TOUS DES PARASITES

Tue, 25 Oct 2005 00:00:00 +0000

Si j'en crois un entrefilet de Sud-Ouest de ce jour, il paraît que Maurice Druon a fait un tabac lors du rassemblement girondin des amis du  » Roquet de Neuilly « . Il aurait été ovationné pour cette phrase digne d'un Académicien français sachant ce que chaque mot veut dire :  » Je préfère que l'aide de l'Etat aille à ceux qui travaillent plutôt qu'aux parasites qui ne travaillent pas « . Avouez que, pour l'auteur des  » Grandes Familles « , ce moment de lucidité a de quoi enthousiasmer toutes les Françaises et tous les Français rêvant d'une véritable remise au pas d'un pays laxiste. On peut même se demander si Le Pen ou de Villiers, auraient osé pareille profession de foi devant leurs ouailles, tant elle constitue un résumé costaud d'un programme électoral présidentiel. Il n'y manque que le qualificatif   » étrangers  » après  » parasites  » pour couvrir tout le champ des concepts idéologiques de l'extrême droite, et en faire un slogan de campagne. Maurice Druon a un esprit de synthèse que peu de ses collègues Ministres de la Culture ont eu avant lui?

Certes, il est toujours possible de chercher des excuses à un homme de 87 ans, usé par le travail, et que le  » Ministre du culte de sa personnalité  » avait sorti d'une  » retraite dorée de parasite  » pour renouer avec les fondements du Gaullisme. Celui qui a écrit, avec son oncle Joseph Kessel, le  » Chant des Partisans  » ne peut pourtant pas ignorer le poids des mots et le caractère dramatique des clichés.

Mieux, l'ex secrétaire perpétuel de l'Académie française est payé (au fait renseignez vous sur l'indemnité que touche un académicien et vous aurez une idée exacte du sens du mot  » parasite « ) pour définir exactement ce que le dictionnaire portera comme référence pour les amoureux de la langue française. Il proposera, quand la docte assemblée, en sera rendue au débat sur la définition de cet  » état méprisant « , les éléments de réflexion suivants :  » sorte de Française ou de Français que la société a exclu du monde du travail  » ou  » Française ou Français inscrit dans un plan social en raison de la délocalisation de son entreprise porteuse  » ou  » jeune avec diplôme, recherchant un job de 2 ans sans garantie d'avenir  » ou  » quinquagénaire oublié de tous, et trop âgé pour avoir encore un avenir « . Mieux, il pourra ajouter, plus intellectuel que jamais,  » personne en état de dépendance à l'égard du système social « . Je suis certain que, vu l'âge et les positions progressistes de ses potes académicien(ne)s, il n'aura aucun mal à imposer ses visions du parasitisme (Giscard y fait figure de gauchiste, quand il daigne venir, dans le Palais du Quai de Conti).

Maurice Druon lui, n'a jamais appartenu à ces  » hommes qui vivent dans l'oisiveté, aux dépens des autres, de la société  » selon le Petit Larousse. Il n'a été que Ministre des Affaires culturelles et plus ou moins payé pour siéger dans divers pseudos parlements européens, mais on sait que, dans ces fonctions là, on ne parasite pas le système social. Loin s'en faut. D'ailleurs vous pouvez être certains que sa retraite actuelle est celle d'un homme qui a beaucoup travaillé.

Heureux parcours que le sien, qui ne l'a jamais obligé d'aller aux Restaurants du C?ur, d'attendre un colis de la Banque alimentaire, de courir après des annonces d'emplois, de compter et recompter sa note du supermarché en cherchant comment faire la semaine prochaine pour survivre. Les parasites de la France d'en haut n'ont pas forcement la même vision que ceux qui luttent sans chauffage, sans électricité et dans des logements d'un autre âge. Elle peut s'offrir la satisfaction des effets de tribune, des déclarations académiques, car elle sait que cela ne changera rien à son quotidien.  » Il n’y a d’intérêt à vivre que si on se dévoue pour des choses qui vous dépassent. Ne se consacrer qu’à sa propre personne serait terriblement décevant. «  a écrit ce grand homme politique qu'est Maurice Druon. Dommage qu'il l'ait oublié. Lui qui a beaucoup traité de ces parasites cruels et cyniques que furent les  » Rois Maudits « , n'a pas retenu la leçon d'une Histoire qui l'a grassement fait vivre. Il aurait bien mieux fait de lire, à la tribune girondine de l'UMP, le premier couplet du Chant des Partisans, dont il aurait imaginé une part des paroles en 1943 :

Ami entends-tu
Le vol noir des corbeaux
Sur nos plaines.
Ami entends-tu
Les cris sourds du pays
Qu’on enchaîne,
Ohé partisans
Ouvriers et paysans
C’est l’alarme!

Parasites de tous les pays, si vous ne voulez pas être expédiés au Service du Travail Obligatoire, il va falloir que vous ne laissiez plus passer des propos pareils sans réaction. Les corbeaux planent au-dessus des plaines, des banlieues, des usines, des bureaux. C'est l'alarme, car ce n'est pas parce que les Roquets aboient que vous êtes bien gardés. La preuve.

Mais je déblogue?

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