TERRAIN MINE

Sat, 22 Oct 2005 00:00:00 +0000

Les journées d'information, les rencontres, les assemblées générales, les salons, les colloques, les symposiums, les congrès nationaux ou européens prolifèrent au fil des ans. Chaque semaine arrivent en Mairie des offres plus ou moins spécialisées, destinées aux élus et aux cadres des collectivités. Chacune d'entre elles se positionne dans une ville clé du territoire, mais très souvent elle se réfugie dans des espaces parisiens. Les tarifs destinés à aspirer les crédits ouverts par les  » grandes  » collectivités ne sont pas donnés. Il est vrai que les lois prévoient que les budgets publics doivent inscrire, pour la formation des élus, une ligne obligatoire qu'il faut bien, d'une manière ou une autre, dépenser.

Ces événements, plus ou moins médiatiques ont leur utilité, dans la mesure où elles permettent des prises d'information, des retours d'expérience, et souvent se révèlent profitables en terme de réflexion sur des orientations de gestion. N'empêche qu'il n'est pas humainement (et surtout financièrement, quand comme moi on se paie absolument tout, des droits d'inscription, au voyage et à l'hébergement) possible de suivre toutes les offres. Tant que l'on n'aura pas eu le courage de régler le statut des élus locaux, il faut aussi prendre en compte le fait que rares sont les  » actifs  » qui peuvent distraire sur leur emploi du temps des journées entières, consacrées à des débats plus ou moins éloignés de leurs préoccupations quotidiennes.

Ces rencontres ont, pourtant, de plus en plus de mal à faire le plein, et la concurrence devient sévère. Les Congrès n'attirent plus la foule, sauf quand il existe des enjeux électoraux forts, comme le renouvellement de leurs instances. La première réunion rassemble la foule des prétendants à un poste d'administratrice ou d'administrateur mais les autres, par la suite, laissent des fauteuils vides. Les syndicats, les mutuelles, les partis politiques, les associations connaissent ce phénomène dit de  » la carte de visite «  consistant à augmenter les lignes d'affichage d'une activité débordante sans pour autant, ensuite, justifier la délégation que l'on a reçue.

Ce type de réunion rassemble donc des habitués, qui écoutent religieusement les prises de position des? habitués des estrades. En effet, le système finit par ronronner, dans la mesure où les  » représentatifs  » sont répertoriés par les organisateurs qui leur doivent souvent leur propre statut. Le discours est convenu. Les positions stratifiées. Les temps de débat limités, car les intervenants ont souvent  » d'autres obligations  » et ils mangent tout l'espace ouvert pour traiter un sujet. L'arrivée d'un  » intrus « , d un  » empêcheur  » de discuter en rond, fait vite tache dans le milieu. On se mettra vite d'accord pour le renvoyer dans ses pénates. Le parler vrai s'accommode mal de l'irremplaçable  » Power Point « . Essayez donc de faire preuve d'imagination dans un syndicat intercommunal, et vous verrez comment vous serez accueilli par vos propres collègues, pressés de rentrer chez eux ! Alors, à l'échelle nationale, il faudrait avoir les pouvoirs de l'enchanteur Merlin pour renverser la montagne de la pensée unique.

Les Ministres en ont bien conscience, car ils ne se déplacent même plus dans ces manifestations. Si ce malheureux Raffarin, tel Charlemagne, avait voulu les transformer en missi dominici de la politique gouvernementale, il semble que  » Crin Blanc  » ait bien du mal. Par exemple, à Lille, lors du Congrès des villes cyclables, aucun d'entre eux n'a voulu aller au? charbon, pour la première fois depuis de longues années. Signe des temps, ils avaient expédié, dans la fosse  » verte  » aux lions, un  » directeur adjoint  » et une  » conseillère de cabinet « . Ces délégations sont extrêmement révélatrices d'une évolution des pratiques politiques : elles se fonctionnarisent. L'élu ne se met plus en danger. Il fait recevoir, sur les problèmes chauds, par ses  » collaboratrices ou collaborateurs  » de manière à ne pas s'exposer. Et quand il y a le moindre risque, il expédie en mission un pauvre malheureux  » punching-ball « , qui en prend plein la gueule, et justifie ainsi son salaire. Il écrira, à son retour dans son bureau, une note qui finira sa course en classement vertical !

 » Voyez ma secrétaire  » lâche le PDG pressé?  » Voyez mon cabinet  » dit le Ministre gêné. Beaucoup devraient s'inspirer d'un conseil que m'avait confié André Labarrère, Député Maire de Pau.  » Mon garçon, la technique est simple. Tu reçois tout le monde. Mais quand tu sens que tu as affaire à un cas douteux, tu lui fixes rendez-vous un matin à 6 heures. Tu verras vite s'il a véritablement besoin de te voir ou pas. En général, si c'est important, il confirme. Si c'est futile, il ne fera pas l'effort de se lever « . Le problème c'est qu'il lui fallait respecter l'engagement pris. Et, lui, il le faisait.

La démocratie s'englue dans la complexité de son propre fonctionnement. Celles et ceux qui ont en charge de la faire vivre, en maîtrisent de moins en moins les leviers, car ils ne réussissent plus à maîtriser leur principal adversaire : le temps. Ils courent d'une réunion à un Congrès, ils donnent quelques minutes à des délégations et offrent leur savoir, en quelques secondes, à la télé?Ils saupoudrent leur présence. Ils comptent sur le système médiatique pour décupler leur présence sur ce fameux  » terrain « , où ils descendent sur la pointe des pieds. Enfin pas tous !

Il paraît, selon le Canard Enchainé (ma lecture favorite), que Dame Bernadette de Corrèze a été obligée de tirer par la manche le Ministre des Transports sur ses terres, afin qu'il lui accorde des aides pour la construction d'une gare TGV, essentielle aux liaisons européennes à Brive. Mieux, elle a réussi, elle, modeste Conseillère générale, à déplacer le Commissaire européen Jacques Barrot, pour qu'il annonce qu'il trouverait les crédits refusés à la Bordeaux-Pau, ou à la LGV structurante de Bordeaux vers l'Espagne. Comme quoi, quand ils le veulent, les Ministres sont présents sur le terrain auprès des élus locaux?

C'est pour ça, comme l'écrirait, avec son humour quotidien si rafraîchissant, Christian Seguin, dans Sud-Ouest, que?  » Rien n'est perdu « .

Je suis certain que l'exemple venant de la France d'en Haut, la brillante descente dans une ANPE sur Lyon de Droopy, fera école. Lui qui s'est préoccupé de savoir s'il fallait qu'une aide ménagère sache  » repasser deux chemises en 20 minutes  » a, une fois encore, montré le chemin de la proximité avec le Peuple. Les Ministres n'ont plus qu'à bien se tenir?et à retrouver, au minimum, le chemin des Congrès.

Mais je déblogue?

 

 

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