Les racines de mon unique bonheur

Parfois, quand je traverse une période difficile de la vie publique, comme la semaine dernière, j’ai tendance à me réfugier dans un autre monde. Comme les enfants qui rêvent de devenir Robinson Crusoë, je me suis confectionné une cabane virtuelle, un sorte de repaire, qui m’isole de l’extérieur. Je m’assois sur une planche en bois rugueuse et je prends un livre, celui de ces soixante années que je n’ose plus comptabiliser dans mon âge. Je le parcours à l’envers, comme quand on cherche, à partir de la fin, à retrouver les détails du récit ayant conduit à une issue provisoire. Dans cette sorte de feed-back permanent, je puise des raisons de croire en moi. Il n’y a rien de plus régénérateur que cette promenade dans le temps. On y retrouve des raisons de se rassurer quand on doute, quand les autres occultent ce qui devient essentiel mais que l’on a perdu de vue.
Je suis donc revenu l’autre jour, durant quelques minutes, sur ce que tout homme public ne souhaite pas exhumer : ses racines. La société actuelle préfère les rameaux, les feuilles, les fleurs et les fruits mais ne se soucie guère des racines. Il faut être, sans avoir été. Il faut exister, sans être né. Il faut s’exposer, sans jamais avoir été créé. Il faut avancer sans se souvenir d’où l’on vient. Je ne supporte plus ce culte des apparences, cette vénération pour ce qui se voit, cette propension à oublier que tout ne réside que dans la sincérité des parcours. La souffrance devient parfois insupportable si on ne mesure pas ce qui est positif, constructif, enfoui dans ce passé que l’on se plaît parfois à oublier, pour éviter d’avouer ce que l’on doit aux autres.
Les traversées mouvementées vous font toujours regretter la terre ferme, celle que l’on connaît, qui vous a nourri ou sur laquelle les rêves portaient encore l’espoir en l’avenir, alors que la tempête vous plonge dans la crainte. La mienne, la terre à laquelle je souhaite parfois me raccrocher, reste celle qui a l’accent de l’Italie. Mon père la portait dans son cœur. Mes grands parents l’avaient, collée à leurs chaussures. Ils avaient été des sans papiers. Ils avaient été haïs, car soupçonnés de venir voler le pain des Français. Ils avaient été meurtris des quolibets, des regards réprobateurs, des jalousies mesquines. Et dans le fond, ils m’ont appris que jamais, au grand jamais, il ne faut se détacher de cette seule certitude : celui qui oublie le sentier par lequel il est arrivé sur une colline ou un sommet est condamné à mourir de froid s’il a besoin, un soir, de revenir à son point de départ.
Je suis partiellement petit-fils d’immigrés ayant connu le dénuement, la précarité, la solitude. Leur Europe à eux s’est bâtie par la preuve. Ils ont eu, jour après jour, minute après ,minute à faire leurs preuves. Et c’est cette ardente nécessité qui me redonne la force de renoncer à la tentation de… Venise ! Leurs racines, dans un sol ingrat et injuste, n’ont jamais été dopées par autre chose que le courage et cette volonté permanente d’être dignes de la confiance indispensable à l’éclosion des fruits de la réussite.
C’est donc avec un plaisir jubilatoire que demain, avec mon frère, lui aussi viscéralement attaché à ces références, nous conduiront nos enfants et surtout nos petits-enfants vers l’Italie, pour retrouver celles et ceux qui ont poussé sur le même porte greffe. C’est un vrai bonheur, un peu plus d’un an après la mort de mon père, que d’aller dans des maisons connues, retrouver des visages, partager des repas, se plonger dans des paysages qui lui permettaient de se rassurer sur le choix qu’avaient fait ses parents. Je ne veux pas que Léa, Julien, ces arrières-arrières petits enfants, oublient qu’un jour, avec quelques objets du quotidien pliés dans un baluchon, des Darmian ont préféré la conquête au renoncement, le courage à l’indifférence, l’exigence à la facilité. Je suis un immigré dans ma tête, un de ceux qui veut toujours prouver, encore prouver, sans cesse prouver pour être reconnu à sa vraie valeur. J’ai beaucoup souffert, la semaine écoulée, en pensant à Silvio et à Pasqua, car je ne suis dans le fond redevable de ce que je fais et de ce que je suis que vis-à-vis d’eux. En Italie, durant trois petits jours, je vais me recueillir sur leur terre, celle qu’ils avaient quittée sans jamais la renier. A chacun son pèlerinage. Le mien et celui que je propose à celles et ceux qui me sont les plus chers aura la couleur, le goût, la saveur, l’accent de ces bonheurs simples qui font oublier les contrefaçons en tous genres d’une société surfaite.
J’ai essayé de décrire ces racines dans « La Sauterelle bleue » (Editions Aubéron) qui vous démontera que je ne me suis jamais posé la question de savoir s’il était bien ou mal de manger des cerises en hiver, puisque nous n’avions pas les moyens d’en acheter… Il fallait simplement attendre que le cerisier veuille bien nous fournir !

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13 réponses à Les racines de mon unique bonheur

  1. danye cortot dit :

    BONSOIR JEAN MARIE . VOUS NE PENSEZ PAS A TOUTES LES PERSONNES QUI VOUS RESPECTENT ,VOUS SUIVENT , VOUS SOUTIENNENT ET QUI VOUS AIMENT TOUT SIMPLEMENT .VOUS POUVEZ PARTIR EN PAIX, LA CONSCIENCE TRANQUILLE SUR LA TERRE DE VOTRE FAMILLE , VOTRE MAMAN SERA UNE NOUVELLE FOIS FIERE DE SES FILS.
    VOTRE PERE EST PARTI DEPUIS 1 AN ,LE MIEN 2 ANS MAIS POUR MOI CE SERA TOUJOURS DEPUIS HIER. JE PARS POUR LE PAYS BASQUE 6 SEMAINES SAMEDI MATIN .UNE INTERVENTION EST PREVUE AU RETOUR A ROBERT PICQUE APRES UN RECENT SEJOUR DANS CET HOPITAL DE POINTE ET D’UNE HUMANITE EXEMPLAIRE.
    JE VOTERAI PAR PROCURATION MAIS PAS QUESTION DE NE PAS VOTER ,MESSIEURS LES GENDARMES SE DEPLACERONT AU CENTRE MEDICAL POUR LES FORMALITES .
    J’EMPORTE ET RELIRAI AVEC PLAISIR LA SAUTERELLE BLEUE ,JE PARLE TELLEMMENT DE MES RACINES MODESTES DE FILLE DE VRAIS PAYSANS QUI A SU GARDER SES VALEURS …AU RISQUE DE FATIGUER ..CHANGER JE NE LE POURRAIS PAS , CE SERAIT RENIER CE PERE QUE J’IDOLATRAIS QUI S’EST TUE A LA TACHE POUR ELEVER SES ENFANTS .

    JE RETROUVERAI VOS ECRITS A MON RETOUR .
    JE VOUS SOUHAITE DU SOLEIL DANS VOTRE
    VIE ET CELLE DE TOUS LES VOTRES .
    AVEC MON BON SOUVENIR .CORDIALEMENT.

    DANYE.

  2. Annick dit :

    songe à la chance que tu as d’avoir des racines bon voyage au pays du souvenir et de l’avenir
    amitiés

  3. DURAND GERARD ma mère est née NAPLITANO dit :

    Bon voyage à toi et à ta famille,profites-en un maximun car la reprise sera difficile .

  4. DURAND GERARD ma mère est née NAPOLITANO dit :

    Bon voyage pofites-en bien.

  5. C’est promis on vous ramène du soleil,des pennes, des panetones et la dolce vita ! Le bonheur c’est simple il suffît de le jardiner !

  6. PIETRI Annie dit :

    Bonnes vacances à vous tous.Profitez bien de ce retour aux racines des Darmian, et revenez-nous en pleine forme !

  7. Christian Bouzat dit :

    Bonjour Jean-Marie,

    Quand tu lira ce message tu sera revenu de ton séjour en Italie ou tu aura retrouvé tes racines. Tes enfants et petits enfants seront heureux d’avoir connus leurs attaches.
    Mon épouse d’origine Polonaise a connue à moment donné ces moqueries dont tu as décrit. C’est toujours une fille de l’Est Avec les arrières pensées qui vont avec.
    Ses parents venus après la guerre travailler comme mineur dans les mines de charbon de Carmaux (patrie de Jaures)
    ont comme les Italiens, Espagnols, Portuguais, été dénigrés et désigné comme tu le dis voleurs de pain.
    Ils étaient parqués dans une citée à Cagnac les Mines. On la surnommait « la colonie ».
    J’étai « le Français » qui rendait visite à ma future épouse. Mais au contraire j’avais un acceuil formidable de toute cette « colonie » .
    Aujourd’hui nous nous rendons régulièrement en Pologne ou les gens sont toujours aussi magnifique.
    Je pleure toujours quand je visite Auschwitz. Quand je pense que certains disent que c’est « un détail ».
    J’ai aussi été choqué la semaine dernière de voir que certaines personnes en réinsertion sont au milieu d’un conflit soulevé par leur directrice.
    J’ai honte car je n’ai pas réagi aussitôt. Pour celà tu as tout mon soutient.
    J’ai souhaité intervenir sur ton blog car tes deux derniers écrits m’ont émus.
    Heureusement que nous avons aussi du bonheur.

  8. simone dit :

    je lis, je relis…trop de paroles…Les faits sont indiscutables, les preuves existent.Pourquoi tout concentrer sur Créon alors qu’il ne s’agit que de Camblanes?Si des personnalités po litiques sont eclaboussées ,qu’elles s’adressent aux vrais responsables du site de REV,et agissent en toute clartéc’est dans leur pouvoir et c’est leur DEVOIR. Il faut aussi signaler que tous les sevices de tutelles ont eté mis au couranten temps voulu.Les tracts distribués ne sont qu’une partie des agissements d’une présidente et de son entouragequi sont inacceptables dans notre démocratie française. En révèlant par voie de presse,ilfaut etre surs de ce que l’on avance.Bravo aux journalistes de S.O.ils nous apportent la preuve de la qualité de leur travail et font confiance a des gens sans « pouvoirs » mais avec des qualités de courage,de droiture d’honneté,de vérité de respect pour tous ces gens en insertion. Pour bien comprendre ce que j’écris je renvoie mes lecteurs au billet de Jean Claude Guillebaud paru dans S.O du29 Mars 2009 « etre libre, un pari solitaire.

  9. GREL Suzette dit :

    Cultivez vos racines… et que le chianti arrose ces fameuses racines !
    Bon voyage et souriez vous êtes « filmés »!
    trés amicalement.

  10. SAMENAYRE Jean dit :

    Si può sognare solamente se si ha i piedi su terra. Più le radici sono profonde, più i rami sono portatrici.

    (On ne peut rêver que si on a les pieds sur terre. Plus les racines sont profondes, plus les branches sont porteuses) Dixit : JB
    Profitez pleinement de ce séjour.

  11. LE GENTIL Cathy dit :

    Ces quelques lignes sont emplies de douceur et de générosité.
    On part volontiers avec toi dans tes souvenirs et les images se succèdent avec tendresse.
    Merci Jean-Marie de n’être pas « juste quelqu’un de bien », comme le dit la chanson, mais d’être encore plus, « quelqu’un de très très bien », quelqu’un que l’on admire toujours plus.

    Je te souhaite, ainsi qu’à toute ta famille, beaucoup de joies pendant votre séjour en Italie.

  12. JC dit :

    J’ai eu moi même le bonheur de pouvoir revenir sur le lieu de mes racines, de rencontrer des personnes qui ont connus des membres de ma famille cela s’est passée à Sarragosse et depuis je ne cesse de penser à toutes ses personnes et chaque fois que j’ai des nouvelles je tremble de joie tant cela est important; c’est une bouffée de bonheur qu’il est impossible de qualifié correctement tant les mots sont en deça du ressenti.
    Alors profites en bien et reviens nous en pleine forme pour aborder et défendre nbos idéaux.
    bises à tous et à bientôt.

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