constat officiel confirme cette tendance avec en France, une utilisation quie était de 106 litres par jour et par habitant en 1975 pour passer à 165 litres par jour et par habitant en 2004. Aujourd’hui, chaque habitant utilise en moyenne 148 litres d’eau par jour. À ce chiffre, il faut ajouter les utilisations collectives : écoles, hôpitaux, lavage des rues, arrosage des espaces verts, utilisations dans le cadre du travail… L’autre difficulté vient du fait que les réseaux sont devenus des passoires avec des fuites atteignant en moyenne 20 % en moyenne dans le pays ! Sur certains secteurs les épanchements dans le sol dépassent largement les 30 % . Plutôt que des réformes de fond la solution incitative reste l’augmentation du prix du m³ qui risque de devenir exponentielle et les restrictions de plus en plus nombreuses.

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Le marché miroir d’une période contradictoire

Le marché a en ces premières heures, véritablement rois ses atours estivaux. Sans que ce soit explicable autrement que par la présence dès le lever du jour d’un soleil généreux, tout le monde a le sourire devant et derrière les étals. Depuis belle lurette Créon n’avait pas connu pareille ambiance. Tous les commerçants non-sédentaires habituels occupent leur place et les occasionnels venus en renfort accentuent le sensation que les infidélités hivernales sont terminées. Dans le dédale des propositions commerciales en tous genres, les chalands libérés moralement et matériellement du masque s’affairent en tenue légère ou au minimum allégée.

Le retour des mercredis matins heureux s’amorce en ce joli mois de mai prêt à entrer dans le livre des records de température. En attendant le fond de l’air reste frais comme pour rappeler que le climat n’a rien à voir avec la météo. Le réchauffement ne viendra que vers dix heures quand l’astre royal prendra assez de hauteur pour pointer au-dessus des maisons bordant la place centrale. Les couleurs des légumes aux provenances diverses s’en trouvent brutalement ravivées comme s’ils fêtaient ce retour à la normale. L’animation monte au fil des heures comme celle d’une fourmilière retrouvant enfin son activité normale.

Alors que depuis des mois, il fallait un certain temps avant que les conversations ne s’engagent puisque les participants devaient parvenir à s’identifier derrière leur illusoire protège-virus. Désormais le sourire de la libération est revenu et les informations circulent. Majoritairement elles concernent la santé compte tenu de l’âge moyen des habitués de ce rendez-vous séculaire. On est loin, très loin des élections, des menaces de la guerre ou du naufrage sportif et financier des Girondins de Bordeaux. Le grand bol de bonheur de pouvoir retrouver ses habitudes suffit à les satisfaire et ça se voit.

La terrasse où se retrouvent les Copains se peuple lentement d’abord avec la cohorte des privilégié(e)s ayant le temps de boire la tasse. Ils nagent dans l’insouciance ce qui ne leur était pas arrivé, pandémie oblige, durant les éditions récentes de ce moment de partage. Sur les fauteuils au ras du parvis ou sur les chaises hautes pour surveillants de baignade dans les us et coutumes du marché, arrivent ensuite les adeptes entièrement dévoués au demi. Tout le monde se soumet à l’obligation de prendre place sous les parasols bardés du logo « Jupiter » en charge de les protéger.

Les conversations montent d‘un ton sans jamais égaler le niveau des gens à rosé. Si le facteur officiant dans le centre ville a été contraint compte-tenu de l’affluence, de décaler sa tournée, celles de « tontons » trinqueurs ne prennent aucun retard. Ils appliquent l’équité et la solidarité à leurs échanges de ballons ou de flûtes tout en se penchant avec toutes les apparences des sondeurs en période électorale, sur les pronostics du quinté du jour. D’autres évoquent des repas où le sanglier trône sur des tables d’après battues aux nuisibles bienvenus. Les plaisanteries volent. Nicolas et Vincent remplissent pleinement leur rôle de ravitailleurs de gosiers assoiffés plus ou moins patients. La pression omniprésente s’installe comme partout ailleurs rendant la bonne humeur volatile.

Pendant que les insouciants profitent de l’air du temps libre, d’autres se confrontent à loi du marché. L’unanimité se fait très vite entre celles et ceux pour qui la bourse se vide plus rapidement que d’habitude : la remise des prix les préoccupe. En une semaine les pancartes écrites à la craie ou les étiquettes adorant la valse ont pris le chemin de la croissance. Jamais sur les étals ont connu pareille emballement. Le pain, le poisson, la viande, les œufs, les légumes, les plats cuisinés… l’inflation a un caractère concret et le fameux « pouvoir d’achat » se transforme en « devoir d’économiser ». Entre l’envie de se libérer des contraintes antérieures et celles qui sont en train de naître, les portefeuilles balancent. L’insouciance a vraiment un prix! 

Bécaud aurait aimé les odeurs, les couleurs, les saveurs de ce marché de « province » alors que Brassens aurait été très déçu de constater que les gendarmes venus à pied n’ont eu aucune échauffourée à régler à propos de bottes d’oignons. La place se vide plus lentement que les derniers verres. Le quotidien de la télé reprend ses droits avec son incessant ballet des événements à l’importance différente. Toute une matinée en se baignant dans le soleil de la vraie vie j’ai bien du mal à retourner à ce monde où il me manque le ciel bleu de l’espoir. Peut-être qu’un rosé frais…

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L’énergie de l’espoir pour les uns ou du désespoir pour les autres

Grâce à une dérogation de l’Union européenne, la péninsule ibérique va voir son prix de l’énergie chuter de manière importante. Bruxelles va en effet autoriser l’Espagne et le Portugal à fixer eux-mêmes le prix de l’électricité et du gaz. Une dérogation exceptionnelle valable un an à laquelle la France n’aura pas accès. Un mécanisme qui fait espérer à Madrid et Lisbonne une baisse de 25% à 30% sur la facture énergétique. Cette décision va permettre aux deux pays du sud de limiter leur inflation qui explosait.

La cause de cette opération spécial vint du fait que les gazoducs desservant l’Europe de l’Ouest ne viennent pas jusque de l’autre coté des Pyrénées. Une forme de reconnaissance du rôle des énergies fossiles russes dans l’alimentation énergétique de l’UE. D’ailleurs le système de la contrainte vis à vis de Moscou dans ce domaine se fissure chaque jour un peu plus. Avec moins de 25 % de leurs besoins, les Espagnols et les Portugais ne sont guère dépendants mais ils doivent faire face à l’augmentation des tarifs du gaz ou du pétrole importé des autres producteurs de la planète. L’arrivage de la Mer du nord est par exemple impossible par gazoduc mais uniquement par la voie maritime extrêmement coûteuse.

Les prix de l’électricité sont indexés sur le prix du gaz partout au sein de l’UE, et concrètement, pendant 12 mois, les deux Etats vont faire baisser le prix du gaz, ce qui leur permettra de produire de l’électricité moins chère. Et donc de réduire la facture pour les ménages et pour l’industrie qui a beaucoup souffert de la flambée des prix. Leur seul fournisseur supplémentaire étant la France ils vont pouvoir discuter sur les tarifs actuellement pratiqués. Une décision qui aura donc des répercussions sur le producteur EDF déjà très courroucé sur le blocage des tarifs sur le territoire national.

Un élément intervient dans ce dispositif : la réussite de la transition énergétique au Portugal. Selon les chiffres de l’exploitant du réseau électrique portugais (Redes Energeticas Nacionails), avec 103,6%, les sources d’énergies renouvelables du pays produites en mars 2018 (4812 GWh) ont dépassé la consommation électrique cumulée du Portugal (4647 GWh) sur la même période.

Ces chiffres représentent en réalité le cumul sur un mois car en l’absence de stockage de l’énergie renouvelable produite, il y a eu des périodes où des centrales électriques thermiques (à combustibles fossiles) et des importations ont été nécessaires pour compléter l’approvisionnement en électricité au Portugal.

Ces déficits ont été contrebalancés par un surcroît de production d’énergies vertes à d’autres périodes. Le 14 mars 2018, un pic a même été atteint, le pays ayant généré 143% de sa consommation électrique grâce aux énergies vertes. Cette politique volontariste du gouvernement de pousser le développement de la filière renouvelable incite les industriels à tenter de nouvelles méthodes et à innover. C’est, par exemple quand les producteurs portugais testent une technologie unique en Europe : l’association d’un barrage hydroélectrique et d’une centrale solaire flottante. Une innovation qui symbolise les ambitions de ce pays de 10 millions d’habitants, devenu l’un des champions européens des énergies renouvelables.

En Espagne même si on en n’est pas encore rendu à ce niveau, les énergies renouvelables fournissent 40 700 GWh de production d’électricité en substitution des combustibles fossiles, soit 13,4 % de l’électricité totale produite en Espagne. L’énergie renouvelable permet ainsi de réduire de les importations d’énergie fossile de 10 millions de tonnes équivalentes de pétrole. Madrid accélère ses programmes en la matière notamment dans le secteur de l’éolien. Il est certain que cette volonté produira des effets positifs croissant car la capacité d’installation de parcs solaires est loin d’être atteinte.

Conformément aux exigences de l’Union européenne, les députés espagnols ont adopté en mai 2021 un projet de loi sur la transition énergétique. Il prévoit notamment que d’ici à 2030 les énergies renouvelables représenteront 42 % de la consommation totale d’énergie en Espagne, et au moins 74 % de la production d’électricité dans le pays.Au cas où vous ne le sauriez pas la France occupait le 17° rang au sein de l’Union européenne, la France occupe la 17e position pour la part d’énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie avec 13,1 % de la consommation d’énergie primaire et 19,1 % de la consommation finale brute d’énergie en France en 2020. Quand il y a embouteillage de projets de l’autre côté des Pyrénées on s bat pour les enterrer chez nous.

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