Grenelle c'est beaucoup de vent !

Je n’ai cessé d’écrire et d’oser dire que les réunions du Grenelle de l’environnement accoucheraient d’une souris qui, fût-elle verte, aurait du mal à être crédible. Il y a eu une période d’orgasme écologique, qui cadrait bien avec la nouvelle image d’Epinal que voulait se donner le Chef de l’État Français. Dans la commission où je siège, au niveau national, sur le devenir des redevances éco-emballages, Chantal Jouanno, actuellement verte de rage rentrée, était venue, en personne, sermonner les négociateurs pour leur expliciter la volonté présidentielle de voir « le Grenelle mis en œuvre dans les meilleurs délais ».
Dans une envolée lyrique, le 25 octobre 2007 devant Al Gore, Barroso, et Fillon, Nicolas Sarkozy avait évoqué (croix de bois, croix de fer, si je meurs je vais en enfer) la création d’une taxe carbone, et défendu le principe de précaution, au nom d’une nécessaire « révolution » verte. « Je veux que le Grenelle soit l’acte fondateur d’une nouvelle politique, d’un new deal écologique en France, en Europe, dans le monde », a lancé le chef de l’État français aux participants du Grenelle, réunis à l’Élysée, après 48 heures de débat sans précédent. « Vos propositions, je les fais miennes, je les porterai et je les mettrai en œuvre », a-t-il assuré. Il avait oublié, simplement, de préciser jusqu’à quand il les porterait !
En fait, le Grenelle n’a été qu’un théâtre médiatique dans lequel les hauts fonctionnaires présents, les ministres, sous-ministres, élus UMP (très majoritaires), via les associations d’élus ou spécialisées, savaient par avance que tout se jouerait ensuite dans la rédaction des lois et de leurs décrets d’application. Autour des tables, des « lobbies » discrets, avoués ou absents se préparaient à rôder dans les couloirs du sénat et de l’assemblée. Depuis cette annonce élyséenne, qui couvrit Borloo de lauriers verts arrosés au champagne, tout a été fait pour détruire toutes les propositions acceptées dans les Grenelle pour la frime. Par contre, dès qu’une décision était à prendre, les lobbies se sont mis en marche, et le gouvernement a fait machine arrière toute, ou a renvoyé vers les communes, les départements ou les régions, les bébés avec l’eau sale des bains ! L’économique a pris largement le dessus sur toutes les autres considérations, aussi louables soient-elles, et dans un système libéral, il n’y rien à espérer du pouvoir politique !
Prenons un exemple concret. Le Grenelle a par exemple souhaité des efforts d’enfouissement des réseaux électriques, la réduction du trafic routier, l’utilisation des techniques actuelles de communication en remplacement du papier (dématérialisation des actes), le développement du ferroviaire, l’utilisation grandissante des énergies renouvelables… Tout le monde s’est extasié devant autant de bonnes intentions pour éviter le chemin d’enfer de l’avenir de la planète. On a même cru que Borloo avait la main verte. Nicolas Hulot a augmenté ses ventes de produits Ushuaia. Les écolos bobos ont triomphé. Tout l’univers a été ripoliné aux couleurs de l’arc en ciel. Bref, nous nous dirigions vers une gouvernance « plus verte que verte ». Grenelle devint le nirvana, le sanctuaire, le temple de la concertation, avant qu’arrivent les décisions.
Comme il fallait trouver des compensations à l’absurde suppression idéologique de la taxe professionnelle, Bercy s’est précipité sur…tout ce qui pouvait atténuer les effets de ces idées saugrenues venues de gens inconscients. Les technocrates financiers décrétèrent la taxation des… pylônes électriques et, pour faire bonne mesure des pylônes téléphoniques, attribua aux régions et aux départements la taxe sur les produits pétroliers et sur les assurances, taxa les centraux téléphoniques modernisés, taxa les locomotives et les wagons, taxa les éoliennes, réduisit fortement et rétroactivement le prix du Kilowatt produit par le photovoltaïque. En fait, un signe fort était donné aux élus locaux : si vous voulez survivre financièrement, assumez vis à vis de l’opinion l’augmentation « rentable » de tout ce dont le Grenelle ne veut pas. Le plan national vélo ? Rien à cirer. La taxation des producteurs de déchets ? Rien à cirer. Les émanations de CO2 liées à la circulation routière ? Rien à cirer. Les engagements sur les OGM ? Rien à cirer, alors que le Chef de l’Etat en extase verte avait souhaité « que la culture commerciale des OGM soit suspendue. Ceci en attendant les conclusions d’une expertise à conduire par une instance qui sera créée avant la fin de l’année ». La taxe carbone même à réviser ? Rien à cirer. Répondant à une demande insistante des écologistes, au premier chef Nicolas Hulot, Nicolas Sarkozy s’était pourtant solennellement engagé à étudier « la création d’une taxe ‘climat-énergie’ (la taxe carbone, ndlr) en contrepartie d’un allègement de la taxation du travail », dans le cadre d’une remise à plat de la fiscalité en France envisagée au printemps 2008… mais qui avait attendu 2010, pour ensuite se volatiliser… à cause de l’Europe, comme le veut désormais une tradition bien établie. Patrick Ollier, la figure de proue des amis de l’atome à l’Assemblée, assassinait hier la filière élonienne, comme bercy avait poignardé la filière solaire. Il s’était notamment distingué en empêchant que la loi Grenelle comporte des normes exigeantes en matière de consommation énergétique dans le bâti. Le président de la mission parlementaire sur l’éolien, par ailleurs président de la commission des affaires économiques (tiens donc?), s’apprête à proposer un rapport, qui consterne les députés d’opposition ayant participé à la mission, et qui inquiète fortement les associations dont le Girondin Philippe Plisson (PS). Avec ses amis, ils ont multiplié les arguments malhonnêtes, tels la multiplication des entraves administratives (taille des parcs, procédure d’installations classées, éloignement géographique…), dont le seul but est de rallonger et compliquer des procédures déjà trop lourdes. Pendant ce temps, l’éolien est devenu une force de frappe industrielle en Allemagne et au Danemark. Les énergies renouvelables représentent plus de 300 000 emplois outre-Rhin, soit près de deux fois plus qu’en 2004. Pour la première fois, le secteur des énergies renouvelables a fourni plus de 10 % de l’énergie consommée, chez notre voisin allemand. Chez nous, il faudra un autre Grenelle pour en parler avec les lobbies électoraux des verts et les lobbies électoraux du monde économique. Les citoyens ? Quels citoyens ? Les élus locaux ? Quels élus locaux ? Les contribuables ? Quels contribuables ? On attendra une catastrophe pour les écouter, comme après la décision dans le procès du naufrage du pétrolier Erika et la confirmation des peines d’amende prononcées en première instance à l’encontre du groupe pétrolier, de la société de classification Rina, de l’armateur Giuseppe Savarese et du gestionnaire Antonio Pollara. La décision du président de la cour d’appel Joseph Valantin suit ainsi les réquisitions du parquet général à l’automne dernier. La cour a estimé que ces sanctions étaient justifiées «compte tenu de l’ampleur de la pollution, de la gravité des fautes commises, des ressources et des charges des condamnés». Dans ses attendus, la cour a estimé que le groupe Total, affrêteur de l’Erika, avait bien «commis une faute d’imprudence en relation de causalité avec le naufrage» de l’Erika, en décembre 1999, au large du Finistère. Heureusement qu’on n’en parle pas autour des tables de Grenelle !

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7 réponses à Grenelle c'est beaucoup de vent !

  1. Cubitus dit :

    Je dois être naïf, mais vous y avez cru, vous, au Grenelle de l’Environnement ?
    Pour ma part, je n’y ai pas cru une seconde. L’unique but de cette manoeuvre étant une opération électoraliste en direction des écolos bobos citadins qui viennent faire du tourisme « vert » le week-end dans nos campagnes et dans nos bois à bord de leurs 4X4 rutilants et l’occasion de prélever de nouvelles taxes. Se chauffer de nos jours devient quasiment un luxe et on nous annonce de plus pour le premier avril une augmentation du gaz de près de 10%.
    Perso, j’ai une petite voiture de 4cv qui n’a même pas de clim. Et comme le tramway ne vient pas jusqu’à Créon, je dois la prendre tous les jours pour me rendre à mon travail dans le centre de Bordeaux. Bilan : plus de 120 euros de carburant pas mois. Qu’on ne me parle pas de Trans’Gironde : Créon est très mal desservie et partir de chez moi à 6 heures du matin pour y revenir à 19 heures, je laisse ça à d’autres. On voudrait nous réduire vraiment à la misère qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
    Alors la taxe carbone, non merci. D’autant que les plus gros pollueurs, les véritables empoisonneurs de notre atmosphère en auraient été exonérés (on tape pas sur les copains industriels et on ménage Parisot).

    Ensuite, où serait passé le produit de cette taxe ? Sûrement pas dans la défense de l’environnement. Noyée dans la masse du budget général de l’Etat au nom du sacro saint principe budgétaire de non affectation des recettes. Puis dilué pour abonder ça et là les lignes budgétaires déficientes. Peut être pour augmenter le budget de l’Elysée, ou financer les voyages en jet privé de nos ministres pourquoi pas (voir l’actuelle affaire Joyandet)…

    Enfin, il y a des précédents quand même : la vignette auto dont, comme disait un humoriste, les vieux n’en ont vu la couleur que le jours où on a dû l’afficher sur le pare-brise.
    Et plus récemment, la journée de solidarité. Joli tour de passe-passe dont seul le Medef s’est félicité. Je croyais pourtant que la solidarité s’effectuait à partir de l’impôt. Et bien non, on nous a trouvé autre chose. Nous sommes revenus au temps des corvées imposées au Moyen-Âge et qui consistait à travailler gratuitement et obligatoirement certaines périodes de l’année pour la convenance exclusive du Seigneur. Quant à la manne produite par cette journée de Solidarité, les vieux n’en profitent pas beaucoup je crois. Le financement des maisons de rétraite a été revu à la baisse. Et, pire, une partie des fonds est carrément détournée de son but initial. Voir cet article du Monde, pourtant pas réputé pour être un quotidien de gauche (http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/05/29/700-millions-d-euros-destines-aux-personnes-agees-detournes-selon-une-association_1200024_3224.html). C’est édifiant.

    Mais que nos gouvernant arrêtent donc de nous prendre pour des imbéciles et des vaches à lait.

  2. Cubitus dit :

    PS : J’ai tapé trop vite et j’ai fait 3 fautes d’accord :
    Vous voudrez bien lire :
    Noyé au lieu de Noyée ;
    jour au lieu de jours
    gouvernants au lieu de gouvernant.
    Avec toutes mes excuses.

    PS bis : une fonction « Edit » serait la bienvenue pour se corriger après envoi 😀
    (si c’est possible bien sûr)

  3. Danye Cortot dit :

    LES FAUTES…vous êtes excusé …votre commentaire sur les écrits de J.Marie sont criants de vérité et reflète la colère de chaque personne qui partage toutes ces remarques,ces constatations en lisa

    Ce saccage de la démocratie au quotidien et qui s’aggravent au fil des des jours. Les ambitions folles ,démesurées de SARKO entouré de sa meute sauvage

  4. Danye Cortot dit :

    LES FAUTES…vous êtes excusé …votre commentaire sur les écrits de J.Marie sont criants de vérité et reflète la colère de chaque personne qui partage toutes ces remarques,ces constatations en lisant les écrits journaliers .

    Ce saccage de la démocratie au quotidien et qui s’aggrave au fil des des jours. Les ambitions folles ,démesurées de SARKO entouré de sa meute sauvage ne change pas de cap..on peut même supposer que cela le passionne! Il répète avec jouissance : les Français m’ont élu pour faire changer la France accompagné de ses singeries moqueuses >…..Toutes ses manoeuvres sont financières , politiques avec perte de nos valeurs démocratiques et notre liberté fou le camp. Nous devenons un troupeau affolé qui n’avance plus ….

  5. Danye Cortot dit :

    ps ..j’ai copié sur CUBITUS .. les non pro » » font des erreurs moins graves que le gouvernement actuel!

  6. PIETRI Annie dit :

    Là comme ailleurs, notre « cher » Président s’est agité, a tapé sur la table avec ses petits poings serrés, a clamé à la face de la France, de l’Europe et du Monde, sa ferme volonté que le Grenelle soit l’acte fondateur d’une politique écologique, dont il garantissait la mise en oeuvre. Et puis, plus rien….Tout s’est effondré face aux coups de boutoir de lobbies et d’intérêts économiques divers. « Croix de bois, croix de fer… » si j’y croyais, je dirais bien qu’il ira en enfer ! La seule chose sur laquelle il s’entête, c’est le bouclier fiscal parce que là, les lobbies de ses richissimes amis sont derrière lui. Mais ne désespérons pas….Au vu des reculades multiples auxquelles nous avons assisté depuis qu’il est président, et avec l’aide de quelques uns de ses « amis » UMP, – en dépit du « remontage de bretelles » et du « resserrage de boulons » de cet après midi – nous finirons bien par le faire changer d’avis …. ne serait-ce que par peur du verdict des urnes…..

  7. JMD dit :

    En apparence, tout va bien: Jean-Louis Borloo s’occupe (lire ici son agenda ministériel). Le ministre lance ces jours-ci sa troisième semaine du développement durable. Inaugure une maison basse consommation. Reçoit un dirigeant chinois. Répond aux questions des députés à l’Assemblée. Rencontre la fédération française du bâtiment.

    Mais en coulisse, les doutes abondent. L’abandon de la taxe carbone «affaiblit le ministère, même si ce n’est pas de sa faute», se désole un responsable administratif. A Bercy et au Meddem, dénomination depuis l’année dernière du ministère de l’écologie, où beaucoup de monde a planché sur le projet des mois durant, la fatigue et le découragement affleurent. «Copenhague, c’est out. Le thon rouge, c’est out. La taxe carbone, c’est out. On va où?», se demande un cadre du ministère.
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    http://www.mediapart.fr/article/offert/c1097853f780287e43b661c2ed267f31

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