L'ETAT LIQUIDE

Thu, 13 Oct 2005 00:00:00 +0000

Nourri à la mamelle républicaine, dopé par mon passage dans le séminaire laïque de l'Ecole Normale, invité permanent à la table de la vie publique, j'ai bien du mal à digérer le positionnement actuel d'un Etat n'offrant plus aucune garantie d'équité, de loyauté et de fiabilité. La situation présente devrait préoccuper les élus de tous bords, les interpeller sur un avenir qui s'annonce catastrophique pour les fondements même du Pays. Or ils subissent, courbent l'échine, à l'image de ces députés du Tiers-Etat portant sur leur dos les fardeaux de ce qui était en 1789 la France d'en haut. Sous le fallacieux prétexte qu'il était nécessaire de décentraliser un certain nombre de responsabilités au nom de la proximité avec le citoyen, et que les collectivités locales réclamaient davantage d'indépendance, l'Etat a, peu à peu, perdu toute crédibilité.

Si l'on prend le volet des finances publiques, l'exemple donné ne peut pas servir de référence sérieuse dans la gestion. Le secret est éventé : les caisses sont vides, désespérément vides, terriblement vides. Le Trésorier Payeur Général de la Gironde a, selon des informations fiables, des fins de mois difficiles au moment d'expédier le virement des traitements des fonctionnaires dont il a la charge dans le département. Il n'a guère de marge de man?uvre pour honorer d'autres engagements. Il pare au plus pressé. Il évite des désordres sociaux dignes d'un pays sous-développé.

JAMAIS DE CREDITS REELS

Les citoyens voient, en revanche, défiler des Ministres sur leurs écrans, annonçant des mesures exceptionnelles, des augmentations potentielles, des créations de postes providentielles, des soutiens aux secteurs économiques en difficulté, des grands chantiers hypothétiques. Ce qu'ils perçoivent moins, c'est que ces annonces n'ont aucune chance d'être suivies d’effet, car il n'y aura jamais les crédits réels pour les mettre en ?uvre. A force de répéter, pour faire bien, pour épater l'électrice et l'électeur, pour se donner des allures de libérateur des contribuables opprimés, que l'on va réduire les impôts, on a fini par ruiner le sentiment d'appartenance à une communauté ayant obligatoirement besoin de ressources pour assurer ses engagements. Le mal est fait. Il sera impossible de faire machine arrière. Les mots fiscalité et impôt tétanisent les assemblées délibérantes.

La situation est tellement dramatique que, par exemple, la Préfecture répond par des courriers clairs, nets et précis, indiquant aux Maires qu'elle n'a pas les fonds pour honorer ses propres décisions d'aide aux communes. Il ne s'agit pas d'une vue de l'esprit, mais d'une incontestable réalité. Ainsi pour Créon, 28 mois après son inauguration, le Point Relais Vélo attend toujours le versement d'une subvention de 128 000 ? accordée par un arrêté du Préfet. Réponse : les crédits 2004 du Ministère du Tourisme ne sont toujours pas arrivés !

Imaginez un instant le déluge de critiques et le nombre de pages du rapport de la Cour des Comptes, si la commune devait? à l'Etat 128 000 ?. Imaginez un instant le raffut politique que provoquerait l'annonce de la cessation de paiement d'une commune ! Imaginez un instant l'appétit des médias si, deux ans après son accord, un Maire n'avait pas honoré un engagement financier de 128 000 ? à l'égard d'une entreprise ! Or là, c'est la commune qui pallie la carence de l'Etat en ayant réglé, rubis sur l'ongle, les travaux et assurant l'insolvabilité de l'un de ses partenaires. Elle n'a aucun recours à l'égard de sa tutelle. Elle doit se contenter d'un courrier administratif avouant la carence de l'Etat. Aujourd'hui c'est même le silence total sur les décisions prises sur les crédits 2005 (dotation globale d'Equipement, Dotation de Solidarité Rurale?).

Des rumeurs, des confidences permettent d'espérer une issue positive aux dossiers déposés, mais tout en sachant que les arrêtés arriveront peut-être? avant Noël et que le paiement n'interviendra qu'avec 12 à 18 mois de décalage.

COMMENT GARDER CONFIANCE?

Comment garder confiance dans le garant des principes républicains?  Comment accepter que les élus de la France d'en bas soient suspectés en permanence de ne pas présenter des budgets sincères et véritables, de ne pas être des gestionnaires parfaits, et d'être jetés en pâture à la vindicte publique? Comment peut-on admettre que la Cour des comptes diffuse des rapports assassins restant sans aucun effet sur le fonctionnement de? l'Etat alors qu'ils font chanceler des équipes municipales prises en défaut? Comment ne pas regretter que des élus d'en haut soient incapables de mettre en adéquation leurs propos et leurs actes ?

L'état peut tout se permettre car il sait que la complexité des strates occulte la lisibilité dramatiquement confuse de son? état réel. On est passé de l'Etat solide, à l'Etat  » sans liquide  » puis à l'Etat liquide et bientôt à l'Etat  » gazeux « ! De tous cotés, il se dilue dans l'atmosphère ambiante pour tenter d'échapper aux pesanteurs du quotidien qui l'étranglent.

Constater l'insalubrité d'un logement ? C'est au Maire, car la DDASS ne répond plus. Vérifier la qualité d'un assainissement non collectif ? C'est au Maire, car la DDASS ne répond plus. Ne voulant plus de contrôles, de vérifications, criant haro sur les fonctionnaires  » trop payés, inefficaces, tatillons « , une frange de la société a plongé l'autre partie dans un système inégalitaire absolu. Désormais, selon la taille de leur commune, selon les moyens financiers dont elle dispose, les citoyens ne peuvent pas attendre une égalité républicaine de traitement. La réalité dépasse tout ce que l'on craignait en matière de desengagement territorial. Chaque fois que l'Etat abandonne une part de son rôle, il fait un  » trou  » dans les principes dont il est pourtant garant, dans l'indifférence quasi-générale. C'est en effet de la politique?

Et chacun sait que les élus de la France d'en Haut ne font pas de politique : ils gèrent, eux !

Mais je déblogue?

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