DANS LE RETRO

Fri, 01 Aug 2008 07:17:00 +0000
 CHRONIQUE PUBLIEE LE 11 FEVRIER 2006, SOUS LE TITRE « EN FORME OLYMPIQUE »

Les jeux olympiques d'hiver ont ouvert en grande pompe sur le sol où sont nés les jeux du cirque. Est-ce véritablement un hasard ? Je ne le crois pas, car la similitude entre cet immense barnum que sont devenus les J.O. de toutes sortes, et les organisations que concevaient les courtisans de Néron, est frappante. Il faut des affrontements dramatiques (au sens originel du mot) pour qu’ une ville espère entrer dans l'histoire. On attend les larmes. On guette les souffrances. On se rengorge des succès. On oublie vite, très vite, que, selon la formule consacrée, l'important est de participer.

Les J.O. d'hiver, création essentiellement économique, ne sont pas faits pour réconcilier les puristes avec l'éthique du sport. On sait, en effet, que les marchands sont encore plus présents dans le temple qu'ils ne le sont dans d'autres compétitions. Ce bon Baron de Coubertin appartient, désormais, aux images d'Epinal. Il ne reconnaîtrait plus les principes qu'il avait eu envie de redonner en exemple au Monde.

Né à Paris, le 1er janvier 1863 (c'était déjà un compétiteur puisqu'il avait choisi la première marche de l'année), dans une famille bourgeoise, catholique et monarchiste, Pierre de Coubertin ne porte pas la même vision de l'internationalisme que quelques-uns de ses contemporains. Pierre de Coubertin avance, en effet, dès le 25 novembre 1892, l’idée d’« internationaliser le sport ». Il n’a alors que 29 ans et se donne pour mission de recréer les jeux antiques en évitant? la professionnalisation, qui avait gâté les jeux sur leur fin. C'est dire si son initiative a pris des rides ! Il écrit la même année : « La première caractéristique essentielle de l’Olympisme, c’est d’être une religion. En ciselant son corps par l’exercice comme le fait le sculpteur d’une statue, l’athlète moderne exalte sa patrie, sa race, son drapeau ».

Il aura, en revanche, réussi au-delà de toute espérance, car le sport et surtout les J.O., vont être récupérés par des gouvernants, avides de préparer la jeunesse à ses devoirs civiques et militaires. C’est ainsi qu’aux Jeux de Berlin, en 1936, sous la présidence du Führer, s'est produit le plus spectaculaire dérapage de l'exaltation des concepts de patrie, de race et de drapeau. Le régime nazi trouve dans les concepts de Coubertin une illustration du surhomme tel que le pratiquent les nazis. Malheureusement ils connaîtront d'autres épisodes, et connaîtront encore de nombreux incidents, liés au contexte politique du moment.

EXPRIMER LEUR COLERE 

Le 16 octobre 1968, à Mexico, marque particulièrement les mémoires, toujours autour du racisme : Smith et Carlos, deux noirs américains membres du Black Power, montent sur le podium pour la remise des médailles du 200 m. Ils brandissent leurs mains gantées, et baissent les yeux devant la montée du drapeau américain, pour exprimer leur colère contre la ségrégation. Les coureurs du relais 4 fois 100 m feront la même chose en montant sur le podium. Ce geste ne leur fut jamais pardonné, bien qu’ils n’aient voulu ni boycotter, ni semer un trouble dans les Jeux, mais seulement exprimer leur colère, pacifiquement, sur les podiums. On ne pouvait admettre qu'un podium pût servir à exprimer des idées alors qu'il était dévolu à des marques.

Evénements beaucoup plus dramatiques à Munich, où le sang coula au nom du conflit israélo-palestinien. Les JO devaient être ceux de la Paix? ils furent ceux de la médiatisation planétaire d'un interminable affrontement. En effet, le matin du 5 septembre 1972, huit terroristes palestiniens s'introduisirent dans le village olympique, tuèrent deux membres de l'équipe israélienne, en prirent neuf en otage. Au cours de la lutte qui s'ensuivit, les neuf otages furent assassinés, ainsi que cinq des terroristes et un policier. Et Moscou, en 1980, fut victime de sa guerre honteuse en Afghanistan, qui fut ni plus ni moins qu'une version prématurée de l'envahissement de l'Irak par les Etats Unis?

Durant des décennies, des athlètes furent délibérément «  sacrifiés  » sur l'autel des médailles. On industrialisa, en République Démocratique Allemande, (j'y suis passé en 1966, quand peu de monde y allait pour le constater), la victoire olympique, porteuse de l'image d'un pays entièrement tourné vers la jeunesse. Ils continuèrent à être instrumentalisés dans d'autres pays, dits démocratiques, après la chute du mur de Berlin, mais progressivement, pour la gloire de leurs sponsors devenus (c'est plus recommandable) des partenaires !

SE GAVER DE PSEUDO ETHIQUE

Ici, comme ailleurs, l'économie s'est imposée au politique, afin de se donner une apparence valorisante de désintéressement, et se gaver de pseudo éthique portée par les anneaux olympiques dessinés par le Baron De Coubertin en personne, pour s'acheter une bonne conduite sociale. Le groupe hôtelier Accor, renommé par exemple pour son  » respect  » des conditions de travail :­ exploitation de la sous-traitance, salaires dérisoires, intérim et flexibilité maximale ­, ne pouvait que se féliciter de l'aubaine olympique que lui offrait, sur un plateau, la Mairie de Paris :  » L'esprit d'équipe et de compétition fait partie de nos valeurs…  » affirmait l'un de ses responsables. Carrefour clamait ainsi, avant la désillusion parisienne :  » Effort, respect, partage, esprit d'équipe, solidarité, ces valeurs de l'olympisme guident aussi l'action de notre groupe au quotidien. « . Vous parlerez de l'esprit olympique de Carrefour aux caissières, et aux employées chargées de courir dans les rayons !

Les Jeux génèrent toujours plus de droits télévisuels -­ la seule Union européenne de radiodiffusion (UER), a accepté de payer 443 millions de dollars pour les JO de Pékin en 2008, - et des recettes du sponsoring en hausse, puisque les  » entreprises partenaires  » (Coca-Cola, Samsung, McDonald's, Swatch, Kodak…) ont investi près de 576 millions d'? dans la machine à sous olympique.

A partir du moment où s'allume dans le ciel la flamme ol
ympique les annonceurs, fournisseurs et parrains exploitent sans le moindre scrupule les temps forts de la lutte sportive. Chacun a ses favoris, sur lesquels ils ont souvent «  parié  » des sommes colossales pour leur préparation. A Turin, on ne se tracasse pas trop de la désaffection prévue du public.

Ce qui compte le plus à partir d'aujourd'hui, ce sont les temps de télé, car sans eux, c'est une certitude, il n'y aurait plus de Jeux olympiques d'Hiver, dont les retombées sont très discutables. Ce brave Baron, « colonialiste fanatique » – selon son aveu-, qui accordait tant d'importance à l'honneur patriotique et au nationalisme y trouverait son compte !

Mais je déblogue? 

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