SIX MOIS DEJA

Wed, 30 Nov 2005 07:17:00 +0000

Six mois. Six mois hier. Six mois que le Peuple de France a dit  » Non «  au traité constitutionnel. Six mois où aucun cataclysme politique ne s'est produit. Six mois que les augures prévoyaient pourtant  comme catastrophiques pour une France qui serait mise au ban de l’Europe. Six mois sans apparition d'un plan B ou d'un quelconque séisme dans le fonctionnement totalement antisocial d'une Europe des marchands.

Six mois durant lesquels rien n'a disparu, mais où rien de plus fort, de plus motivant, de plus citoyen n’a émergé. Six mois dont on ne peut pas dire qu'ils resteront dans l'histoire de l'Europe. Six mois au cours desquels Tony Blair, le moins européen de tous les sociaux-démocrates, n'a pas su ou pas voulu bâtir une budget européen pour aller vers 2013. Six mois qui ont permis à Bolkenstein de se refaire une santé et de revenir sur le devant de la scène.

Six mois de regrets, de lamentations, de crispations, parfois d'invectives, à l'égard de ces électrices et de ces électeurs, réputés  » idiots  » et  » manipulés  » par des sociaux traîtres.  Six mois insuffisants pour tenter de sanctionner, punir, diminuer, enterrer les élus ayant préféré leur conscience aux consignes. Six mois dévolus au Parti socialiste pour qu'il admette enfin, du bout des lèvres, sur une motion alambiquée de synthèse, le verdict des urnes.

Six mois que l'on a déjà oubliés?Six mois où je me dis que j’a eu raison d’appeler à voter Non!

L'OUVRAGE SUR LE METIER.- Il y a six mois les défenseurs du traité constitutionnel réfutaient, avec une ardeur souvent méprisante, les arguments de celles et ceux qui ne voyaient aucun avenir réel dans un pensum indigeste et libéral. Ils n'ont pourtant jamais tenté de remettre l'ouvrage sur le métier, se contentant de hurler à la trahison comme si, dans le fond, ils étaient soulagés de ne pas avoir à rebâtir un texte abscons, bourré de traquenards sociaux, ouvrant les vannes d'une concurrence dévastatrice. L'Europe élargie ressemble de plus en plus au boa qui a englouti une proie trop grosse pour lui. Elle est déformée, gonflée, boursouflée et il lui faudra probablement plus de six mois pour  » digérer  » ce qui devait la  » nourrir  » et lui redonner vigueur.

Depuis six mois, l'Allemagne a revu ses ambitions, en inventant la cohabitation forcée, ce qui ne devrait pas renforcer sa capacité à dessiner de grands projets. La Pologne s'est ancrée dans le libéral conservatisme le plus orthodoxe. L'Italie, entrée en période électorale, dont on sait qu'elle sera peu propice au soutien des initiatives, ne poussera pas la révolution sociale. La France vient de  » prendre feu  » sous l'?il inquiet de ses voisins. L'Angleterre se révèle incapable de fédérer, par dogmatisme, les forces dont a besoin l'Europe pour exister via un budget.

Dans quelques semaines, le bilan de Tony Blair ne sera guère reluisant. Il entreprend, cette semaine, une tournée des capitales de l’Est européen pour convaincre les chefs de gouvernement d’Estonie, de Lituanie, de Lettonie, de Hongrie, de la République tchèque, de Slovaquie et de Pologne du bien-fondé de son propos. Il va chercher du renfort pour des coupes drastiques dans les fonds structurels parmi les plus démunis, parmi ceux qui sont les plus éloignés du mieux disant social, parmi ceux qui ne peuvent qu'accepter la mise en ?uvre d'un budget au rabais pour essayer de récupérer quelques miettes. Il aura bien du mal à les convaincre, puisque ces Etats, ardents défenseurs du traité, espéraient bien que justement les fonds structurels les aideraient à relancer leurs économies par de gros chantiers d'infrastructures?

Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg, épinglait même récemment, en termes vigoureux, l'absence de détermination visible de Blair de sortir « le bloc des 25 de la crise profonde » dans laquelle il est plongé. Qu'aurait pu améliorer ce  » fabuleux  » traité dans ce contexte sinistré et balkanisé ?

L'Autriche prendra la présidence début 2006. Le problème de la perméabilité des frontières de l'UE constituera l'obsession première de ce pays, dans lequel l'extrême droite joue un rôle politique de premier plan. Il n'est pas sûr que le social soit de retour dans les débats?et le traité passera aux oubliettes de l'histoire.

 

TOUJOURS PLUS D'ANGOISSE.-  Six mois plus tard, jour pur jour, il demeure le vote d'un Peuple. Le 29 mai reste un instant exceptionnel de vie citoyenne, avec un taux de participation que l'on n’espérait plus. Peu importe dans le fond l'issue de la consultation. Ce qui aura été le plus important s'est situé dans la résistance des électrices et des électeurs à une pression médiatique, exercée par une classe politique se réfugiant derrière un principe malsain :  » Faites nous confiance. On s'occupe de tout? Dormez, dormez, vous ne risquez rien?Laissez nous tranquille vous n'avez rien compris? « .

Six mois sont passés, mais la confiance n'est pas de retour. Les sondages se multiplient, ils ne traduisent que des réactions factuelles à des événements grossis par le rabâchage télévisuel. Mais aucun ne reflète la réalité du terrain, faite d'encore plus d'angoisse de l'avenir. La peur conduit à rejeter, à haïr l'autre, sous toutes ses formes, et je crains que les « trous » dans le concept européen soient irrémédiables.

Tant que l'Europe apparaîtra comme un espace de profits baladeurs, de régression sociale, de restructurations sauvages, de destruction du réseau des services publics, de champ de bataille pour une concurrence effrénée, de citoyenneté détournée, de marchandages politico-budgétaires?elle ne reprendra pas une place de choix dans l'avenir des gens humbles.

Le quotidien devient tellement du
r qu'il n'y a plus de place pour des rêves trop lointains. Et ce n'est pas une caste politique, réputée savante, agressive, vexée par son échec, ressassant, depuis six mois, sa désillusion d'avoir été privée de  » son  » Europe qui relancera la dynamique.

Mais je déblogue?

 

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