Les colosses et les bonhommes de neige

Notre système social, réputé infaillible et solide, nécessitant de moins en moins de personnes de la sphère publique pour en assurer le quotidien, et dont l’avenir repose sur une « marchandisation » accrue, s’effondre au moindre flocon de neige. Extraordinaire pays qui, en hiver, ne supporte plus le froid et ses conséquences climatiques, au moment où les « sauveurs » du monde vont tenter de produire un accord inapplicable à minima sur le… réchauffement de la planète. Devant chez vous, peut-être, un bout de route verglacée cause des embouteillages monstres, qui paralysent l’activité économique au moins autant qu’une pandémie (toujours pas arrivée) de grippe. La France grelotte normalement, avant de se « congeler » dans une inactivité qui ne choque personne.

Les transporteurs routiers, sauveurs de la consommation en péril, enfreignent allègrement les interdictions de circuler, pour renforcer la pagaille généralisée, sur des territoires que l’on a affolé avec des alertes « orange » ressemblant à des gigantesques parapluies, uniquement destinés à préserver les représentants de l’Etat de toute mise en cause ultérieure.

Des centaines de milliers de messages d’alerte ont été diffusés par téléphone, par mail, par SMS ; des reporters de France Info, sortes de Paul Emile Victor des zones polaires, sont courageusement partis, au péril de leur vie, sur les routes enneigées de France pour nous apprendre que ça glissait devant une maternelle normande, qu’il y avait des automobiles dans un fossé dans l’Orne ou qu’il n’y avait plus aucun fonctionnaire de l’ex-DDE en Haute Vienne pour sabler les routes ou les racler. Encore une fois, personne n’explique que l’Etat a refilé cette belle compétence aux Conseils généraux, qui doivent désormais gérer le dégagement de tout le réseau routier principal, 24 heures sur 24. Personne n’indique que la loi est formelle : le déneigement et la lutte contre le verglas sur les trottoirs n’incombe nullement à la puissance publique, mais aux propriétaires riverains. Dommage pour la citoyenneté !

La France s’étonne que la circulation automobile, encouragée et développée au nom de son impact sur la vie économique, pose des problèmes dès que quelques centimètres de poudreuse s’installent sur une chaussée et que quelques miroirs de glace se forment en lisière d’un bois.

En fait, ces événements mettent en relief  l’inaptitude totale d’une société à s’adapter aux contraintes naturelles, qu’elle souhaite en permanence contraindre à ses désirs ou à ses peurs. Les ramassages scolaires deviennent potentiellement dangereux, alors que les enfants ont totalement perdu la valeur du chemin de l’école ou du collège. Les routes légèrement enneigées Verglas-69413conduisant au moindre hameau de campagne, transforment les habitations, que l’on a justement voulues isolées, perdues au milieu de nulle part au nom de sa liberté, en îlots de solitude insupportables.

La France découvre l’absurdité de sa situation quand des versions contradictoires parlent de sa production d’énergie. Les chauffages poussés au maximum font en effet s’effondrer le réseau d’alimentation électrique du pays ayant le plus grand nombre de centrales nucléaires. Sans que personne ne se pose la question de savoir si on n’a pas trop subventionné, dans le passé, l’installation de chauffages électriques.

Les écoles bouclent l’année en roue libre, avec des effectifs allégés par les épidémies non prise en compte (les « gastros » sont nettement plus nombreuses que les cas avérés de grippe A !) et par l’angoisse des parents de voir le « petit » prendre froid.

Les médias transforment en scoops ce qui a appartenu durant des décennies au quotidien gérable, pour des téléspectateurs avides d’apocalypse climatique. Ils ressassent les défaillances d’un système devant garantir un risque zéro, alors que la nature produit de plus en plus souvent des moments délicats pour celles et ceux qui la maltraitent. En fait, les colosses aux pieds d’argile perdent toutes les batailles face à des bonhommes de neige… éphémères. Un peu comme si le rythme des quatre saisons constituait un handicap social destructeur. On glisse vers un lissage absolu de toutes les aspérités de la nature, afin qu’elles ne constituent plus des obstacles à une standardisation de nos modes de vie supposés sûrs, sains et paisibles. Il ne faut de la neige que la nuit de Noël, et encore, à condition que le traîneau du Père Noël ne soit pas  bloqué dans les embouteillages créés par le verglas… Les autres jours, c’est inutile !

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3 réponses à Les colosses et les bonhommes de neige

  1. Dominique Trento dit :

    Et oui loin des grandes déclarations d’intentions le veau d’or de la consommation et l’individualisme nous conduisent dans l’impasse. Mais comment donner une nouvelle orientation à notre paquebot ? Des choix politiques courageux et ambitieux paraissent indispensables.
    Malgré les apparences de nombreux citoyens sont disponibles pour entendre et je crois participer à cette inflexion. La question complexe reste le comment y parvenir et avec qui ?
    La politique de transport, puisque vous en parlez, me parait un axe important car elle touche tout le monde ou presque et chacun voit bien que nous sommes au bord de la paralysie. Cela reste aussi du domaine de compétence des collectivités territoriales et donc en proximité du citoyen. A votre disposition pour avancer sur ce sujet.

    Cordialement

  2. Annie Pietri dit :

    Je me souviens d’un temps que les moins de …. 60 ans ne peuvent pas connaître….En ce temps là, il n’y avait ni téléphone, ni télévision (sauf peut-être pour quelques privilégiés), ni portable, ni SMS, ni alerte orange, rouge ou verte….Les services de l’Equipement s’appelaient encore les Ponts et Chaussées. Il neigeait en hiver, même en plaine , sur les bords de la Loire par exemple. « Les Ponts », comme on les appelait, avaient leur réserve de sel et de sable, et au premier flocon, de jour comme de nuit , le « tam-tam », l’intuition, le bouche à oreille, comme on voudra, fonctionnaient, et les « agents des routes » -c’est ainsi qu’on les appelait – filaient hors de chez eux dans le froid et la neige pour se mettre au service des usagers et dégager routes et chemins, jusqu’aux fermes les plus isolées, où on les réchauffait d’un casse croûte!!!
    J’ai souvent vu mon père, chef de chantier aux Pts et Chaussées, partir sous la neige, dans la nuit, le matin et ne rentrer à la maison qu’à la nuit noire le soir. Les voitures roulaient, lentement certes, mais elles roulaient, les piétons pouvaient se déplacer, il n’était pas question que les adultes n’aillent pas travailler, et pour nous, les enfants, c’était la fête….Bataille de boules de neige sur le chemin de l’école, et notre distraction favorite: se laisser tomber à la renverse sur le manteau neigeux pour y imprimer notre silhouette….et honte à celles ou ceux qui se dérobaient à cette « épreuve » !!
    Oui, je sais, j’ai l’air d’ « un ancien combattant » nostalgique. Oui, je sais, les conditions de circulation ont changé. Oui, je sais, les conditions de vie ont changé aussi, je sais qu’il y a davantage de voitures, beaucoup plus de camions, etc… Mais je sais aussi que le nombre de fonctionnaires affectés à ces tâches essentielles pour le confort des citoyens a diminué de moitié. Et que rares sont ceux, désormais, qui sont prêts à se sacrifier au service des autres, en oubliant la maison et la télévision….je ne parle pas du gazon, il est sous la neige !

  3. olivier dit :

    Ayant habité en Alsace pendant 8 ans (de 1995 à 2003), région ou les hivers sont rudes. Les routes sont toujours praticables avec une conduite adaptée et les trottoirs toujours déneigés par les habitants. Comment fait cette région pour arriver à cela ?
    Les équipes de la voirie fonctionnent en 3/8 des que cela est nécessaire et Il n’y a pas plus d’agent que dans d’autre région.
    Les habitants ne souhaitant pas glisser et tomber s’assurent le matin avant de partir au travail que leur bout de trottoir est déneigé.
    En gironde, la neige est rare, les gens ne savent pas conduire sur celle-ci. Le conseil général n’a peut être pas envie d’organiser ces services en conséquence pour une meilleure circulation.

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