LE COUP DU BOUC EMISSAIRE

Wed, 05 Oct 2005 00:00:00 +0000

Jacques Chirac ne recule devant rien. Il a cette énorme capacité consistant à s'approprier n'importe quelle position politique afin de surfer sur les événements et de les récupérer à son profit. Tout le monde se souvient avec quel aplomb il avait promis de  » réduire la fracture sociale « . Aussitôt dit, aussitôt oublié. Parfois, certains exégètes de son propre parti lui reprochent des déclarations calculées, comme si leur mentor affichait des penchants inassouvis pour une certaine forme de radical-socialisme. Le Figaro de mercredi matin en était tout retourné! Droopy joue habilement sur ce registre servant à le démarquer, opportunément, d'une image libérale, de plus en plus pesante, portée par les décisions politiques d'un gouvernement dont il semble suivre, de loin, les décisions ou les prises de position. Ce Chirac là, est social opportuniste!

Il a tout de même tapé fort, hier, dans le plus pur style des poujadistes d'antan. Une défense et illustration du manque de courage désastreux de la France d'en haut. Droopy, triste et isolé, a renoué avec la stratégie du bouc émissaire, celle qui consiste à se défausser de ses propres responsabilités sur des décideurs lointains et inconnus. En général, elle est efficace.Surtout quand elle est utilisée au bon moment, celui précédant le départ d'une offensive potentielle. La meilleure défense demeure toujours l’attaque. Il le sait. Il l’a toujours pratiqué!

La France d'en bas, celle du travail, défilait dans les rues. Elle réclamait aux responsables du Pays des mesures de protection de son statut et de son pouvoir d'achat. Rien de bien nouveau. Il y avait certes des partisans du non, mais aussi des défenseurs du oui, échaudés et meurtris. Il a donc fallu que, de son Palais transformé en bunker pour éviter les attaques convulsives du  » Roquet de Neuilly « , il détourne le  » tir massif  » vers? Bruxelles, en déclarant, sérieux comme un pape du mensonge, :  » nous avons une commission qui évolue de concession en concession et qui ne défend pas les intérêts de l'Europe! »  Excusez du peu, mais il ne serait jamais venu à l’idée de François Hollande, Dominique Strauss Kahn ou même de l’incontournable Jack Lang, de prononcer pareil anathème.

Extraordinaire déclaration d’un défenseur zélé de cette Commission européenne, qui, il y a encore quelques mois, appelait avec une émouvante sincérité les Françaises et les Français à se prononcer pour un Traité constitutionnel encore plus libéral, encore plus tolérant pour les plans sociaux massifs. Quand certains affirmaient, courageusement, que ce document indigeste figerait définitivement un système économique européen résolument tourné vers le libéralisme triomphant, Droopy  répondait, avec le ch?ur des vierges effarouchées, que ce n'était que procès d'intention? Mieux, les choristes affirmaient que les  » délocalisations  » n'existaient pas et que, de toute manière, elles étaient globalement  » profitables  » à la France. Mieux, on entendait l'argument qui devait tuer les tenants du non : être pour le non, c'était être anti-européen ! Or voici que, désormais, les plus farouches partisans de ce  » oui résigné  » reprochent  à  » leur Europe  » de ne pas pallier leurs propres carences et de ne pas être interventionniste.

José Manuel Barosso, lui aussi défenseur d'un libéralisme intégral, ne s'y est d'ailleurs pas trompé. Fidèle à sa vision de l'Europe il a eu, de ce point de vue, totalement raison de renvoyer la France à la gestion de ses affaires intérieures. Et surtout de faire remarquer à son Président de la République que la Commission avait proposé de créer un fonds doté de sept milliards d'? pour amortir le choc des restructurations, et que? la France s'y était opposée avec une « virulence particulière ».  Ce que n'ignore pas Jacques Chirac. Ce direct du droit ne l'a pas ému outre mesure, puisque son effet d'annonce était loin derrière ! Le Droopy a du coffre.

Il n'a pas davantage perdu son aplomb puisque, en conseil des Ministres, au lendemain de la forte mobilisation syndicale sur l’emploi et les salaires, il a demandé à Crin Blanc  » de faire un point à la fois sur les enseignements à tirer de la journée d’action et par ailleurs sur la SNCM « . Chirac aurait même lourdement insisté, dans un moment de lucidité extrême, sur le fait  » qu’il était absolument indispensable d’écouter l’ensemble des Français, ceux qui avaient manifesté comme ceux qui ne l’avaient pas fait, ceux qui avaient fait la grève comme ceux qui ne l’avaient pas faite « . Il a poussé le bouchon un peu plus loin en infligeant des devoirs du soir relatifs à la  » crise du logement «  à ces moins que rien, peu travailleurs, que sont les copains du fougueux  » Crin Blanc « , agacé par des morsures permanentes aux jarrets du  » Roquet de Neuilly « .

Chirac ne recule devant aucune déclaration d'intention. Il connaît bien la phrase voulant que  » les promesses des hommes politiques n'engagent que ceux qui les reçoivent « . Il sait qu'elle est d'un certain Charles Pasqua. Et le bougre, en la matière, il en connaissait un rayon?

Mais je déblogue?

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