COMPRENNE QUI POURRA

Mon, 08 Sep 2008 07:17:00 +0000

S’il y avait un brin de débat politique de fond en France on pourrait avoir quelques moments assez intéressants. En effet, depuis quelques semaines, les opportunités ne manquent pas puisque tout le monde marche à contre courant comme s’il s’agissait de démontrer au camp adverse que plus rien ne sert de mener un combat idéologique en raison de la gravité de la situation. Les tenants de la loi du marché nationalisent ou taxent le capital, alors que certains partisans de la régulation étatique se réfugient derrière une conception moderniste de la société, leur faisant abandonner la lutte des classes. A ce rythme là, il sera bientôt totalement impossible de reconnaître sa droite et sa gauche, pour se contenter d’un brouillard idéologique estompant les « couleurs », comme s’il était devenu indécent de les afficher.
Si l’on se réfère aux plus récentes décisions, il faut constater que la crise du système bancaire, beaucoup plus profonde qu’on veut bien le dire, va conduire les Etats à replâtrer un système en perdition. Et, comble de l’ironie, on va présenter les « nationalisations » bancaires comme des solutions pouvant éviter un effondrement général du marché des profits. Ainsi, on a appris que les sociétés de crédit hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac pourraient être rachetées par le gouvernement américain, pour sauver le marché immobilier du risque de faillite de ces deux géants. Extraordinaire : voici l’Etat providence américain qui « nationalise », alors que chez nous, on est en passe de privatiser La poste, après avoir vendu ou bradé tous les réseaux bancaires d’Etat et  les grandes entreprises qui dégageaient des profits, et garantissaient la pérennité de ce que l’on appelait les services au public.
Tous les détails de l’opération, qui va coûter des milliards aux contribuables, ne sont pas connus, mais le départ des dirigeants des deux sociétés est prévu, selon la même source informée. Ils auront droit à quelques bonifications de fin de carrière, ou à des stocks options rémunératrices, pour leurs bons et loyaux services antérieurs en faveur des bénéfices restitués aux actionnaires. Le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, le secrétaire au Trésor Henry Paulson et le principal régulateur des deux organismes, James Lockhart, ont rencontré les dirigeants des deux sociétés, et les ont informé du projet qu’avait le gouvernement de prendre, à titre conservatoire, le contrôle des deux entités.
La nouvelle, d’abord donnée par le site Web du Wall Street Journal, est parue après la fermeture des marchés. Elle fait suite à un rapport de l’association des banquiers du crédit hypothécaire qui estimait qu’à la fin juin, plus de 4 millions de propriétaires ayant contracté une hypothèque sur leur bien immobilier, soit 9% du total, étaient en retard dans leurs paiements ou incapables de rembourser. Cela vient confirmer les soupçons des investisseurs. Les difficultés du marché hypothécaire sont passeés aux propriétaires de logements, qui disposaient d’un crédit solide, mais ont réalisé des prêts hasardeux, sans qu’on leur ait demandé de prouver leur capacité à rembourser. Freddie Mac et Fannie Mae garantissent ensemble quelques 5000 milliards de dollars (3504 milliards d’euros) de prêts immobiliers. Une catastrophe menace, et ce n’est ni la faute des grévistes, ni celle des 35 heures, ni celle des lois sociales, et encore moins celle des « socialo-communistes »…

L’EXEMPLE SUR LES RAILS
Le système économique régulé par le pouvoir politique ne valait plus rien. Depuis des décennies, accablés par l’échec retentissant du communisme et par l’abandon de l’autogestion, les partisans de cette méthode de gestion sociale se trouvent marginalisés partout. On ne croit plus dans leurs solutions qui coûtent aux contribuables. D’ailleurs on le voit bien avec le Crédit Lyonnais dont on n’en finit plus d’apurer les erreurs de gestion publique. On oublie le reste, tout le reste, avec notamment la situation de plus en plus préoccupante des fleurons des ex-services publics ! Prenons par exemple la SNCF qui, après s’être désengagée des contraintes techniques du passage de ses trains, sur Réseau Ferré de France, constate que, si la commercialisation dégage quelques bénéfices, limités, les investissements pour la modernisation ou simplement l’entretien des voies empruntées ne sont plus réalisés, exactement comme ce fut le cas en pareilles circonstances, en grande Bretagne, après le passage de la « Dame de fer » Margaret Tatcher !
La SNCF va inspecter à partir de mercredi ses caténaires, les câbles électriques qui alimentent les voies ferrées, après des incidents sur ces câbles qui ont fortement perturbé le trafic ces dernières semaines. Elle ne devrait pas inspecter les 15.000 kilomètres de caténaires, mais seulement « les points sensibles, là où la circulation est particulièrement forte ou bien là où il y a des entrées et des sorties de gare »,  bien que le trafic d’une quarantaine de TGV, transportant quelque 20.000 voyageurs, ait été très perturbé en direction et en provenance de la gare Montparnasse à Paris, après l’arrachement d’une caténaire par un TGV à Montrouge en fin d’après-midi. En fait, on a dégagé davantage de profits en réduisant les frais d’entretien, en supprimant des milliers d’emplois, en sous traitant les travaux indispensables au maintien de la sécurité.
« Je ne peux pas penser que ces dernières années on a supprimé des milliers d’emplois, on a réduit les coût d’exploitation et de maintenance, et qu’il n’y a pas de lien de cause à effet avec ces incidents à répétition », a déclaré le délégué CGT des cheminots. Mais qui l’entendra, car il est syndicaliste (une tare irrémédiable) et anti-libéral (un archaïsme débridé). Il en va de même partout : télécommunications, production d’énergie, constructions navales, militaires, spatiales… et l’indifférence permet même de s’attaquer dorénavant à l’éducation !

PRIVATISATIONS CIRCONSTANCIELLES
Pour certains, la privatisation est une phase normale de la vie de certaines structures pourtant pertinentes ne pouvant pas naître dans un système concurrentiel. Donc, l’État les crée et, quand elles sont organisées et rentables, les vend afin que des entreprises privées puissent générer des bénéfices. Ce qui permet à l’État de créer les entreprises utiles sans avoir à les gérer. Ce qui pose tout de même le problème de voir des structures construites avec de l’argent public (qui est la somme de contributions de citoyens contribuables), du bien public, devenir du bien privé. À noter qu’en contrepartie, le prix de ces cessions alimente le budget de l’État pour de nouvelles opérations utiles, ou pour alléger la dette publique… Or actuellement, on a oublié ce principe libéral pour transformer les dénationalisations positives en moyens de boucher les trous béants d’un Etat ruiné, et on nationalise pour sauver des entreprises ruinées par une volonté de réaliser des profits exorbitants souvent au détriment de l’intérêt collectif.
Le pire c’est que ceux qui se sont les mieux adaptés à cette révolution culturelle sont les Russes. Certaines privatisations ont pu permettre aux amis du pouvoir de faire fortune rapidement. Les nouveaux capitalistes émergent triomphalement à l’Est et les déconfits du capitalisme triomphant s’amoncellent à l’Ouest ! Comprenne qui pourra. Quand au Venezuela ou en Equateur les nationalisations des productions interviennent ce sont des mesures absurdes, mais quand les Anglais sauvent la banque Northern Rock, spécialiste du prêt immobilier, en difficulté depuis plusieurs mois, c’est une mesure salutaire. En fait, on applique en
core au gré des fluctuations économiques un seul principe clair : privatiser les bénéfices et nationaliser les pertes ! En dehors de ce système, il n’y a aucune compréhension possible de la vie sociale. On n’en diverge que sur des détails.

LE CRASH GARANTI
Entre Nord et Sud, les ressemblances sont frappantes. Au Sud, la crise de la dette, survenue au début des années 1980, a été provoquée par l’augmentation unilatérale des taux d’intérêt par les Etats-Unis, entraînant une explosion des remboursements demandés aux pays du tiers-monde que les banques avaient incité à emprunter à taux variables. Une sorte de crise des subprimes étatiques provoquée. Dans le même temps, l’effondrement des cours des matières premières empêchait ces économies précaires de pouvoir faire face à leurs besoins, les plongeant de manière brutale dans la crise. Le Fonds monétaire international (FMI), téléguidé par les Etats-Unis et les autres grandes puissances, a alors imposé aux pays en développement des programmes d’ajustement structurel drastiques.
Au menu, comme dans les pays du Nord, réduction des budgets sociaux, libéralisation totale et immédiate de l’économie, abandon du contrôle des mouvements de capitaux, ouverture complète des marchés, privatisations massives. Mais contrairement à ce qui se passe aujourd’hui au Nord, l’Etat du Sud s’est vu interdire de baisser les taux d’intérêts et de fournir des liquidités aux banques, ce qui a provoqué des faillites en cascade, et de très fortes récessions. Finalement, comme aujourd’hui, l’Etat a été contraint de renflouer les banques en difficulté avant de les privatiser, souvent au profit des grandes sociétés bancaires nord-américaines ou européennes. Au Mexique, le coût du sauvetage des banques dans la deuxième moitié des années 1990 a représenté 15% du produit intérieur brut (PIB). En Equateur, une opération identique réalisée en 2000 a coûté 25% du PIB. Dans tous les cas, la dette publique interne a grimpé fortement, car le coût du sauvetage des banques a été supporté par l’Etat. Maintenant, la crise atteint ceux qui avaient cru en profiter via les particuliers. La déréglementation économique de toutes ces dernières années tourne au fiasco. La seule issue valable est un renversement total des priorités : des contraintes très strictes pour les entreprises privées, des investissements publics massifs dans des secteurs permettant de garantir les droits humains fondamentaux et de protéger l’environnement, la récupération par les pouvoirs publics des leviers de décision pour favoriser, sans exception, l’intérêt général.
Si le train libéral continue sa course folle, le crash est garanti, car plus aucun rail idéologique ne le guidera vers l’horizon. En France, le gouvernement tente de masquer cette tendance avec le financement impossible du RSA, mais tôt ou tard on reviendra vers le toujours plus pour les uns, qui conduit au toujours moins pour les autres.
Mais je déblogue…

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