Le taxidermie démocratique

Difficile d’expliquer au commun des contribuables que les propos tenus par le Président de la République va causer des ravages dans son pouvoir d’achat, déjà mal en point. Une saignée dont la démocratie ne se remettra pas, car il est certain qu’en 2014, les électrices et les électeurs vont refuser de soutenir les élus locaux, qu’ils rendront responsables de la faillite complète programmée des collectivités territoriales… Hier, on a eu confirmation que les réformes en cours ne sont que « politiciennes et populistes ». Rien d’autre. En effet, elles ne reposent que sur ce concept qui veut que les Françaises et les Français, sous-éduqués en matière de citoyenneté, acceptent tout propos habillé médiatiquement, aussi clinquant qu’approximatif, mais qui plaît aux esclaves du 20 heures de TF1. Il y a, en effet, un principe clé qui sous-tend ces textes, lesquels constituent, après celui sur le charcutage des circonscriptions électorales de député, le second acte d’un coup d’état institutionnel que personne n’ose véritablement dénoncer!

On a ainsi ressassé aux Françaises et aux Français, depuis des décennies, que l’impôt était néfaste pour le développement du pays et qu’il était injuste, pénalisant pour l’emploi, inutile, voire déphasé. Enfin, peu importe d’ailleurs, car on a réussi, à force d’accusations purement idéologiques, à ancrer dans l’esprit des citoyens une certitude, selon laquelle la vie collective ne nécessiterait aucune contribution équitable de chacun à son fonctionnement... C’est d’ailleurs affirmé de manière ostentatoire par un gouvernement qui a réduit et voudrait supprimer l’ISF, et qui maintient contre vents et marées le bouclier fiscal. Nicolas Sarkozy et ses conseillers en communication surfent sur ce qui apparaît comme une vérité populiste : « vous n’aurez plus à payer d’ impôts » et il faut donc nationalement les supprimer, car ils apparaissent concrètement sur des feuilles reçues individuellement et des retraits subis mensuellement ! C’est le fondement de toutes les réformes que celui d’une affirmation péremptoire absurde, dénuée de tout effet économique, mais d’une grande rentabilité politique : moins d’impôts pour vivre mieux!

En fait, pour tout de même parvenir à survivre 224 milliards d’emprunts sont programmés dans la loi des finances en discussion pour trouver une parade. On base un transfert sur les taxes en tous genres. Elles sont invisibles (qui comptabilise combien il a payé de TVA en un an et qui fait la comparaison avec le montant de ses impôts directs?) et surtout indolores car payés volontairement, et sans faire rouspéter au quotidien, par doses homéopathiques, sur le pain, les pâtes, la viande, l’essence, le café au bistrot… sur chaque acte de la vie. Et le Président en est arrivé à 30 taxes diverses créées. Et ce n’est pas fini! Dans sa réforme de la taxe professionnelle, il propose par exemple à la Région de survivre avec la Taxe Intérieure des Produits Pétroliers, celle des cartes grises, et celle sur les locomotives et les wagons qu’il aura payé pour la SNCF… Qui va refuser de payer? Qui accusera les futurs conseillers territoriaux d’être des matraqueurs fiscaux?

Ils n’auront plus aucun impôt à lever ! Les conseils généraux vivront avec la taxe sur les contrats d’assurance, les taxes sur divers équipements et les droits de mutation : suppression de la fiscalité départementale par un Sarkozy qui oublie volontairement de dire que ce ne sont que des taxes forcément injustes, car payées par chacune et chacun d’entre nous, sans aucune équité. Mieux, elles sont toutes en totale contradiction avec les publicités mensongères des fameux « Grenelle » ! Une mascarade d’ailleurs, que ces lois sur le Grenelle, qui ne sont que le plus grand dénominateur commun (PGCD) des différents lobbies qui gèrent, de fait, le pays (lobby de l’automobile, lobby bancaire, lobby des sociétés du CAC 40, lobby agricole, lobby des transporteurs routiers, lobby des industriels…). Le « politique » a reculé face à ces pressions « économiques » occultes. Or, la réforme propose, sans que personne ne s’en émeuve (surtout pas chez les écologistes plus ou moins verts) que les ressources des collectivités, soit-disant dépensières, mal gérées, et surtout pas des élus du peuple, trop nombreux, trop coûteux, trop… présents, viendront de taxes sur l’automobile (TIPP, cartes grises et assurances) et que ces collectivités seront totalement dépendantes de ces ressources! Il leur faudra rechercher, et financer, des solutions alternatives sur le trafic routier (ferroutage, cabotage maritime, transports collectifs, déplacements doux…selon Grenelle) en se suicidant financièrement puisque la diminution du rôle de l’automobile génèrera la diminution des ressources. Comprenne qui pourra !

Encore mieux, on créée à grand coups de menton (« moi, bon peuple, j’ai des couilles, j’affronte ces bouseux de conseillers généraux! » majoritairement de Gauche, rappelons le.), des super-élus baptisés « conseillers territoriaux, beaucoup mieux payés, mieux soutenus (formation, double fonction) mais… qui ne voteront plus rien du tout en matière de ressources financières ! Quel progrès : les électrices et les électeurs éliront de simples supplétifs, ordonnateurs auxiliaires de dépenses des crédits consentis par l’Etat ! Et ce serait une avancée de la démocratie…

Par ailleurs, c’est un mensonge éhonté d’énoncer que ce système pervers (les uns avec territoire -2400-, les autres dans le vide-600- ) favorisera les économies d’échelle. Si l’on retient un quotient de 21.000 habitants par canton pour satisfaire à la norme de 2 400 territoires (il est de 16.232 au 1er janvier 2009, pour la France métropolitaine), il sera nécessaire de faire des redécoupages plus ou moins équilibrés, en regroupant de très nombreux cantons ruraux. Ce nouvel ensemble conduirait souvent à la disparition d’une dizaine de cantons par département, mais conduirait aussi de… nombreuses régions à élargir les bancs de leurs assemblées. En théorie, on peut imaginer que Poitou-Charentes qui à 157 cantons actuellement, en perdrait une quarantaine mais compenserait cette perte, en partie, par une petite trentaine de sièges à la proportionnelle; le conseil régional passerait  de 55 à un peu plus de 140 sièges! Pour d’autres régions, le déséquilibre départemental serait plus important…

En fait, le « taxidermiste » élyséen veut empailler la République, préparer méticuleusement un verrouillage total de la vie médiatique, judiciaire, législative, politique, et interdire toute forme de retour au pouvoir de la Gauche. Et ceci dans une indifférence que seul un référendum national pourrait peut- être vaincre… Et encore !

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3 réponses à Le taxidermie démocratique

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  2. TITRE: LA SUFFISANCE NE SUFFIT PLUS, LES COMPETENCES DE L’ELYSEES
    ET DE MATIGNONS DEVIENNENT TRES DISCUTABLES.

    JMD, je reprends tout d’abord quelques unes de vos phrases.

    -Le « politique » a reculé face à ces pressions « économiques » occultes.

    -Il leur faudra rechercher, et financer, des solutions alternatives sur le trafic routier (ferroutage, cabotage maritime, transports collectifs, déplacements doux…selon Grenelle) en se suicidant financièrement puisque la diminution du rôle de l’automobile génèrera la diminution des ressources.

    -Encore mieux, on créée à grand coups de menton (« moi, bon peuple, j’ai des couilles, j’affronte ces bouseux de conseillers généraux! » majoritairement de Gauche, rappelons le.), des super-élus baptisés « conseillers territoriaux, beaucoup mieux payés, mieux soutenus (formation, double fonction) mais… qui ne voteront plus rien du tout en matière de ressources financières ! Quel progrès : les électrices et les électeurs éliront de simples supplétifs, ordonnateurs auxiliaires de dépenses des crédits consentis par l’Etat !

    En fait, le « taxidermiste » élyséen veut empailler la République

    Si j’ai commencé tout d’abord par isoler quelques uns de vos propos, c’est tout simplement que mon professeur de français, Maire également de SAINT-CYR l’ECOLE dans les Yvelines à l’époque, nous avait parfaitement enseigné la manière d’aborder une « Etude de Texte ».

    Si j’ai bien écouté le débat sur l’actualité de ce soir sur direct 8,
    la mise en actions des diverses et variées réformes à venir, mises au point par le fameux Taxidermiste en question devront prendre effet en 2014.

    Avant d’aller plus loin, dans l’analyse, le raisonnement,et la ou les solutions,
    petit flash back.

    Depuis la dernière élection présidentiel
    tout ce qui a voulu être fortement rénové, à chaque fois dans des buts politiciens et d’économies financières n’a pas fonctionné.
    Exemple: Fusion Pole emploi Assedic.
    France Télécom. La POSTE. La SNCF. Le RSA. Les grenelles en tout genre…
    La liste est très longue.
    Pourquoi?
    Entre autre parce que la suffisance en matière de Politique, ne peut plus freiner l’appétit des lobbies.
    Et c’est là que le bas blesse, étant donné qu’aujourd’hui la compétence ne peut être associé au « politique » puisse qu’il ne dirige pas et ne manage pas une entreprise, mais un pays dans lequel il n’a aucune marge de manoeuvre sur les différentes spirales économiques qui sont elles aux commandes, mais ne s’exposent pas au 20h00 de TF1.
    Autre aspect pour rénover par définition,
    on part du postulat, que l’on conserve une partie ancienne de l’édifice en ajoutant la partie neuve qui doit faire en principe la valeur ajoutée nécessaire pour justifier la rénovation en question.
    Mais si l’on juge inutile et beaucoup trop coûteux d’utiliser le principe même de la rénovation, cela s’appelle de la reconstruction, après une destruction.
    On rase tout et l’on construit autre chose.
    Et là il y a DANGER.
    Ce que j’ai déjà écris et certains journalistes n’osent pas encore l’écrire, et cela se passera fatalement à un moment donné, même si ce n’est pas pour demain et pourtant il faut être lucide et se rendre à l’évidence, dans les décennie à venir le mot homme politique disparaîtra, il faut espérer que mot d’élu sera toujours là.
    Pourquoi la politique politicienne disparaîtra et donc ses responsables, parce qu’elle ne sera plus d’aucune utilité pour GERER un Pays, tout simplement parce qu’elle ne disposera plus d’aucun levier pour le faire.
    Homme politique c’est pas un métier, je ne pense pas être le seul à avoir déjà entendu cela, hors diriger un Pays et surtout faire vivre les citoyens qui le composent cela demande forcément « du métier.

    La Médecine a souvent rappelée que « les français creusait leurs tombes avec leurs couteaux et leurs fourchettes.

    Eh bien notre Président de la République nous fait une belle démonstration du creusement quotidien du gouffre dans lequel une grande partie du pays va se retrouver, donc nous françaises et français moyens excepté les bénéficiaires du bouclier fiscal.

    Tant qu’à sa plus grosse manoeuvre, effectuée depuis le début en prônant l’ouverture à gauche dans son gouvernement et actuellement en essayant de « préparer méticuleusement un verrouillage total de la vie médiatique, judiciaire, législative, politique, et interdire toute forme de retour au pouvoir de la Gauche », je pense que personne n’est dupe et qu’il se tape sur la tête avec un marteau sans se rendre compte qu’il se fait mal.

    La SOLUTION devra à long terme être envisagé en provenance de cerveaux plus responsables et bienveillants, pour maintenir la république et la santé citoyenne au coeur de cette république.

  3. C. Coulais dit :

    « On a ainsi ressassé aux Françaises et aux Français, depuis des décennies, que l’impôt était néfaste pour le développement du pays et qu’il était injuste, pénalisant pour l’emploi, inutile, voire déphasé. »
    Il serait bon d’organiser des charters d’élus et de citoyens vers quelques pays africains qui ne réussissent pas à lever un quelconque impôt avec escale dans les pays de notre vieille Europe du Nord ou les citoyens croulent sous cet impôt… (Raccourci facile).
    Et n’oublions pas de planter au retour des chrysanthèmes (compensation carbone) pour pleurer sur notre sort !

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