La formation médicale dans le coma

imagesDans le cadre de la préparation contre les effets sociaux de la pandémie de Grippe A, le gouvernement a bâti toute sa stratégie sur le dévouement et la compétence des médecins généralistes, souvent catalogués en « médecins de ville » ou « médecins de campagne ». Il leur faudra courage et abnégation pour tenter de faire face à l’affolement que semble vouloir provoquer un système médiatico-gouvernemental déchainé. Or, il vaudra mieux être malade en 2009 ou 2010 que vers 2015 compte tenu de la « pandémie » de suppression de postes qui existe actuellement dans l’enseignement de la médecine générale. Une catastrophe se prépare, mais avec décalage dans le temps. Voici le courrier que j’ai reçu d’un médecin généraliste de l’Entre Deux Mers, au nom du syndicat des enseignants en médecine générale. A méditer sur la future formation de celles et ceux qui, dans quelques jours, deviendront les héros de la Grippe A :

« Nous vous avons sollicité à plusieurs reprises ces derniers mois, pour attirer votre attention sur la situation catastrophique de l’enseignement de la Médecine Générale dans les Facultés de Médecine. Cette situation a pour conséquence une telle désaffection pour le métier, que seules des mesures prises dans le champ universitaire peuvent inverser la tendance. Vous êtes intervenu à de multiples reprises, avec Martine Faure, auprès de Madame la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, pour demander des moyens un peu plus décents, permettant le fonctionnement de l’Enseignement de la Médecine Générale.

Madame la Ministre a répondu à tous les élus qui l’avaient sollicitée. Elle évoque ainsi dans sa lettre du 28 juillet dernier plusieurs mesures :

  • 1.- La seule mesure permettant une augmentation des moyens humains, compte tenu des sous-effectifs absurdes avec lesquels se débattent les enseignants de Médecine Générale, réside dans le recrutement de nouveaux « Maîtres de Conférences associés ». Madame la Ministre fait état d’une « augmentation exceptionnelle » de ce recrutement, en suivant l’avis du Conseil National des Universités (CNU) qui se réunira le 11/09 prochain. Nous réclamons en urgence la nomination des 27 nouveaux Maîtres de Conférences déclarés aptes par notre sous-section du CNU en juin dernier. Et nous réaffirmons la nécessité impérieuse d’un plan de nomination très raisonnable de 50 nouveaux enseignants associés (mi-temps) par an pendant 4 ans pour toute la France.  Nous demandons donc que cette « augmentation exceptionnelle » permette la nomination de ces 27 enseignants (soit 24 nouveaux postes compte tenu de 3 cessations d’activité), dans l’attente des 50 postes qui resteront indispensables les années prochaines. Rappelons qu’un poste de titulaire hospitalo-universitaire (HU) équivaut, au plan budgétaire, à 6 postes d’enseignants associés! Les 24 nouveaux postes équivalent donc à 4 postes HU (alors qu’il y a… 250 renouvellements tous les ans en France sur les 5500 postes de titulaires), ce qui donne une idée de la modestie budgétaire de la demande.

  • 2.- La seconde mesure indispensable est la mise en place de la filière universitaire de Médecine Générale, qui nécessite des titulaires de la discipline, à l’instar de toutes les autres spécialités, dans toutes les facultés de France, comme pour les chefs de clinique. La titularisation est indispensable au plan réglementaire comme au plan pratique, pour faire fonctionner le diplôme d’études spécialisées de Médecine Générale et pour donner aux étudiants une visibilité minimale de la discipline. L’Assemblée Nationale et le Sénat ont voté un amendement à la loi HPST concernant les effectifs nécessaires, à l’unanimité (devenu l’article 47 de la loi). Au lieu de 20 nominations de professeurs et 30 maîtres de conférences titulaires, 10 nominations sont annoncées par le MESR pour toute la France, alors que d’emblée et dès la première année, 38 candidats ont été reconnus aptes à la titularisation par la commission nationale d’intégration.

Nous vous demandons donc d’intervenir pour que soit respectée la volonté des Députés et des  Sénateurs, et que soit appliquée la loi de la République, pour que les 38 candidats aptes soient immédiatement titularisés.

stetLe reste des mesures concerne l’évolution normale des carrières, et ne modifie en rien le paysage et les difficultés de l’enseignement de la Médecine Générale, dont ont bien conscience les étudiants lorsqu’ils élaborent leurs choix professionnels pour l’avenir. Nous vous demandons donc de poursuivre votre action pour que les 135 enseignants associés, à mi-temps et précaires, qui structurent et gèrent l’enseignement de la Médecine Générale dans toute la France, se sentent moins abandonnés, et pour que les étudiants voient que la Médecine Générale n’est plus la voie de garage délaissée qu’elle était dans les Facultés.

Par esprit de responsabilité, nos demandes restent mesurées et faciles à mettre en œuvre ; nous ne demandons pas, loin s’en faut, des recrutements à hauteur des 5500 titulaires des autres disciplines.

Mais pour gérer la moitié des internes de France qui rentrent en troisième cycle, pour intervenir en second cycle, et mettre en place le stage d’externat en Médecine Générale, tellement important pour faire connaître ce métier à tous les étudiants, nous avons besoin du minimum que constituent les deux points évoqués :

1/ La nomination immédiate des 27 nouveaux maîtres de conférences associés, et le plan de nomination de 50/an pendant 4 ans.

2/ La titularisation immédiate des 38 enseignants associés reconnus aptes, et le respect de l’article 47 de la loi HPST ».

Si les médecins actuels sont indispensables dans le processus anti-pandémie, les futurs toubibs du quotidien se contenteront de cours réduits et si ce n’est pas suffisant, ils devront s’installer comme guérisseurs!

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