L'arrivée opportune de Manuel Noriega

Le passe-temps, quand on roule sur une autoroute et que le régulateur de vitesse vous évite les soucis de radar c’est, pour moi, d’écouter l’évolution des titres de France Info. Cette radio référence en matière d’information instantanée répétitive, reflète parfaitement le comportement médiatique actuel, puisque ce n’est plus la qualité des journalistes qui fait la qualité d’une radio mais la hiérarchisation de ce qu’elle diffuse. Or, sur France Infos, selon l’heure, ce choix est loin d’être inintéressant. Prenons un exemple concret. Ce matin, on débutait les titres par l’arrivée sur le territoire national du « parrain » du Panama, Manuel Noriéga, qui devait rendre des comptes à la justice française. Une « info » capitale pour le quotidien des auditeurs, quand on sait que ce trafiquant notoire doit s’expliquer sur du « blanchiment de l’argent de ses trafics sur notre sol ».
Que lui est-il reproché? La justice américaine a autorisé l’extradition de l’ancien dictateur vers la France, après qu’il ait purgé une peine de dix-sept de prison aux États-Unis. Aujourd’hui âgé de… 76 ans, le général Noriega, a été renversé et capturé en 1989, lors de l’intervention de l’armée américaine au Panama. En 1999, la justice française avait condamné Manuel Noriega, par défaut, à dix ans de prison. Les autorités françaises ont souhaité un autre procès, car elles estiment que d’autres accusations sont possibles, notamment pour le blanchiment d’argent de la drogue, et que tout n’a pas été jugé lors du premier procès. Ouf ! L’honneur du pays sera sauf, et l’auditeur moyen aura enfin une belle idée de l’efficacité de la justice française, qui a arraché ce droit de demander des comptes à un Chef d’Etat étranger, qui aurait investi des fonds illégaux à Paris. De lourdes charges pèsent contre lui et le premier procès a montré qu’il a recyclé des millions, l’argent de la drogue, en achetant notamment plusieurs appartements en France, dont un au Quai d’Orsay d’une valeur de 2,3 millions d’euros… Dommage que l’on ait totalement oublié qu’il y a quelques mois, cette même justice a fait moins de zèle vis à vis de quelques chefs d’Etat africains.
Voici quelques extraits d’un article, publié par Le Monde il ya un peu plus de 2 ans : « C’est un monde enchanté où l’on vogue d’une villa de 9 pièces avec piscine à Nice, à un hôtel particulier de l’Ouest parisien. Un univers surréaliste, peuplé de Bugatti payées cash plus de 1 million d’euros. Un microcosme constellé d’une myriade de comptes bancaires. Oligarques russes? Rois du pétrole saoudiens? Stars d’Hollywood ? Non : chefs d’Etat africains, producteurs de pétrole pour la plupart, mais dont les populations comptent parmi les plus pauvres de la planète. Le fait que des dirigeants du continent noir investissent dans l’immobilier en France, qu’ils séjournent à Paris dans un luxe inouï, que leurs familles bénéficient de largesses financées dans la plus grande opacité, n’est pas une révélation. Mais, cette fois, l’inventaire de ce patrimoine vertigineux n’est pas dressé par des militants tiers-mondistes en lutte contre la « Françafrique ». Il se lit dans les 34 procès-verbaux rédigés entre juin et novembre 2007 par les policiers de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF).
Cette enquête policière, dont Le Monde a pu prendre connaissance, a été ouverte par le parquet de Paris en juin 2007. Elle faisait suite à une plainte pour « recel de détournement d’argent public » déposée en mars par trois associations françaises, visant cinq chefs d’Etat : le Gabonais Omar Bongo Ondimba, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Burkinabé Blaise Compaoré, l’Angolais Eduardo Dos Santos, et le Guinéen Teodoro Obiang. Au fil des centaines de pages du dossier se dessine une singulière carte du Paris africain, sorte de Monopoly où les présidents auraient jeté leur dévolu sur les artères les plus huppées. Foisonnant et cossu, le patrimoine immobilier est surtout localisé « dans des quartiers à forte valeur marchande, soulignent les policiers. Paris 16e, 8e et 7e arrondissements pour Omar Bongo et son épouse, Paris 16e et Neuilly-sur-Seine pour Jeff Bongo, un des fils d’Omar Bongo, Le Vésinet pour le frère de Denis Sassou Nguesso, Courbevoie pour Wilfrid Nguesso neveu du président du Congo ou Paris 16e pour Chantal Compaoré épouse du président burkinabé ». La découverte la plus spectaculaire se situe entre les Champs-Elysées et la plaine Monceau, dans le 8e arrondissement de la capitale. Là, un hôtel particulier a été acquis le 15 juin 2007, pour la somme de 18,875 millions d’euros, par une société civile immobilière (SCI). Celle-ci associe deux enfants du président gabonais, Omar Denis, 13 ans, et Yacine Queenie, 16ans, son épouse Edith, qui se trouve être la fille du président congolais Denis Sassou Nguesso, et un neveu de ce dernier, Edgar Nguesso, 40 ans. » Rien de répréhensible, car l’argent ne vient d’aucun trafic, d’aucun détournement, d’aucune ristourne pour contrats, d’aucun comptes publics… C’est de l’argent propre qui profite à leur population, et la France n’est surtout pas pour eux un « paradis fiscal » comme l’est encore le Panama ! Pour l’Afrique, le non-lieu est de rigueur !
Il est vrai que ce matin, cette France exemplaire qui faisait la leçon au monde entier par la rigueur justifiée de sa justice, facilitait bien la tâche des rédacteurs en chef ! Imaginez un instant que ce « trafiquant investisseur » ne soit pas arrivé, ils auraient été obligés de faire diffuser les déclarations de l’avocat des familles des morts dans l’attentat de Karachi, ou de parler des affirmations de toutes les autorités qui comptent au procès de Charles Pasqua… Dans le premier cas, les nouvelles pièces rendues publiques démontreraient que deux intermédiaires, mandatés par Édouard Balladur auraient reçu au moins 54 millions de francs, le 2 juin 1995, dans le cadre d’un accord prévoyant le versement global de 216 millions de francs sur douze mois. Plus nettement, Libération assure que les comptes de campagne d’Édouard Balladur ont enregistré un dépôt en espèces suspect de 10 millions de francs (1,5 millions d’euros), ce que ne pouvait ignorer son entourage, dont un certain secrétaire d’Etat au budget. Dans le second cas, pour les armes, les casinos, les marchés publics… les faits incriminés portent sur quelques malheureux millions d’euros. Encore une fois, c’est son entourage qui a effectué, à l’insu de son plein gré, ces entourloupettes, permettant certainement des placements immobiliers. Heureusement, vous dis-je, que ce matin le Général Manuel Noriéga était arrivé comme un sauveur sur le sol français. Au moins, il aura été utile à la France, et aura largement facilité la hiérarchie de l’information, déjà facilitée par la burqa! Pourvu que l’on obtienne un jour l’extradition de Madoff, ou celle des banquiers américains ayant utilisé un financier mathématicien français pour vendre des produits financiers pourris. Imaginez un instant combien ce serait bon médiatiquement pour redonner le moral aux Françaises et aux Français !

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3 réponses à L'arrivée opportune de Manuel Noriega

  1. Ping : Les tweets qui mentionnent L’arrivée opportune de Manuel Noriega | Jean-Marie DARMIAN -- Topsy.com

  2. quinquin dit :

    Depuis quelques décénnies, cela étant du au fait que notre nation fut une colonisatrice extravagante devient le refuge de l’argent sale(naturellement inutile d’y ajouter les noms que vous avez cités…) Haîti crève et le biens de certains tontons macouttes avec à leur tête le fils de papa doc ! ne sont même pas geler !…arrêtons de donner des leçons de démocratie quand notre président accueille en grande pompe (pas de jeu de mots )les dictacteurs de la planète…A quand le tapis rouge à Ben Laden.Quant à Pasqua , il n’aura comme sanction un rappel à la loi ou encore pire la relaxe. Je suis contre son emprisonnement ,mais tapons au porte-feuille !
    A++++
    Et content de vous avoir lu

  3. quinquin dit :

    Qu’avais-je prévu pour Pasqua ? Et voilà qui me donne raison :C’est beaucoup plus clément que ce qu’avait requis l’avocat général: 2 ans ferme et 2 ans avec sursis. Pas de peine d’inégibilité dans le jugement, pas d’amende (200.000 euros requis).
    A++++++

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