La peur absolue de déplaire

Désormais nous vivons sous la dictature du ratio, de la simulation informatique, de la gestion formatée. Cette réalité prend le pas sur le bon sens, l’histoire, et plus encore sur les choix humains. Plus question d’échapper à une sorte de mise en coupe réglée de tous les principes liés à une approche mesurée des décisions. Les normes, les règlements, les obligations techniques, les contraintes officielles planent sur la vie quotidienne des gens attachés à la liberté individuelle. La judiciarisation de la vie sociale sous toutes ses formes pour mettre en forme contrainte toutes les initiatives. Chaque fois que survient un événement mettant en question le « risque zéro », on assiste à une ouverture de parapluies officiels, dignes de ceux de Rochefort. La dimension humaine s’éteint lentement, sous la pression des administrations et de groupements corporatistes. Plus personne ne se penche sereinement sur les causes, mais on traite immédiatement, dans la hâte, et sur la base de justifications liées à des constats informatiques, les effets. On met des pansements, sans distinction, sur toutes les jambes, de telle manière que l’on voit bien que l’on a pris soin des victimes.
Deux récents événements mettent en évidence ce comportement d’un Etat surtout soucieux de donner une image de fermeté et de rigueur, mais pas nécessairement d’efficacité et d’objectivité.
La tempête Xynthia a révélé les dysfonctionnements actuels dans l’élaboration des documents d’urbanisme. La loi de Besson (pas celui qui rejoue les années trente), mais l’autre, intelligent et expérimenté, maire de Chambéry, ville exemplaire, qui avait élaboré la loi dite SRU visant essentiellement à densifier les nouvelles constructions autour des entités humaines existantes. Il avait prédit, dans de nombreuses déclarations, que les catastrophes économiques et environnementales viendraient de l’utilisation massive de l’espace.On créait le mythe de la maison individuelle, sur un espace réputé paradisiaque (proche d’une rivière ou d’un fleuve, proche d’un rivage, dans une forêt… ou dans une prairie) et ce, en faisant semblant d’en ignorer les inconvénients.
Toutes les mises en garde ne servent à rien, car la défense reste toujours la même : « vous ne m’avez rien dit… », « Je ne le savais pas… », « Ah ! Si vous m’aviez prévenu, je n’aurais pas fait ça ! », après que les catastrophes tombent. Et aussitôt, l’Etat entre dans le jeu : « c’est pas moi c’est l’autre… », « on va faire une nouvelle loi… »,
« On va vous soutenir, et on va tenir compte de ces faits… » Le parapluie s’ouvre de tous les côtés, et l’administration se déchaîne pour peu qu’un Ministre soit de passage. Alors, imaginez si un Président de la République, spécialiste des déclarations à l’emporte-pièce, passe par là ! Il peut en effet annoncer n’importe quoi devant une caméra… sans même savoir si ce qu’il annonce est logique, incontestable ou cohérent !
Sur les lieux du désastre de Xynthia, il y est allé, avec un aplomb sans nuance. Résultat : terrorisés, les services ont accentué toutes les mesures à prendre : le parapluie dans toute sa splendeur. Même le « machine arrière toute » de Borloo, qui mange chaque jour son chapeau siglé Grenelle (voir toutes les chroniques que j’ai publiées sur ce sujet !) n’a fait que confirmer combien les annonces faites relevaient du grand n’importe quoi ! Opacité sur les critères, zones totalement illégitimes, manque de recul sur les événements climatiques, aucune comparaison entre le coût présumé des démolitions-expropriations et celui de l’amélioration des mesures de protection, aucune évaluation des conditions de prévention et d’évacuation.
Le Président a dit « demain on rase ! » et, comme des trouillards, les services de l’Etat en rajoutent ! Ce que veut le Chef de l’Etat français doit être déformé, amplifié et exécuté !
Pour les poussières du volcan, nul ne se soucie véritablement de l’impact santé, mais on campe sur l’impact économique. Encore une fois, le « politique » a calé sous la pression des créateurs de profit. Le gouvernement par la peur a tenté de refaire le coup de la « terreur », développée par la médiatisation des « crimes et du non châtiment ». Dans Le genre « votre sécurité n’a pas de prix pour nous », on a plongé l’Europe dans la panique. Il est vrai que l’essentiel des naufragés des cendres volcaniques appartiennent aux classes moyennes aisées… et cette clientèle apprécie, jusqu’à un certain point, qu’on se préoccupe d’elle. N’empêche qu’au bout de peu de temps, forte du principe « j’ai payé, donc je veux ! » elle peut se retourner contre ses pseudos-protecteurs. L’écran de fumée (volcanique) n’a pas résisté longtemps. Alors hier, les «manipulateurs de l’opinion dominante » ont ressorti la burqa. On va occuper les médias jusqu’aux 1er mai, et surtout durant les discussions sur la retraite. Les « infiltrés » du service public vont aller vivre une trentaine de jours dans une burqa. Sur TF1, on va trouver trois ou quatre femmes qui affirmeront qu’elles sont prêtes à mourir plutôt que d’enlever leur burqa, qu’elles se transformeront en…carmélites, puisqu’elles n’auront plus aucun contact avec le monde extérieur. On verra sur M6, dans Capital, un reportage sur les profits cachés des fabricants de burqa, ou des revendeuses de drogue planquée sous ce vêtement. Sur Canal +, on cherchera à financer une nouvelle série ultra violente, avec un terroriste qui, se cachant sous une burqa, prépare un attentat contre les chrétiens bien pensants. Un tas d’émissions de bon aloi, que les expropriés de la côte atlantique ne verront pas depuis leur canapé, dans leur maison… car eux, ils pourront manifester tant qu’ils veulent, leurs espoirs sont sous les cendres volcaniques !

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2 réponses à La peur absolue de déplaire

  1. Christian Coulais dit :

    Et bien non ce n’est pas sur TF1 mais sur France 3 ! http://jt.france3.fr/soir3/
    Au Soir 3 du 21 avril, un reportage sur la burqua débute curseur 3’53 » pour finir à 8’45 ». A la 6’54 », des (jeunes ?) femmes belges originaires du Maroc, vivant à Verviers (Belgique) s’expriment, expliquent pourquoi elles ne veulent pas quitter leur niqab. Elles proposent même des solutions au Bourgmestre, qui veut l’interdire par arrêté. Ce dernier a aussi la parole. Je vous laisse voir et entendre.

  2. Cubitus dit :

    J’avoue qu’en ce qui concerne la burqa, je suis extrêmement perplexe. Au nom de la protection des femmes, on veut l’interdire. Mais lorsqu’on expulse vers un pays où la femme est considérée inférieure à l’homme et ne dispose d’aucun droit une jeune fille qui vient candidement déposer plainte parce qu’elle a été violemment brutalisée, on ne se pose pas ce genre de question. Pire, son agresseur n’est même pas inquiété !

    Interdire la burqa, ça va avancer à quoi ? Est ce que ça va empêcher le mari d’asservir et de brutaliser sa femme dans le secret du foyer ? Le remède va se révéler pire que le mal car, lorsque ces situations exiteront malheureusement, la femme sera encore plus isolée puisqu’il lui sera interdit de quitter son domicile. Ce n’est certainement pas de cette façon qu’on lutte contre le communautarisme et l’intégrisme.
    Quant à celles qui portent le voile volontairement et elles sont, je crois, la majorité dans notre pays, ne vont elles pas ressentir ces mesures comme un véritable viol, un déni de leurs convictions.

    Que dans certaines circonstances, comme dans les établissements recevant du public, on leur demande d’être à visage découvert est une chose. On demande bien aux motards, pour les raisons que l’on devine, d’enlever leur casque avant de pénétrer dans une banque. Mais de là à leur interdire leur vêtement surtout, je le répète, s’il est porté volontairement dès qu’elles franchissent la porte de leur domicile et se retrouvent dans la rue, je ne crois pas qu’un citoyen du pays de Voltaire puisse admettre ça. C’est la liberté de conscience et de pratiquer librement sa croyance qui est attaquée.

    Mais vous n’êtes pas obligés de me croire et je peux, bien sûr, me tromper.

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