LE ROQUET ET LE LEVRIER

Thu, 15 Sep 2005 00:00:00 +0000

Le roquet demeure le chien favori des Français. Ils adorent en effet ces animaux teigneux, aboyeurs, tenaces, parfois aussi acariâtres que leurs maîtres, leur procurant le précieux sentiment d'être en sûreté. Bizarrement, la taille, le poids de leur ange gardien, ne comptent plus lors du choix de leur compagnon du quotidien. Ils apprécient essentiellement son caractère décidé, volontaire, sans peur et sans reproche, lui permettant de défier tous ses congénères massifs ou tous les rivaux dangereux.

L'animal doit rapidement adopter l'attitude du « cerbère « , se camper sur les pattes arrières, afficher un rictus menaçant, et surtout se faire entendre dès qu'un rival dangereux approche. Il devient absolument incontournable dans l'environnement social quand il réagit au moindre zéphyr inconnu, au moindre vol de mouche, à la moindre chute incongrue de feuille morte. Il doit flairer l'étranger belliqueux et participer à son expulsion. Il ne saurait tolérer les événements inhabituels et surtout le squat potentiel de locaux annexes, oubliés ou mal protégés. Le roquet omniprésent acquiert vite une renommée d'efficacité, manquant à tous ses prédécesseurs, par son activisme débordant.

Installé dans le pré carré d'un jardin devenu au fil des années son terrain de jeu, il veille sur la sécurité de la famille, de la veuve et éventuellement de l'orphelin si c'est rentable pour son image. Il grogne brièvement de temps à autres et poursuit sa mission par des  » petites phrases  » d'aboiements agressifs, sporadiques, mais surtout largement perceptibles par la maisonnée. Tout son art réside dans cette capacité à se montrer menaçant par le son sans, pour autant, franchir le pas de l'attaque directe.

Le roquet rouscaille à distance respectable, en mimant sans cesse des offensives furieuses sous les yeux de la famille, ravie de le voir aussi décidé à aller jusqu'au bout. Rien ne pourra l'arrêter pense-t-on, et surtout pas un Droopy sur le recul. Il s'impose, chez lui comme à l'extérieur, flattant son maître en se montrant obéissant devant les autres, mais immédiatement combatif quand il a le dos tourné. Les rappels à l'ordre n'y font rien. Il s'attaque aux basques de n'importe quel personnage, lui barrant le chemin, et s'y accroche comme un vulgaire bâtard, privé depuis des lustres de croquettes. Il adore justement aller manger dans la gamelle de ses propres copains de niche. C'est même son premier plaisir, comme si ce rôle de chapardeur de confiance confortait sa volonté de faire maigrir les uns et appauvrir les autres.

Il essaie fébrilement de marquer son territoire, pissant tous les jours de la copie pour journalistes, aboyant dans les coins les plus  » chauds  » de l'Hexagone, se transformant en chien de recherche le jour d'une avalanche, en chien pisteur le jour d'une disparition, en chien policier le jour d'une expulsion, en chien de combat le jour d'une émeute, en chien de traîneau le jour de neige, en chien de sauvetage le jour de tempête, et en chien de fusil le jour de l'ouverture de la chasse? Il est partout !

Caniche propret sur lui en banlieue riche, fox terrier intenable dans les campagnes, ratier belliqueux au pied des tours, clébard populiste sur les estrades de foire, chien leste du cirque politique, il poursuit inlassablement son boulot de roquet de garde, mais a bien du mal à se maîtriser quand apparaît la silhouette élancée du levrier afghan. Il ne se contrôle plus, montre ses dents pointues, rayant le parquet, regarde l'intrus marchant sur ses plates-bandes d'un ?il menaçant.

Lui, le rase motte du quotidien, le bourlingueur des pavillons, l'arpenteur des places et des trottoirs, l'aboyeur des rassemblements de masse, le laboureur des gazons, ne supporte plus que l'on vienne le narguer chez lui, villa UMP, et surtout s'il fait le beau. Il est vrai que le lévrier afghan et son pelage blanc argenté l'agace singulièrement. Ce bougre hautain et malin sait que le grillage de la solidarité de race empêche l'agression frontale. Il en profite avec délectation. Le roquet ne ronge plus son os. Il s'étrangle de rage. Il fulmine. Il prend du recul pour revenir avec plus d'élan vengeur. Toute la noblesse du plus huppé (on dit juppé à l’UMP) consiste à faire semblant de ne pas s’en apercevoir !

Le lévrier afghan en profite et se pavane en des endroits prestigieux, va quérir la caresse paternelle de Droopy moribond, avec lequel il partage l'amour des moquettes feutrées, s'arroge la réussite d'un sprint à la poursuite du leurre du chômage, se prétend capable de distribuer encore plus de croquettes à ses copains déjà repus, affirme pouvoir bloquer les prélèvements indignes opérés sur les rations, donnés aux moins aisés? Bref, ce canidé de race, avec pedigree authentique, sait que le roquet aboie beaucoup mais mord rarement. Il attend donc paisiblement que son agresseur potentiel lasse finalement les voisins par son tapage permanent.

Il s'entraîne ostensiblement, en déployant publiquement sa fine carcasse, laissant son adversaire s'épuiser en moulinant, avec ses petites pattes, dans le vide. Il passe et repasse sur les écrans, où il a désormais autant ses entrées que le petit futé arrogant. Il sait que Poivre d'Arvor adore les chiens fidèles, et il espère que  » 30 millions d'amis «  le rejoindront un jour. Et lentement, il affiche une sérénité dévastatrice pour l'image de  » l'agité « , pourtant soutenu par une meute affamée de pouvoir. Le lévrier afghan sait que la vitesse l'emporte toujours sur la rage aveugle. Il offre le profil altier du chef fidèle.

Tous deux patrouillent en permanence devant la niche dorée de Droopy. Ils lorgnent vers sa gamelle en vermeil. Ils se lovent aux pieds de la maîtresse des lieux. Un ?il cligné, l'autre ouvert, le  » vieux  » observe cette agitation. Il attend son heure, sachant que… le chien aboie et la caravane passe.

Bien entendu, toute ressemblance avec des personnes existantes ou en mesure d'exister ne serait que pure coïncidence.

Mais je déblogue?

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