BOVE ENTRE LES ORS ET LA PRISON

Que n’ai-je entendu sur José Bové ! Tout et n’importe quoi. Il a forcément été accusé de tous les maux pour avoir, à de multiples reprises, conduit des combats jugés par l’opinion dominante comme importants mais lui ayant valu les pires ennuis avec la justice institutionnelle. José Bové avec lequel j’avais débattu il y a maintenant plus de 7 ans sur les premières plantations de maïs en plein champ faites tout le monde l’a oublié à Créon, a eu surtout le tort d’être, comme bien d’autres, un exploiteur avisé du système médiatique.

C’est cette habileté, bien plus que les idées qu’il défend, qui lui ont valu durant plus de deux décennie la hargne des systèmes institutionnels. Il a toujours su alimenter cette  » bête  » affamée d’inédit que restent les médias. Et ça les syndicats  » maison  » ne lui pardonneront jamais. Que ce soit sur la mondialisation de l’agriculture, sur la notion de profit, sur les cultures transgéniques, il a eu une longueur d’avance faisant de la désobéissance civile une arme redoutable lorsqu’elle était reliée par les télés. Le démontage d’un MacDo, le fauchage des plantes OGM, la participation aux manifestation planétaires contre l’Organisation Mondiale du Commerce, sa volonté d’unir la Gauche altermondialiste et hostile à l’Europe du profit lui ont permis d’être sur le devant de la scène au grand dam de ses détracteurs. Il revient après sa campagne manquée des présidentielles en posant un problème délicat au gouvernement coincé dans son Grenelle d’effets d’annonce.

Comment expédier José Bové en prison au moment même où Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’écologie le recevait pour un petit déjeuner officiel ? Accueilli dans les ors de la République le vendredi… expédié derrière les barreaux le lundi. Il a informé la ministre de sa possible incarcération faisant suite à sa condamnation à quatre mois de prison ferme pour avoir arraché un plant de maïs OGM à Menville en Haute-Garonne, en juillet 2004. Rappelons qu’il a déjà purgé une peine de quarante-quatre jours, en 2003, pour la destruction d’un McDo à Millau…  » J’ai juste informé la ministre de l’ironie de ma situation : je risque d’aller en prison pour un combat aujourd’hui défendu par la Commission européenne.

Le commissaire à l’Environnement, Stavros Dimas, a récemment demandé l’interdiction des deux maïs pour l’arrachage desquels je risque une condamnation, le BT-11 de Syngenta et le 1507 de Pioneer. Par ailleurs, le paradoxe serait que je sois en prison au moment de l’entrée en vigueur, cet hiver, de la clause de sauvegarde sur les semences OGM  » Hier alors que je déjeunais avec Noël Mamère, son téléphone portable a sonné : l’ex-secrétaire national des Verts, Gilles Lemaire lui annonçait que le gouvernement déposerait le projet de loi sur le moratoire sur les Ogm relatif aux demandes réitérées de José Bové. Une forme de reconnaissance pour aussi le député maire de Bègles car si la justice avait légalement raison… ceux qu’elle a condamnés n’avaient pas civiquement tort !

Extraordinaire paradoxe comme dans tous les cas de résistance menée au nom de ce principe de précaution que Jacques Attali souhaite justement faire supprimer au nom de l’efficacité économique.  » Notre combat anti-OGM est politique, il ressort de la désobéissance civile, pas de la délinquance  » affirme José Bové avec raison.  » Mais si le gouvernement veut satisfaire l’aile dure des syndicats agricoles ou de l’UMP, je peux très bien être sacrifié sur l’autel du Grenelle « . On prend les paris que le TGI de Millau, qui ironie du sort, sera finalement moins  » détruit  » que prévu saura être compréhensif : volonté d’ouverture oblige et Rachida Dati n’interviendra surtout pas ! Ne t’inquiète pas José la Karchérisation des OGM est lancée et tu seras épargné. La justice sait parfois réparer les erreurs que les politiques l’ont conduite à assumer.

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