La hotte de Noël du Pôle emploi

POLE EMPLOISelon une note de Pôle Emploi, d’ici à la fin de l’année 2010, un million de chômeurs auront épuisé leurs droits à indemnisation… et se retrouveront à émarger aux diverses aides sociales en vigueur ou à inventer. Cette terrible « prédiction » devrait mettre dans la rue tous les salariés, de tous les secteurs d’activités, car elle relève de la plus élémentaire solidarité. Mais rassurez-vous, l’information n’a pas bénéficié d’autant de médiatisation que les problèmes de santé de Johnny, l’évadé fiscal suisse. Surtout au moment où les parlementaires UMP, pressés de rentrer à la maison pour manger les chocolats de leur calendrier de l’avent, ont voté une loi des finances pour 2010 qui prévoit un déficit de près de 120 millions d’euros, soit la somme dont l’État a besoin pour payer ses propres fonctionnaires que pourtant il tronçonne, rase et détruit avec une louable opiniâtreté. A une semaine du réveillon, ils ont simplement pris les Françaises et les Français pour des dindes ou des dindons!

En fait, en quelques heures, la France vient d’être plongée dans le noir le plus profond puisque l’on sait fort bien que, dans quelques heures, il sera impossible de parler d’autre chose que de foie gras, de chapon rôti, de bûche ou de champagne… Ils auront le temps, début janvier, après les vœux « percutants » du Président de la République, de soigner leurs éventuelles brûlures à l’estomac. Tout sera digéré et oublié.

Les syndicats ont pourtant tiré la sonnette d’alarme, dans une indifférence totale. Le nombre de personnes éligibles à l’allocation spécifique de solidarité (ASS) versée par l’Etat ne sera que de… 160 000 en 2010 et ainsi, seuls 16% des chômeurs pourront en bénéficier. Il faut noter, en plus, que le patrimoine étant pris en compte pour l’obtention de cette aide, les chômeurs doivent d’abord puiser dans leurs économies ou éventuellement vendre leurs logements avant d’y avoir droit. Et les 840 000 autres chômeurs sont abandonnés par le gouvernement, qui ne semble toujours pas se rendre compte de la gravité de la situation. Comme à son habitude, il multiplie les cadeaux fiscaux injustifiés pour les plus aisés, alors que les plus modestes sont laissés sur le bord du chemin. Beaucoup d’entre eux iront au RSA !

Une brève dans « Les Echos », une dépêche AFP ont suffi à toute la presse pour informer les citoyens qui vont être touchés à moyen ou à long terme par la grande faucheuse de la politique gouvernementale. Il s’agit et vous l’aurez bien compris d’une information sans importance. En 2009, déjà près de 850 000 personnes avaient épuisé leurs droits à indemnisation. Et face à cette nouvelle, les services de Laurent Wauquiez restent sans voix et surtout sans solution. Après plusieurs journées d’attente, personne n’est capable de commenter ce chiffre. Silence radio, télé, presse écrite. Prolixe sur l’identité nationale les blogs UMP ont oublié de s’intéresser à cette prévision!

Il existe pourtant des leviers pour faire face à cette explosion incontestable du nombre de chômeurs en fin de droits. La prolongation, au-delà de la fin de l’année 2009, de l’allocation de fin de formation ou bien encore de l’allocation équivalent retraite. Dans un cas comme dans l’autre Laurent Wauquiez a expliqué laconiquement que c’était à l’étude…comme l’est actuellement dans des débats débiles cette identité nationale qui repose simplement sur l’adhésion, par des citoyens éduqués, informés, lucides, aux principes républicains de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Mais il vaut mieux cacher la misère qui arrive, sous des logorrhées plus ou moins racistes… ou des attaques contre les élus de gauche qui ne cessent de répéter que la suppression de la taxe professionnelle aura des effets collatéraux terribles en 2010 et surtout en 2011 sur l’emploi ! On verra le moment venu !

Maurad Rabhi, administrateur CGT à Pôle emploi, contacté par Marianne2, « assume » avoir rendu public ces chiffres alarmants : « L’heure n’est plus à tergiverser. Il faut apporter de vraies solutions à ces personnes. La situation oblige tout le monde à réagir. La solution incombe en partie aux partenaires sociaux, patronats et syndicats. Il faut que nous décidions de couvrir plus longtemps les chômeurs. Mais pour ça, il faut alimenter l’Unedic, il faut mettre de l’argent. » Pour atteindre cet objectif, le représentant syndical évoque notamment l’idée d’« une cotisation sur les contrats précaires, CDD et intérim ». Mais à l’en croire, cette solution n’enthousiasme guère les représentants des patrons : « Ils cherchent à minimiser ce chiffre et à gagner du temps. C’est parce qu’ils savent bien qu’il faudra, soit créer une taxe, soit augmenter les cotisations. » Allez, une nouvelle taxe de plus, qui ne servira qu’à masquer les avantages consentis à celles et ceux qui s’exonèrent, via les parlementaires UMP, de leur participation à l’effort de solidarité.

Maurad Rabhi, sur Marianne 2, n’ oublie pas non plus l’État : « Sa responsabilité est tout aussi grande que celle des partenaires sociaux. « LA » solution existe, pour lui : « remettre en cause le bouclier fiscal, car c’est un non-sens économique ». Mais il s’agit surtout d’une mesure riche en sens politique pour le chef de l’Etat qui, contre vents et marées (même de chômeurs), ne semble pas disposé à y renoncer. Elle est tellement efficace ! Personne n’a réagi quand Éric Woerth a en effet annoncé à grand fracas qu’il disposait « d’une liste de 3 000 noms » de contribuables hexagonaux ayant des fonds non déclarés au fisc déposés en Suisse, pour un total de 3 milliards d’euros. Probablement, des protégés par le bouclier fiscal, qui sont  allés mettre en sécurité l’argent… économisé par cette mesure de caste. Il serait très intéressant qu’une statistique anonyme soit fournie par ses services sur ces 3 000 fraudeurs. Combien de protégés du bouclier fiscal parmi eux ? Combien de personnes soumises à l’ISF ?  J’ai au moins une certitude : on ne devrait pas y trouver beaucoup de ce million de gens qui ira pointer au RSA, financé par les conseils généraux en 2010. Vous savez, cette « part du mille feuilles » dont il faut supprimer la moitié des élus, car ils coûtent trop cher… et qui emploie trop de monde pour payer le RSA à celles et ceux qui n’ont plus de boulot ! Les centres Communaux d’action sociale peuvent se préparer à compenser l’absence totale de solidarité nationale effective. Dans sa hotte, le Père Noël gouvernemental n’a qu’un trou gigantesque.

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