Le temps arrêté au cadran de l'Horloge

Le très critiqué « modèle social français » a probablement, ces derniers mois, sauvé le pays décrochonsde la Berezina. Le paradoxe extraordinaire réside dans le fait que ceux qui ont exploité les bienfaits de toutes les régulations sociales ou économiques historiques qui restaient, après la vague idéologique européenne sur la libre concurrence, sont ceux qui n’ont cessé, durant la décennie antérieure, de les combattre. Pour des raisons strictement partisanes, en s’appuyant sur des argumentations sans fondement, mais assénées via de véritables campagnes de publicité écrans, en pratiquant la tactique du harcèlement réformiste plutôt que celle de l’attaque frontale, le gouvernement actuel constitué par des collaborateurs du Président de la République, a réussi le prodige, à mi-mandat, de faire oublier une masse d’échecs invraisemblables. Tous les sujets présentés comme prioritaires, lors de la campagne présidentielle, dans les promesses électoralistes, sont à leur plus bas historique, mais comme chaque jour les médias s’évertuent à rendre le subalterne essentiel, la société française s’américanise et perd ses repères. Elle s’installe. Alors qu’aux Etats-Unis, temple du libéralisme, on lorgne vers le système social français (voir la mise en place de l’aide aux soins médicaux et hospitaliers), nous continuons à ingurgiter, à doses répétées, les potions de l’ère Bush et avant elle celles de Thatcher !

Un chômage grandissant, malgré les affirmations sur l’efficacité, constamment ressassées, des baisses continuelles de la part du monde du profit à l’effort collectif , une consommation qui va connaître en ce mois de novembre une dépression exceptionnelle, un déficit exponentiel du budget de cet Etat exsangue, une suite invraisemblable de décisions limitant les libertés individuelles (réforme judicaire, libre information, appropriation partisane pour des décennies des leviers des administrations, un mépris ostentatoire à l’égard de l’opposition, les pressions constantes sur celles et ceux qui ne renoncent pas…) sont dissimulés en permanence derrière des rideaux de fumée médiatiques. L’importance des sujets à traiter ne se mesure qu’à l’impact que lui donnent les médias.

fp01-bigLa France vit désormais au jour le jour, avec l’espoir que l’incertain vaccin de la Grippe H1N1, que «la main de vilain» de Thierry Henry, qu’une improbable cavale d’un criminel, qu’un procès autour d’une catastrophe sans coupables, qu’une escapade dans un pays qui croule sous l’or noir et ne respecte aucun des droits fondamentaux des Hommes, que des réceptions élyséennes, des virées politiciennes sur le terrain…fassent oublier les sujets décisifs pour le quotidien actuel et futur du pays. A chaque instant, le gouvernement ne rêve que de diversions érigées en sujets capitaux, comme ont toujours su le faire les régimes dictatoriaux au cours de l’Histoire. Le pain et les jeux pour les Romains. Les bienfaits de la religion au Moyen Age. Les fastes royaux illustrant la grandeur supposée de la France. Les légendes héroïques des grandes guerres. Les épopées sportives du siècle précédent. Le star system cultivant les vertus supposées de la célébrité. La « pipolisation » exceptionnelle de la société actuelle. Tout dissimule un pays en état de déliquescence sociale, politique, démocratique et économique. Il faut sans cesse parvenir à dissimuler les desseins les plus noirs sous les couleurs de l’instantané. La redoutable machine de la désinformation tourne actuellement à plein régime, à la satisfaction de cette opinion prompte à admettre sans chercher à comprendre, afin de ne pas compliquer davantage son quotidien.

Dans le fond, c’est ce qui devient le plus préoccupant, car la fumée a fini par intoxiquer les esprits les plus ouverts, et il devient quasiment impossible de se dégager de cette gangue des apparences. Tout s’effondre, tout s’écroule, tout s’évapore, mais dans le fond, personne ne s’inquiète outre mesure, car l’habitude a été prise de considérer que le monde était virtuel et que tout pouvait se reconstruire en un clin d’œil !

Le grand emprunt ? Ce n’est que du virtuel pour les Françaises et les Français… qui se perdent dans les milliards dus ! La réforme territoriale ? Elle est virtuelle pour eux tant qu’ils ne recevront pas leur feuille d’imposition locale de 2011. Les compensations de la suppression de la Taxe Professionnelle ? Elles sont aussi virtuelles que les gains de fin de semaine à l’Euromillion. Les services publics de proximité ? Ils ressemblent aux glaciers soumis au réchauffement climatique, dont la disparition paraît toujours virtuelle aux quidams. L’école publique ? Elle vit sur la virtualité de la gratuité et de la laïcité. La solidarité ? Elle ne revient que quand la situation devient insupportable pour l’opinion publique. Modifications constitutionnelles ? Prétendus droits de l’opposition ? totalement virtuels. Equité devant l’impôt ? Absolument virtuelle, après les niches et le paquet fiscal.

Nous somme entrés dans un vaste jeu vidéo où « Super Sarko » tire dans tous les coins, sur tout ce qui se situe sur son passage, pour exploser les résistances, diviser les oppositions, développer durablement son pouvoir, exécuter un grand dessein porté par les penseurs ultras libéraux qui l’ont rejoint. Même le fameux Club de l’Horloge sera, en définitive, en retard…et dans quelques mois, tous ses objectifs auront été atteints. Le fondamentalisme de droite se résume dans ce constat du Club de l’Horloge, dont l’heure de gloire a sonné : « Dans les grands pays occidentaux, le progrès des valeurs libérales s’accompagne d’une montée des valeurs nationales (cf le débat sur l’identité nationale). Le socialisme s’est nourri du déracinement ; le libéralisme puise aujourd’hui son essor dans l’enracinement. Comme au siècle dernier, les souffles mêlés de la liberté et du patriotisme passent sur l’Europe, à l’Est et à l’Ouest. Le libéralisme s’adresse à la raison, le patriotisme au cœur. Pour être populaire, le libéralisme doit être national ». Fermez le ban !

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Le temps arrêté au cadran de l'Horloge

  1. Christian Coulais dit :

    Je ne regarde pas les infos de la mass-TV, mais j’écoute d’une oreille plus ou moins attentive celles de Radio-France. Et je n’ai l’impression d’entendre des propos aussi justes et flagelleurs de la part des nénéfans et autres rino-c’est rosse du PS ! Simpe impression ? Où grave dépression ! ! Ah si tous les encartés pouvaient vous lire plus souvent.

  2. CB dit :

    Merci et bravo Mr Coulais. Et en plus pouvez-vous vous imaginer la voire les années d’avance que possède JMD.

  3. JMD possède certes une vision avancée des années à venir, mais cette anticipation nous indique qu’une prévision de déchéance politique à venir va pas nous améliorer notre quotidien, l’espoir serait tout de même de nous esquisser des contours de solution.
    Je préconise à JMD, même s’il pense peut être que copier les autres (défenseurs d’idées) c’est pas forcément la meilleure solution, de créer son propre « Réseau Social » à partir duquel nous serions directement acteurs avec lui sur des propositions concrètes afin de renforcer et de faire peser les combats qu’il mène pour la bonne cause!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.