JE SUIS MALADE

Mon, 24 Oct 2005 00:00:00 +0000

Avez-vous, une fois au moins, ressenti le désarroi de l'homme actif malade ? Ce soir, je suis prostré sur le canapé, enveloppé dans une couverture, incapable de penser, avec une tête ressemblant à une  » coucourde  » d'Halloween pleine de sorcières turbulentes. Rien de bien grave, mais un moral en berne, une soirée qui s'éternise, durant laquelle tout paraît inutile. Et des idées noires qui me traversent l'esprit. Par les temps qui courent, toute alerte bénigne génère la peur d'un mal plus implacable. Même si la raison l'emporte, on pense à des lendemains qui déchanteraient, on craint que l'ordinaire dissimule en fait une épreuve que l'on n'est pas prêt à affronter.

Je suis rentré de Lille dans un TGV en retard (quand ne le sont-ils pas ?), pour filer à Paillet participer à un débat sur  » Internet et Démocratie « . Dur, dur, très dur de faire bonne figure jusque vers 18 heures, alors que je souffrais et qu'il me tardait de me réfugier chez moi. J'ai tenu, mais après avoir frôlé le renoncement à plusieurs reprises. En arrivant, je n'ai pu m'empêcher de penser que j'étais un peu « dérangé » mentalement pour m’imposer pareille épreuve.

L'homme actif hait la maladie ordinaire. Il ne comprend pas les raisons qui font que, de temps à autres, il se retrouve en situation de faiblesse. Lui qui doit sans cesse donner le change, effacer ses propres problèmes derrière un dynamisme permanent, absorber les tourments des autres, il ne supporte pas d'être obligé d'annoncer qu'il baisse pavillon devant un  » bobo  » commun. La peur d'être accusé d'être un tire au flanc, un  » faible « , un  » fragile  » perce inévitablement dans les pensées. Elle conditionne la volonté de répondre aux engagements pris et la décuple. J'ai la trouille d'annoncer que je ne peux pas répondre à l'attente des autres.

L'homme actif, qu'il soit élu ou non, véhicule une certaine idée sociale. Il se doit de résister à tout. D'ailleurs, c'est ce que François Mitterrand a démontré, avec une force tranquille exceptionnelle, durant ses deux mandats. Il a su, au prix d'efforts dont j'imagine aisément l'exigence, ne jamais craquer.

Je me suis souvent posé la question de savoir comment il avait pu, chaque jour, ou presque, puiser dans un corps rongé par le cancer, l'énergie nécessaire pour tenir dans toutes les tempêtes. Le goût immodéré du pouvoir, le désir d'entrer dans l'Histoire, la farouche obsession de ne pas donner à ses adversaires un occasion de le croire en position de faiblesse, l'ont sûrement aidé. Quel que soit l'opinion que l'on ait sur le Chef de l'Etat qu'il fut, il faut reconnaître le caractère exceptionnel de cet homme.

Je suis là, inutile, cerné pas les couvertures amoncelées par mon épouse. Je n'aurais pas l'indigne prétention de me comparer à François Mitterrand car ce serait d'une vanité sans nom, mais je suis obligé de constater combien il est difficile d'être à la hauteur quand vous n'avez pas l'intégralité de vos moyens physiques. Les responsabilités, quel que soit leur niveau, ne souffrent plus la moindre faiblesse.

La vie personnelle devient accessoire. Elle meurt dès qu'apparaît la notion d'engagement souscrit auprès des autres. En voulant parfois la mettre en avant, certains hommes politiques se brûlent les ailes. Ils apprennent, à leurs dépens, que si elle véhicule la proximité populaire elle peut aussi causer des ravages dans l'exercice de fonctions décisionnelles.

Je suis banalement malade. Je suis certain que vous n’en avez rien à cirer. Lundi en ouvrant les yeux je chercherai à savoir si je suis en mesure de faire face aux rendez-vous inscrits sur mon agenda? Si tel est le cas, je m'efforcerai de ne rien montrer. Si je suis obligé de rester blotti dans mes couvertures, j'irai voir mon toubib favori.  » C'est un virus. Attends que ça passe me dira-t-il. Prends du recul? Apprends à dire non, et pense un peu aux tiens?  » Son ordonnance ne variera guère. Elle tentera de me détourner de ce que je considère comme un devoir. Je l'écouterai, désolé qu'il n'ait pas un médicament miracle contre la culpabilité de ne pas en faire assez.

L'Humanisme ne reposant que sur le doute permanent de soi, je tenterai, une fois encore, de concilier, par tâtonnement, mes aspirations de service des autres, et les limites de ma forme physique. En plein doute sur la validité de ma démarche, j'attendrai des jours meilleurs.

Mais je déblogue?

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