Il était une fois un samedi…

Un samedi bien rempli, avec des moments particulièrement révélateurs de la société présente. Ce n’est qu’en vivant dans la proximité son mandat électif que l’on peut apprécier les réalités de ce monde. Depuis un Palais bondé de sbires idéologiques, prêts à peindre le réel aux couleurs du rêve, ou depuis des bureaux capitonnés protégés par un code de sécurité secret, réservé aux personnes opportunes, on voyage en permanence dans le virtuel. Rien ne remplacera la proximité… et c’est probablement la véritable raison de la destruction programmée de l’héritage républicain : il faut éloigner les élus locaux du peuple, afin qu’ils n’aient plus d’influence néfaste sur l’avenir électoral d’un clan (allez voir sur http://www.dailymotion.com/video/x1pf9t_je-veux-une-republique-irreprochabl_events ) ou pire, depuis peu, d’une famille.

imagesCe samedi matin, j’ai accueilli le comité des récipiendaires dans l’Ordre National du Mérite des Hauts de Garonne, dans la Maison des vins de l’Entre Deux Mers. « Mérite », voici un beau mot qui repose sur les vertus de cet ascenseur social indispensable, qui fait naitre  un espoir pour celles et ceux qui souhaitent sortir autrement du rang que par le montant de leur compte en banque. J’ai senti chez ces gens discrets, ce matin, pas nécessairement tous ancrés dans des idées progressistes, une certaine gêne à l’évocation de leurs… mérites. Elle était encore plus palpable quand on parlait, même à mots feutrés, du mérite du fils du Président qui, dans le fond, pourrait bientôt recevoir une distinction, pour avoir su griller tous les étages!  Eux qui ont reçu le « ruban bleu » après souvent des décennies de carrière professionnelle, élective ou associative, n’ont pas apprécié du tout cet acte de suffisance présidentielle. L’aune à laquelle se mesure désormais le mérite ne semble plus correspondre à celle qu’utilisent les arrivistes de tous poils, dont la seule vertu repose sur des transferts nobiliaires de titres par la filiation ! A quand la nominations de Vicomtes ou de Barons d’ Empire, ou la récolte de fruits dynastiques, ou les « charges » électives réservées aux « ânes bien nés »? Je revendique d’être parmi les compagnons de cet ordre, destiné à récompenser les parcours qui ont parfois emprunté des sentiers ardus et pentus… et j’étais bien parmi eux, à leur table!

Au cœur de l’après-midi, j’ai alors retrouvé plus d’une soixantaine d’élus n’ayant pas été soumis à l’ukase de l’UMP leur interdisant de venir s’informer sur la réforme de la taxe professionnelle ou sur celle des collectivités territoriales.  Ça commence comme un mauvais conte de sorcières : il était une fois quelques maires du canton qui avaient oublié sur leur bureau les invitations destinées à leurs collègues, ou qui avaient un repas de famille qui les bloquait au chevet de leurs convictions. « Ces réunions sont politiqSDC11714_[1024x768]ues », m’avait averti l’un de mes collègues qui devait participer à une rencontre des élus UMP qui, elle, n’était pas… politique ! « Oui cher collègue, tout est politique depuis le choix du balai pour nettoyer les locaux scolaires,  jusqu’à la réforme de la TP.  C’est inexorable! » lui avais-je répondu. La démocratie est en passe de mourir, ravagée par le manque de courage de ses élus locaux. Mendès-France ou de Gaule doivent se retourner dans leurs tombes respectives, car certains préfèrent mourir idiots ou bernés, plutôt que d’accepter le débat !  Pourtant, il y avait une douzaine de maires courageux présents, et une vingtaine de communes représentées par cinquante élus supplémentaires de tous bords. Objectif de cette rencontre d’explications purement techniques : comprendre avant d’agir !

Rendez-vous a été pris pour 2011, et surtout pour les prochaines demandes formulées auprès du Conseil Général. Il sera en effet facile de leur rappeler que leur absence dénote de leur part une profonde satisfaction de leur sort, et qu’il n’est donc vraiment pas utile qu’ils aient recours à une collectivité moribonde, dont le sort ne les passionne guère. Il sera alors temps de parler… apolitisme ! N’empêche que cette rencontre, véritablement de travail, aura permis de démontrer que les contribuables ont beaucoup de comptes à demander à celles et ceux qu’ils ont parfois élu il y a 18 mois, et qui leur avaient souvent promis de ne pas… toucher à la pression fiscale, ou d’investir à tout va pour satisfaire les besoins que leurs prédécesseurs n’avaient pas pris en compte. Dans leurs conseils municipaux, dans leurs conseils communautaires, toutes et tous se prononceront, en toute connaissance de cause, sur… les maux qui vont les frapper ! A la fois décevant et rassurant, cette réunion, car on ferait de la politique quand on est de Gauche et on ferait de la gestion quand on est de Droite ! On en reparlera dans un an, à la même époque !

Patricia.0Il faut, dans ces cas là, se trouver une soupape de sécurité, permettant d’aller ailleurs se rassurer sur la sincérité du monde. Ce fut à Camblanes, l’une des rares communes qui invite le Conseiller général à ses manifestations culturelles. Dans le cadre de l’opération « Les allumés du verbe », une soirée de contes était proposée à un public très diversifié, dont l’âge allait de 7 à 87 ans. Un voyage dans l’ailleurs, porté par les mots, les meilleurs amis de l’Homme, qui m’a permis de mesurer l’importance de partager autre chose que le quotidien avec les autres. Telle une brodeuse habile ou une fileuse agile, un tisserand méticuleux, Patricia Gaillard a donné vie à ces mots oniriques ou crus, qui m’ont entrainé dans les forêts touffues de l’irrationnel où vivent « Riquetta », « Cul de cendre », les princes charmants qui rêvent d’un fils prometteur, les fées de la lumière qui s’obstinent à éclairer un monde meilleur, les sorcières de l’ombre qui ne rêvent que de tirer profit de leurs maléfices… de citrouilles joufflues ou de fuseaux mortels. Elle a laissé couler l’imaginaire comme un bain lénifiant, et je me suis dit qu’elle avait eu, elle au moins, le… mérite de ne pas essayer de me faire prendre des vessies pour des lanternes !

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3 réponses à Il était une fois un samedi…

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  2. Alain Clause dit :

    malheureusement beaucoup de nos élus du haut en bas de l’échelle ne font que venir « à la soupe »
    il suufit de lire les journeaux pour se faire une idée!!!
    alors droite ou gauche leurs convictions ne sont surement pas politique
    et surtout pas pour la grandeur de notre pays.
    bon courage et merci de toutes tes « batailles »

  3. Baillard dit :

    Si vous pouviez me dispenser de votre littérature, j’en serais heureux.
    Merci

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