100 NEUF

Mon, 12 Dec 2005 06:47:00 +0000

Normalement, si je respectais les traditions désormais institutionnalisées de la presse française, je devrais, aujourd'hui, vous offrir un CD, vous proposer un supplément gratuit, vous inviter à gratter sur l'écran pour savoir si vous avez gagné un séjour pour 2 personnes à Trifouillis-les-Oies? En effet, l'écrit  » payant  » s'est lancé dans une  » course à l'accessoire «  pour tenter de survivre. Si l'on se souvient que c'est le magazine de la presse communiste,  » Pif « , qui se spécialisa dans la mode du gadget, on a une idée de l'issue fatale attendant les journaux basant leur développement sur tout autre chose que l'info de proximité. Vous n'aurez rien en ouvrant cet article? à part la satisfaction d'avoir été une actrice ou un acteur privilégié de l'émergence de ce qui reste une aventure individuelle.

Ce blog est pourtant le centième de l'histoire de l'AUTRE QUOTIDIEN. Il entre donc dans mon histoire personnelle, car il me rassure sur ma capacité à tenir un engagement exigeant : écrire chaque jour un texte sur un événement ou une réalité rencontrée ou apprise dans ma vie de Maire. Pas facile, car je connais la difficulté de durer quand il s'agit de s'exprimer longuement et quotidiennement (je sais, on me reproche d'être justement trop long !). Depuis le 1° septembre en effet, pas un seul matin, la boite aux lettres des lectrices et lecteurs n'a été vide. Ni mon directeur de la rédaction, ni mon chef de service, ni le Syndicat du Livre n'ont pesé sur l'envoi de mes chroniques. Elles sont même, parfois, un peu trop  » brutes de décoffrage « , car je n'ai pas toujours les idées claires en cours de nuit, et j'en ai conscience. Mais elles ont, au moins, pour moi, un intérêt primordial : elles ne doivent rien à personne, et me donnent le sentiment, jamais connu antérieurement, en 20 ans d'écriture plus ou moins professionnelle de journaliste, de jouir enfin d'une liberté absolue. En partant, parmi les premiers élus girondins de base, sur la rédaction d'un blog, je suis entré dans un monde en construction, dans une immense toile solidaire, libérée pour l'instant de tout intermédiaire déformateur. Le risque est réel, et je commence à le mesurer. Mais je l'assume avec bonheur.

IRREVERSIBILITE DE CETTE REVOLUTION.-
Hier matin, comme d'ailleurs très souvent, Jean Claude Guillebaud, dans ce qui pourrait être un excellent blog, dans Sud Ouest Dimanche, évoque avec talent l'évolution médiatique.  » Sur Internet, comme on le sait, la pratique des blogs – ces réflexions journalières offertes à tous – se développe à une vitesse prodigieuse. Les hommes politiques, les intellectuels, s'y sont mis, comme les simples citoyens. Cette parole qui surgit est en train de révolutionner de fond en comble les techniques de communication entre les hommes. Elle menace directement les médias traditionnels. Elle nous aide surtout à mieux comprendre l'intensité de cette révolution numérique que nous vivons depuis une quinzaine d'années. L'émergence des blogs nous prouve, s'il en était besoin, l'irréversibilité de cette révolution là. Elle désigne également à notre attention l'utopie formidable dont l'événement se trouve porteur ». Cette analyse, après ma première centaine de textes publiés, me paraît d'une justesse absolue tant j'étais loin d'imaginer l'impact de ce réseau dans lequel, il faut aussi le reconnaître, on trouve tout et n'importe quoi. Car tout n'est pas parfait dans cette explosion d'une envie exceptionnelle de communiquer directement entre citoyens, sans trop se soucier des convenances habituelles.

MEFIANCE A L'EGARD DU SYSTEME.-
Pour moi, il s'agit d'abord, pour beaucoup de blogueurs, d'exprimer une certaine méfiance à l'égard du système médiatique actuel, et notamment vis à vis de la télévision. Le référendum sur le traité constitutionnel européen n'a pas arrangé les choses dans ce rapport de confiance. Il a même révélé la force que pouvait représenter la synergie des blogs dans une campagne électorale. L'échange d'informations, de textes, de commentaires sur le Traité a, pour la première fois, mis à bas l'opinion dominante portée avec partialité par la quasi totalité des journalistes « institutionnels » influents. En se maquillant avant d'entrer sur le plateau de leurs émissions, ou en se rasant devant la glace de leur salle de bains, ils devraient méditer sur ce phénomène, car leur avenir va aller en s'amenuisant, coincés qu'ils vont être entre une télé réalité, réputée débarrassée de tout médium, et une avalanche non maîtrisée de rivaux, au moins aussi capables qu'eux de diffuser leurs arguments, sans passer par leur  » cour « .

Les hommes politiques, les intellectuels, et bientôt les candidats potentiels à toutes les élections, vont exploiter l'indépendance que leur donne le blog. Avec de solides moyens techniques, quelques  » nègres plumitifs  » robustes, ils prendront peu à peu leurs distances, afin d'éviter les pièges, comme le dit fort bien Jean Claude Guillebaud  » du Monsieur qui cause dans le poste « . Mieux, à terme ils n'auront plus besoin de distributeurs de tracts, de colleurs d'affiches, de réunions de campagne. C'est totalement dépassé : il leur faudra des blogs, des dizaines de blogueurs masqués et des  » chats « ? Et tout l'art de la politique résidera dans la capacité à se constituer un réseau, pour être présent partout sur la toile.

SUICIDE PAR ORGUEIL.-
Les journaux nationaux (France Soir vient de l'illustrer, Libé va suivre, L'Huma ne tardera pas, et Le Monde à intérêt à se méfier) seront les futures premières victimes de cette mutation, car en abandonnant le reportage, l'enquête, l'analyse, pour se consacrer au commentaire, éloigné de leur lectorat potentiel, ils se suicident par orgueil mal placé. Devenus capables de maîtriser leur propre vision de l'information, et de la diffuser sans qu'il leur en coûte, leurs lectrices et leurs lecteurs vont progressivement les abandonner pour aller quérir l'essentiel sur le net. En refusant de diffuser une autre opinion que l’opinion dominante de leur lectorat, ils perdent toute crédibilité.

Il restera au capitalisme américain (surtout), européen (partiellement), et français (tardivement), à inventer le système de contrôle financier de cette n
ouvelle manière de communiquer.
On a bien vu ce qui est arrivé à la belle idée des  » radios libres  » et des  » télés locales « . Leur concept citoyen a vite été récupéré, organisé, réglementé, et finalement confisqué, par des nouveaux riches (voir la cote de l'action du groupe NRJ).

J'étais déjà de l'aventure de  » Radio 100  » créée en 1982, de  » Bordeaux Actualités  » créé en 1981. Elles se sont terminées par des disparitions, faute de financements durables. Ne vous inquiétez donc pas : à droite, ils trouveront bien le moyen de museler les blogs?  » Voilà bien une bagarre nouvelle offerte aux citoyens, un front prioritaire qui renvoient nos papotages électoraux à leur désuète vanité «  concluait Jean-Claude Guillebaud dans sa chronique de SOD. Je suis certain que les enjeux n'échapperont pas au PS ou à d’autres ? N’est-ce pas Sarko, De Villepin, Le Pen, De Villiers?

Mais je déblogue?

 

 

 

 

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