Avant moi c'était le déluge !

Une des tristes habitudes du système social français réside dans le fait que, quand un responsable s’installe quelque part, il ne sait qu’avancer un principe : « tout ce qui a été fait avant moi a été nul! » … « j’ai trouvé une situation financière catastrophique »… « personne ne bosse véritablement » Au plus haut niveau de la République, la ficelle est usée, et même usée mais elle marche toujours quand on est à bout d’arguments. On sait bien que si la France est dans un état de délabrement social avancé, ce ne sont pas les gouvernants actuels qui en portent la responsabilité, mais c’est imputable aux socialistes.
Plus de 8 ans après, le gouvernement Jospin, est le coupable idéal. Il suffit d’assister à l’Assemblée ou au Sénat aux questions d’actualité pour voir à quel point, quand ils n’ont plus d’arguments pour expliquer leurs échecs, Ministres et sous-ministres évoquent le passé pour esquiver la réalité. Si plus rien ne va sur le terrain de l’emploi : ce sont les 35 heures qui en sont la cause !
Ne cherchez pas une autre explication. Or, comme personne, dans ce pays docile, n’a la volonté d’examiner sereinement les faits, et que l’on s’y contente d’affirmations péremptoires, Xavier Bertrand, Frédéric Lefèvre et leurs affidés locaux affirment tout et n’importe quoi. Dans un monde concurrentiel à l’échelle mondiale, les 35 heures seraient la seule raison de nos problèmes.
Pour la durée hebdomadaire du travail des salariés, on dispose de statistiques fiables chez Eurostat, organisme européen qui comptabilise toutes sortes de statistiques. Et plus précisément, la durée hebdomadaire du travail pour un temps plein/partiel depuis 1998. On apprend donc chez Eutostat, qu’en 2008, la moyenne de cette durée sur les 27 nations de l’UE était de …37,9 heures pour 27 nations, dont certaines ont des valeurs à 45 heures ou plus! Plus précisément, en 2008 (les chiffres 2009 seront bientôt disponibles), Le Royaume-Uni a une moyenne de 36,9 heures, l’Allemagne de 35,6 heures et la France de 38,1 heures. On le voit, le salarié Français travaille plus que son voisin allemand ou anglais. Et ça dure depuis assez longtemps, ce n’est donc pas un succès de l’UMP. Ensuite, regardons l’évolution depuis 1997 : cette moyenne a été de 36,3 heures en 2002, et est coincée à 38 heures depuis 2003. On se souviendra toujours que Nicolas Sarkozy devait remettre la France au travail .  C’est donc raté : il n’y a aucun effet sur la durée moyenne réelle du travail, y compris avec ces heures supplémentaires qui détruisent de l’emploi : la moyenne n’a pas changé en 3 ans, depuis 2006 . Par contre, ces heures supplémentaires détruisent de l’emploi : en 2008, l’Acoss avait enregistré 727 millions d’heures supplémentaires, soit l’équivalent de 466 000 emplois à temps plein. Un sacré succès. Cela s’est fait aux dépens de l’emploi, si on considère que la moitié de ces heures, soit l’équivalent de 233 000 emplois, auraient pu être effectuées par des jeunes qui arrivaient sur le marché du travail, ou par des chômeurs. Et cette mesure ne doit rien aux… socialistes ! Impossible donc de leur en imputer la responsabilité !
L’autre facilité réside dans d’autres réponses toute faites : « mais vous n’avez rien fait durant votre passage au pouvoir ! » ou au contraire « vous en avez trop fait quand vous étiez en place ! » ou encore « vous avez fait de même durant des années ». Là encore, ces phrases types reflètent le contexte médiatique, dans lequel personne ne les met en doute. Ainsi, on apprend au hasard d’une vengeance présidentielle, venue du communicant Pierre Charron, que Rachida Dati bénéficiait d’avantages matériels non négligeables (voiture de fonction, 3 policiers d’escorte, deux téléphones mobiles dernier cri…) fournis par le Ministère de l’intérieur. Selon les célèbres vers de Voltaire, adaptés aux circonstances (« l’autre jour, au fond d’un vallon-un serpent piqua Pierre Charron-Que pensez-vous qu’il arriva ? Ce fut le serpent qui creva !), le dénonciateur du « complot » qui piqua Rachida Dati (avec l’accord présidentiel sûrement) fut sanctionné à son tour. N’empêche que, pour excuser cette mise en évidence d’avantages illégaux, l’UMP a sorti sa phrase magique : « il est usuel qu’un ministre bénéficie de ces avantages pendant six mois après avoir rendu sa fonction ! » Sous entendu, demandez donc aux anciennes ministres de la justice si elles n’ont pas bénéficié des mêmes avantages ! Ça marche, puisque personne ne se préoccupe véritablement de vérifier cette affirmation. Or, il n’existe aucune réglementation, aucune norme, aucun texte dans ce domaine, pouvant justifier ces faits et comme, d’autre part… un élève de CM2 qui sait compter peut constater que l’ex-Garde des Sceaux ayant été virée le 23 septembre 2009, elle a bénéficié de ces avantages illégaux durant… 9 mois ! Élisabeth Guigou a eu beau expliquer qu’elle avait quitté le même Ministère a pied avec son cabinet après son remplacement, elle n’a eu aucun écho.
La démocratie ne sort jamais renforcée de ces affirmations qui sont infondées, mais qui évitent toujours le débat politique de fond. Pour masquer ses propres responsabilités, ou pour éviter que l’on examine la manière dont on les exerce, il est tellement plus facile de s’en prendre aux prédécesseurs que cela devient une recette de gouvernance.
Les caisses sont vides ? Ce sont les socialistes qui les ont laissées ainsi, et heureusement que nous sommes arrivés pour remettre de l’ordre ! La délinquance remonte ? C’est le laxisme des socialistes qui en constitue la cause. Les caisses de la sécurité sociale sont vides ? Ce sont les socialistes qui n’ont pas pris les mesures en temps utile. Les retraites deviennent problématiques dans une période du chômage grandissant ? Ce sont les socialistes qui ont tué le système de répartition, en donnant le droit de partir à 60 ans à des salariés que les patrons mettent, de toutes les manières à la porte, dès qu’ils approchent de cet âge !
On n’a plus qu’une certitude dans ce monde de la lâcheté latente : en 2012, si les électrices et les électeurs constatent que la France est ruinée, que le chômage est au plus haut niveau, que la pauvreté et la précarité ont franchi un nouveau pallier, que les services publics ont été détruits, que la marchandisation des droits essentiels a augmenté, que la liberté individuelle et collective a décliné, que la fraternité a été détruite, que les collectivités territoriales ont été étranglées… il deviendra délicat d’expliquer que c’est encore et toujours la faute du prédécesseur !

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1 réponse à Avant moi c'était le déluge !

  1. J.J. dit :

    On ne m’ôtera pas de la tête que ce volcan islandais qui fait des siennes à un si mauvais moment (et en même temps que la grève à la SNCF !), c’est encore un coup des socialistes.

    Réflexion plus sérieuse sur cet événement : il suffit de peu de chose, et surtout d’un incident imprévisible pour paralyser notre bel ordre mondial, entièrement basé sur des techonologies relativement fragiles.

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