LA GREVE D'HIVER

Mon, 03 Oct 2005 00:00:00 +0000

La grève d'hiver arrive. Il est fortement recommandé aux gouvernants de se faire vacciner, car elle risque de vite s'étendre, avant les fêtes de fin d'année, dans un pays à bout de souffle, asthmatique économiquement et moralement. L'épidémie menace. Et ce n'est pas l'envoi de  » poulets  » pour canaliser cette montée du virus de la contestation qui va arranger les choses. Au contraire. Les Corses viennent de le démontrer, même si leur insularité donne une spécificité à leur comportement face à la  » gangrène  » des privatisations galopantes. Le climat et l'isolement aggravent parfois les maladies.

Le thermomètre affiche une température préoccupante mais pas encore angoissante, car les plus jeunes, tout juste entrés ou retournés dans leurs établissements ou leurs universités, sont encore en train de prendre celle de leur avenir. Les défenses immunitaires du corps social sont au plus bas et c'est peut-être, paradoxalement, ce qui peut sauver la mise aux  » Diafoirus  » chargés de guérir la France. En effet, il semble que beaucoup de malades aient eu peur de puiser, sur leurs minces ressources encore intactes, le coût d'une opération devenue financièrement douloureuse. Ils renonceront donc à se lancer dans un mouvement pénalisant leur équilibre général et leurs forces vives. Il faut les comprendre, quand on sait combien il est difficile, parfois, de tenir un mois, sans anémie plus ou moins forte de ses réserves personnelles.

L'ordonnance syndicale prescrit, en quelque sorte, une  » analyse  » ou une  » radiographie  » des actifs. Du résultat dépendra le traitement ultérieur. Selon le nombre de globules plus ou moins  » rouges «  présents dans les artères des grandes villes, les spécialistes sauront s'ils sont en droit d'espérer un sursaut des porteurs de ces virus potentiels que sont les délocalisations, les plans sociaux, le chômage. Ils ont, en effet, depuis quelques temps, une propension à être vaccinés contre la  » rougeole  » sociale ou la  » varicelle  » politique. On les excuse volontiers, car ces  » immuno-résistants  » ont été assommés, dans un passé récent, par des traitements ne variant guère, d'un service dirigé par un professeur de gauche ou un service animé par un professeur de droite. Alors ils attendent, septiques, pour connaître les remèdes des uns et des autres.

Les granules  » homéopathiques  » n'ont plus la cote, car elles rangent tous les  » médecins  » sur le même plan, dénotant une volonté de ne pas prendre de risques. Seuls ceux qui y croient véritablement, qui n'ont plus confiance dans les produits habituels, continuent à soutenir qu'un traitement modéré de la crise aura raison du mal. Les partisans de l'auto médication libérale veulent au contraire augmenter en toute quiétude les doses. Ils réclament aux contrôleurs de la  » sécurité sociale  » le droit de faire ce qu'ils veulent, quand ils veulent, pour assurer une croissance continuelle à leur bénéfice. Les adeptes de l'encadrement des prescriptions ne renoncent pas à faire annuler les ordonnances du  » Dr Mabuse  » et de ses services. Ils trouvent les potions amères, et ils en ont assez de se faire anesthésier pour des interventions chirurgicales les amputant de la majorité de leurs membres.

La grève d'hiver arrive. Les  » docteurs  » exerçant avec habileté leur ministère ne s'affolent pas trop. Ils savent que celle qui est beaucoup plus dangereuse c'est la terrible influenza de printemps. Depuis l'hécatombe de mai 68 ils ont noté que l'approche de Noël fait vite baisser les arrêts de travail. Ils ont donc demandé à leurs statisticiens de dissimuler les nombres les plus affolants (la vérité n'est pas toujours bonne à annoncer aux malades) et plus encore, ils annonceront que les consultations vont débuter. Ils convieront les échantillons les plus représentatifs à venir  » dialoguer « , histoire de maintenir le moral des autres. Attente avant d'entrer dans le cabinet et de s'allonger sur la table d'examen pour un diagnostic pré-établi. On les laissera tousser à volonté, cracher leur désarroi. On prendra le pouls de leur mobilisation. On mesurera leur tension. On leur demandera des respirer à fond? avant d'annoncer qu'un fortifiant devient indispensable. Un truc, genre huile de foie de morue moderne, sera administré chaque mercredi, après une réunion de travail : une cuillerée à dessert supplémentaire de sirop  » SMIG « , une micro dose de relèvement des retraites, une gélule de prime pour chômeurs, un suppositoire? pour fonctionnaires soucieux d'avoir une relève. Les placebos habituels, qui permettront de gagner du temps et de faire hésiter celles et ceux qui auront peur de ruiner leur fragile santé financière dans les courants d'air de l'action. La rémission viendra, jusqu'à une autre attaque dont nul ne peut prévoir la date.

Partagés entre sociaux-libéraux, libéraux-sociaux, socialistes libérés et libérés du socialisme, les porteurs de la rose tenteront, pendant ce temps, d'échapper au tétanos paralysant, on le sait, dans d'horribles souffrances, d'abord le côté gauche, ensuite l'ensemble du corps. Le tétanos, c'est leur maladie à eux. Ils ne savent pas que les épines des rivalités peuvent devenir aussi redoutables que les aiguilles les plus acérées.

Désormais, les  » malades  » ont le choix de leur médecin  » traitant  » et ils ont montré, il y a quelques mois, qu'ils préféraient, en la matière, suivre davantage ceux, plus proches, des  » campagnes  » que ceux des grands  » cabinets  » plus huppés.

Le cancer de l'angoisse de l'avenir ronge le quotidien des patients. Ceux qui défileront dans la rue attendent que la recherche dégage d'autres idées, d'autres traitements, d'autres protocoles. Il en va parfois de leur vie ou de leur mort sociale. Et dans ce cas-là, le désespoir peut conduire aux pires extrémités? A la place des  » mandarins « , je m'en méfierais.

Mais je déblogue?

 

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