GOUTTE A GOUTTE

Sun, 27 Nov 2005 07:17:00 +0000

La France n'a jamais réellement justifié son image de pays des droits de l'Homme et du Citoyen. Elle vit sur une apparence historique, idéalisée par ses livres d'histoire. La Révolution de 1789, sensée lui avoir conféré ce label prestigieux, avait été menée par une poignée de bourgeois éclairés, mais n'a jamais rencontré une véritable adhésion populaire autre que celle du spectacle donné par des exécutions publiques. L'écrire relève de l'hérésie, mais tant pis !

L'épisode de l'affaire Dreyfus, les relents peu glorieux des années 30, la réalité de la collaboration durant la seconde guerre mondiale, les événements douloureux liés à la décolonisation, ne plaident guère en faveur d'une terre d'où serait exempt le racisme sous toutes ses formes. Il est rampant, dissimulé, plus souvent honteux qu'arrogant, parfois bien pensant ou malheureusement vulgaire?mais il est bien réel. Il entre dans les gênes civiques de certains de nos concitoyens, prompts à se souder autour d'une ennemi commun. Héritage des guerres ?

 UN MOUVEMENT SOUTERRAIN.- Les récents événements dans les banlieues ont vite redonné des forces à ce mouvement souterrain. Les coupables ont vite été trouvés, et hâtivement désignés. Le mal est fait. Il sera irréparable. Il suffit d'écouter, de ne pas s'abandonner à un angélisme réconfortant, pour constater que certains faits indiscutables ont servi à des généralisations pour le moins populistes. Tout ce qui s'est passé a, plus ou moins ouvertement, été mis sur le dos des immigrés, ou des Français dont les parents ou grands parents étaient venus d'ailleurs. Il suffirait pourtant de publier les statistiques des condamnations réellement prononcées, pour vérifier que certains propos ne sont qu'électoralistes. Ceux qui ne courent pas assez vite ne sont pas tous immigrés. Mais comment lutter contre cette imprégnation constante ? Comment ramener à la raison un Peuple qui se croit assiégé, envahi, perdu, colonisé ? Comment gommer des images lancinantes ? Comment croire que le calme est revenu définitivement ? Ecoutez autour de vous. Au bureau, au bistrot, dans les réunions institutionnelles, dans les repas de famille, et dites-moi franchement si vous constatez que la tolérance est remontée d'un cran, en cette année du centenaire de la Loi de 1905. Nicolas, Paul, Stéphane Sárközy de Nagy-Bocsa, dit Nicolas Sarkozy, portera une lourde responsabilité dans cette nouvelle poussée d'une haine sournoise, dont on ne mesurera l'importance que dans les urnes. Les manipulations extrémistes ont existé, prenant en otage un Peuple affolé par les comptes-rendus qui en ont été faits. Ces incitations extérieures à l'émeute ne sont que la résultante des encouragements donnés par le Roquet de Neuilly, avec ses déclarations répétées en faveur du communautarisme. Toute organisation élective compétitive génère des rivalités du  » toujours plus « , et ce n'est pas l'exemple du mouvement syndical qui en fournira un démenti. En organisant le religieux, le Roquet a ouvert les portes du pouvoir clanique, forme élaborée de l'intolérance absolue. On en a payé la première note.

UTILISATION DU NOUVEAU RESEAU.- L'illustration incontestable de ce phénomène de la croissance du chiendent du racisme sur le terreau social, se trouve dans le milieu des blogs. Les médias, qui ne cherchent plus qu'à colporter l'opinion dominante, se sont ainsi rués, avec délectation, sur l'utilisation de ce nouveau réseau de communication, pour des  » appels aux rassemblements dangereux  dans Paris « . Les journalistes en ont écrit des lignes et des lignes, la radio a pratiqué la propagation des ondes affolantes, les télés ont relayé la théorie du complot d'internautes expérimentés. Ils ne devaient pas être très malins, ces comploteurs de l'insurrection urbaine, quand on sait que des techniques simples permettent d'identifier tout émetteur de message sur Internet. Ils ont d'ailleurs vite été sanctionnés et interpellés. Pas très rusés, ils ont replié leurs claviers et leurs blogs amateurs.

En revanche, je vous invite à rechercher sur votre ordinateur le site over-blog.com et, dans la colonne de droite répertoriant toutes les rubriques offertes aux blogueurs, d'entrer dans celle intitulée politique. Vous découvrirez qu'en exactement 45 jours d'existence un blog ouvertement  » frontiste  » et  » nationaliste  » a pulvérisé tous les autres. Il est en tête du référencement, et avance à une allure vertigineuse vers des records d'audience. Est-ce véritablement un hasard ? N'est-ce point révélateur de la tendance actuelle? Aucun journaliste ne s'en émeut. Aucune mesure n'est prise à l'encontre de cette parution, jugée en conformité avec la liberté d'expression.

Eux, les adhérent(e)s du FN, connaissent les limites à ne pas franchir. Ils sont suffisamment habiles pour distiller allègrement le poison de la haine sans pouvoir être sanctionnés. Nicolas, Paul, Stéphane Sárközy de Nagy-Bocsa, dit Nicolas Sarkozy, ne doit pas avoir sur son bureau de la Place Beauveau (où, çà c'est un secret capital, un couple s'est reformé) de rapport sur ce type de pratiques. Les renseignements généraux n'ont pas dû faire le même constat que moi. Ils ne voient pas l'explosion sur Internet de sites ou de blogs nationalistes  » softs «  exploitant le moindre phénomène (le site en cause parle, par exemple, de l'affaire Samir Nasseri d'une façon honteuse). Ils guettent les maladroits qui crient trop fort leur révolte, car ils savent que, dans le fond, les autres travaillent pour le Patron.

 SONDAGES FACTICES.- Les sondages n'évoquent que la réalité souhaitée par le payeur. D'ailleurs ce dernier aura la possibilité de ne diffuser que les éléments utiles à son image, à ses idées ou à son avenir. Sur le racisme, tout le monde sait que le non-dit constitue le socle de son développement. Personne en France n'est antisémite,  » pourchasseur  » d'arabes, ou  » repousseur  » d'Africains. On ne l'avoue que rarement à haute voix, mais on l'instille de manière discrète avec une blague, une allusion dans le genre  » je ne le pense pas, mais quand même? « , un commentaire anonyme, une remarque désobligeante, un regard méprisant, un refus impoli, un désintérêt persistant.

Le goutte à goutte des mots nourrit les idées les plus sombres. Les jardiniers de la haine cueillent ensuite les épis sans trop d'efforts. Ils ont mis en route les moissonneuses batteuses?

Mais je déblogue?

 

 

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