La peste ou le blé ?

Hier, j’évoquais le sort réservé au photovoltaïque et celui, encore plus défavorable, dévolu à l’éolien…dans les textes gouvernementaux. Tout part en lambeaux comme s’il fallait absolument rassurer les marchés, comme si l’exemple des Chinois et des Américains avait fait un nouvel émule du profit à n’importe quel prix ! La France, partie sur la base d’un « retenez moi ou je vais faire un malheur » à Copenhague, avait capitulé en rase campagne, sans même sauver les apparences. Là, les masques sont tombés et les deux seules priorités présidentielles sont de reconquérir coûte que coûte l’électorat du Front national avant 2012, puis rassurer les corporations les plus habituellement favorables à la droite, comme les médecins (augmentation de la consultation), les industriels (voir ci-dessus), les plus nantis (maintien du bouclier fiscal qui de toutes les manières les protègera de la suppression des niches fiscales), les policiers et les militaires (exploitation médiatique du moindre fait divers) et maintenant, le lobby du transport routier, lié aux céréaliers.

Dans la famille des paysans, il faut faire un tri, car la Politique Agricole Commune (PAC) ne pourra plus retomber en pluie providentielle sur toutes les cultures. Rien, absolument rien, pour la viticulture. Les venues sur le terrain girondin, à Sauveterre de Guyenne, de François Fillon (je vous ai compris !) et de Xavier Darcos (je sais enfin ce que c’est qu’un pied de vigne), n’ont été d’aucun effet pour les producteurs de Bordeaux, exsangues et confrontés à une crise beaucoup plus grave que celle des… céréaliers, car touchés de plein fouet par la crise économique, sans avoir des prix garantis. Pour eux, pas le moindre signe, tout comme pour les producteurs de lait majoritairement installés dans l’Ouest de la France, et qui ont mal voté eux aussi. En revanche, pour les céréaliers, sur lesquels on comptait à l’UMP, dans des régions solidement, croyait-on, implantées à droite, on recherche toutes les opportunités pour recoller les morceaux. Et le Grenelle en fait les frais : transports et pesticides reviennent en force sur le tapis !

Ainsi, le rapport prévu dans la Loi Grenelle I sur la possibilité d’une généralisation des camions de 44 tonnes et la circulation à 80km/h serait présenté au Parlement cette semaine. Il y a lieu, en effet, d’être très inquiet de l’incohérence qui subsiste, après les dérogations récemment accordées pour les transports de productions agricoles, jusqu’à ce que le texte… prévu sur les 44 tonnes, soit dans les tuyaux !

Pour rappel aux mémoires défaillantes, c’est à la demande de la FNSEA et des industries agroalimentaires, que le Président de la République et le Ministre de l’agriculture ont remis à l’ordre du jour la possibilité d’une généralisation de la circulation des 44 tonnes sur les routes françaises. Aussi, une décision devra être prise très prochainement, sans aucun respect pour les discussions du Grenelle. Les céréaliers et les maïsiculteurs, sont les premiers bénéficiaires de la circulation de ces mastodontes. Un 44 tonnes, aussi appelé méga-camion, ou bien encore « gigaliner », est un camion qui fait entre 18,75 mètres et 25,25 mètres de long, et dont le poids peut aller jusqu’à 60 tonnes. Actuellement autorisés dans plusieurs pays de l’Union européenne, et courants en Amérique du Nord ou en Australie, leur expérimentation en France est sujette à de vives polémiques.
L’arrivée des mégas camions, ce sera encore plus de camions sur les routes, comme le précisent de nombreuses études. Et donc toujours plus de CO2 dans l’atmosphère et un énième renoncement, face aux lobby du tout routier, dans une période où le réseau des voiries desservant les centres de stockage a fortement souffert de dégradations cet hiver. Il n’a même jamais été prévu en dimensionnement, dans le monde rural, pour ce trafic, ce qui, outre la pollution accrue, augmentera le risque d’accidents graves. Dépasser un camion reste parfois périlleux (voir sur l’axe Bordeaux Bayonne) et doubler un méga camion de plus de 25 mètres relèvera de la mission impossible pour certains conducteurs ou conductrices. S’ils se déplacent en convoi exceptionnel, nos routes, déjà embouteillées, seront totalement bloquées.
Certes la Loi Grenelle 1 prévoit la réalisation d’une étude d’impact. Le Gouvernement présentera au Parlement, au plus tard trois mois après la promulgation de la présente loi, un rapport sur les enjeux et les impacts relatifs, d’une part, à la généralisation de l’autorisation de circulation des poids lourds de 44 tonnes et, d’autre part, à la réduction de la vitesse à 80 kilomètres/heure pour tous les poids lourds circulant sur autoroute et à leur interdiction de se dépasser sur ces axes Aucune étude n’a été réalisée à ce sujet, mais il y a fort à parier qu’elles se dérouleront plus vite que celles sur le code de la rue, destiné à protéger les piétons et les cyclistes. Elle sera de la même veine que celle que vient de publier opportunément l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques), un bidule qui doit coûter quelques millions d’euros au contribuable, afin de lui expliquer, et ça en est risible, que « les cultures développent une plus grande sensibilité aux aléas parasitaires, et donc une probable diminution des rendements (sic) ; une hausse des prix agricoles (re-sic) ; la possible disparition de production de fruits et légumes (re-re-sic) et des phénomènes de résistance aux ravageurs (amen) » La messe est dite : le Grenelle est mort sur l’autel de la rentabilité, même si nos enfants bouffent des poisons violents. Ce rapport, purement politique, va justifier des mesures en faveur des pesticides. Créon qui se bat depuis des années pour enrayer ce phénomène (commune anti OGM, désherbage raisonné, cantine aussi bio que possible…) n’a rien compris à ce qu’avait déclaré le 25 octobre 2007 le candidat Nicolas Sarkozy : « l’agriculture est un enjeu majeur. Alors, nous ne voulons pas d’une agriculture qui épuise nos sols, d’une agriculture qui utilise de façon croissante des produits chimiques dangereux ». C’était avant les élections !

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