CENTENAIRE EN PERIL

Mon, 05 Dec 2005 07:17:00 +0000

Peut-on avoir cent ans et être d'un modernisme exceptionnel ? En général, le siècle use les plus coriaces des principes et finit, tôt ou tard, par les mettre à bas. Ainsi, un excellent téléfilm diffusé vendredi sur France 3, à une heure spécialement choisie pour que le moins de monde puisse le voir, refaisait l'histoire de cette fameuse loi promulguée le 9 décembre 1905. Inspirée des débats retranscrits mot à mot dans les archives du Parlement, cette ?uvre aurait dû être projetée au Congrès du Mans car il aurait permis à bon nombre des militants présents de constater le rôle qu'avaient joué des hommes politiques porteurs d'un idéal fort. Les dialogues, extraits de leurs véritables propos, avaient une résonance particulière, en cette période où la laïcité devient un sujet à la mode. Aristide Briand avait habilement arraché un vote positif de? synthèse effectuant la séparation de principe de l'église et de l'Etat.

Cet  » exploit  » ne lui vaudra pas d'entrer dans l'Histoire, contrairement à Emile Combes qui s'y installera comme le porteur d'un projet fortement anticlérical. Or  » le petit père Combes  » refusait une loi qui n'avait jamais été dirigée contre les croyants, mais qui protégeait les non-croyants. Elle leur offrait la possibilité de ne pas collaborer au financement de cultes dont ils ne partageaient pas les convictions. Et c'était la première fois que l'athéisme trouvait sa place sur le territoire de la fille aînée de l'église. En opposant la République et la Religion, au début du siècle précédent, on avait réussi à créer une fausse fracture, opposant Dieu et les Hommes.

LE TEMPS PRESSE.-
Désormais, la situation est encore plus compliquée à gérer puisqu’en 1905. Alors, la question ne concernait que deux entités religieuses encore peu proches : catholiques et protestants. Il faut maintenant ajouter au débat les Musulmans, les Bouddhistes, les différentes branches des églises venues d'Outre Atlantique et des sectes à la marge. Il faut, en effet, rappeler que la loi confie aux collectivités locales la propriété des édifices dévolus au culte, et donc les dépenses afférentes à leur entretien, sur la base d'un texte séculaire.

Les budgets communaux, du Conseil général, du Conseil régional et? de l'Etat ont, depuis un siècle,  » préservé les églises qui ont été classées totalement ou partiellement  » par les Monuments historiques, comme étant dignes du patrimoine national. Cette astuce a évité que l'on ait à se pencher, durant des décennies, sur la construction de nouveaux lieux de culte, et que l'on se posât la question de la nécessité de ces dépenses pour la pratique religieuse.

Mais désormais, le temps presse, car L'Etat, ayant de plus en plus recours au religieux pour régler ses problèmes de société, devra donner des gages aux porteurs des différents intervenants. Le dernier exemple en date est venu de la crise des banlieues. En appelant la religion au secours, on a légitimé sa présence dans le système social. A quand la reconnaissance des méthodes de l'Eglise de Scientologie comme remèdes à l'incivilité des jeunes ? Compte tenu de sa puissance financière et politique, elle pourrait bien influer sur les événements en préparation.

Une étude menée à Marseille, il y a une vingtaine d'années, avait amplement démontré que, dans les quartiers populaires où la laïcité avait sombré, l'influence du Front National avait rapidement grandi en réaction à la montée du communautarisme. Les amicales laïques, les clubs sportifs, issus de l'implication des enseignants, les maisons des jeunes, abandonnés par les représentants d'une société  » civile « , motivés, ont laissé un vide que des amicales communautaires, des clubs communautaires ou des lieux de culte divers ont aussitôt récupéré.

Quand, dans les années Cinquante, toute la France s'esclaffait dans des salles de cinéma surpeuplées en suivant le duel entre Don Camillo et Giuseppe Botazzi, dit Peppone, elle jubilait d'avoir dépassé ces querelles d'une autre époque. Elle exorcisait, par l'humour, ses démons intérieurs encore latents?

CHUTE EN CASCADE.- 
La séparation de l'Eglise et de l'Etat  » consacrait  » un pays laïque. Les auteurs de la loi ne savaient pas qu'elle devrait un jour avoir une valeur plus large qu'une sombre bagarre entre Francs-maçons et Papauté. S'attaquer à son contenu provoquerait la chute en cascade de plusieurs problèmes républicains. Un peu comme la tombée du premier domino d'un jeu savamment installé sur une table. Peut-être faut-il rappeler que le fameux traité constitutionnel européen a longtemps hésité sur la référence au christianisme comme principe européen?Que l'on débat férocement de l'entrée de la Turquie dans le giron des 25 autres pays alors qu'elle a pourtant une Constitution laïque?Que la  » marchandisation  » de l'école appartient aux options potentielles de l’OMC?

La tendance à ringardiser toute référence à la laïcité, qui serait une valeur tout juste bonne à accoler au portrait poussiéreux des Hussards noirs d'une République oubliée, se répand dans la bonne société. On en discute l'efficacité. On en déplore l'agressivité (alors que, par définition, c'est exactement le contraire). On craint qu'elle ne ravive de vieilles cicatrices. Alors, à gauche, on se contente de souffler, de loin, 100 bougies. A droite on hésite à se lancer dans la mise à mort de la centenaire.

Sauf si la tactique du Roquet de Neuilly consiste à donner des gages à quelques groupes de pression ultra religieux, et à redire sa volonté de  » prendre en compte la seconde religion de France « . Y-a-t-il d'ailleurs véritablement séparation des religions et de l'Etat quand le Ministre de l'Intérieur responsable des cultes s'exprime ?

Concrètement, Sarkozy suggère en effet dans un livre récent, d’autoriser le financement public des lieux de culte. Il propose de « réfléchir à la possibilité pour l’Etat et les collectivités locales de garantir les emprunts pour la construction d’édifices religieux » ou « d’instaurer des avantages fiscaux plus importants » pour les fidèles qui participent au financement des cultes.

Il est même revenu à la charge
tout récemment, après la crise des banlieues. « Je ne demande pas une remise en cause de la loi de 1905, je pose simplement quelques questions », expliquait le ministre de l’Intérieur le 24 novembre dernier, lors d’un débat avec Mgr Gérard Defois, archevêque de Lille. L’hôte de la place Beauvau a notamment évoqué la possibilité pour les maires de participer au financement des lieux de culte. Tiens donc, encore le coup de la patate chaude? Aux Maires de se débrouiller avec leurs électrices et leurs électeurs. Vous avez dit centenaire de la loi de 1905 ??

Mais je déblogue?

 

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