La résistance et la bataille du rail

Lorsqu’ils examineront le bilan de la première décennie du XXI° siècle en France, les sociologues reviendront sûrement sur une spécificité de la vie sociale hexagonale : la disparition progressive du dialogue social ! Cet élément décisif du vivre ensemble, reposant sur une volonté réciproque de déboucher sur un accord a été vanté, mais il faut bien convenir de sa disparition progressive. Plus personne ne pratique l’échange direct, constructif, positif, mais attend l’extrême limite pour simplement répondre à une attente. La première préoccupation vise à… refuser par principe toute rencontre, tout partage, pour réagir dans l’urgence, et souvent accorder beaucoup plus qu’il ne l’aurait fait avant que le problème s’installe dans le rapport de force. Les exemples foisonnent à tous les niveaux, comme s’il fallait toujours refuser avant d’accorder. Le gouvernement joue en permanence au pyromane, pour mieux ensuite se parer des atours du sapeur-pompier ! Cette tactique convient parfaitement aux médias, puisqu’ils peuvent ainsi tresser des lauriers à celui qui sait résister à toutes les pressions, sans pour autant noter ses multiples marches arrières sous la pression des réalités.
Les infirmières et les infirmiers anesthésistes réclamaient depuis des semaines une audience à Roselyne Bachelot, éminente Ministre de tutelle des personnels hospitaliers. On connaît le contexte de la médecine en France, avec la difficulté rencontrée pour assurer certaines spécialités médicales qui nécessitent une prise de responsabilité maximum. Le rôle de l’infirmier anesthésiste diplômé d’État (IADE) est de travailler en collaboration exclusive et réciproque avec le mèdecin-anesthésiste-réanimateur, dans la pratique de l’anesthésie et dans l’organisation plus générale de cette activité. Il participe à la réalisation des gestes de l’anesthésie (dont la perfusion, l’intubation trachéale, la ventilation artificielle… et autres gestes dont on ne souhaite jamais avoir besoin) sous la supervision d’un médecin anesthésiste-réanimateur. Son rôle comprend également la vérification, la préparation et l’entretien du matériel d’anesthésie.
Rappelons qu’au moindre incident ou accident, sa responsabilité peut être recherchée et que le sérieux, la concentration, la méthode dans un travail long et extrêmement usant nerveusement, est au moins aussi nécessaire que pour être sur la liste de Raymond Domenech. Or, on sait que les vocations faiblissent et que 50 % des effectifs actuels devraient quitter leur poste avant 2014 ! Comme parallèlement le nombre des médecins spécialistes tombent… de manière extrêmement préoccupante, on s’attend à de graves difficultés dans les prochaines années. Elles devraient obliger les instances médicales et institutionnelles à revoir le mode de fonctionnement de la répartition des rôles médecin/infirmier. Sans se substituer au médecin, la fonction d’infirmier anesthésiste sera très certainement amenée à évoluer pour faire face à cette modification démographique. Les IADE observent depuis début 2010 un mouvement de grève. Les revendications concernent entre autres la défense de l’exclusivité de leur profession… et surtout la reconnaissance effective de leur rôle dans le système de santé de la future décennie. Réponse ministérielle : vous allez coûter trop cher, et donc, circulez en défilé car chez nous il n’y a rien à voir… Toutes les démarches ont été vaines. Le « dialogue » social ne fonctionnant plus, la Ministre a fait la sourde oreille depuis maintenant 4 mois, jusqu’au moment où, hier, les infirmières et infirmiers ont envahi les voies ferrées de…la gare Montparnasse. Une seule revendication : nous voulons rencontrer celle qui refuse de nous rencontrer ! 100 000 voyageurs touchés, plus de 60 TGV et une centaine de TER et transiliens affectés… Leur manifestation surprise sur les rails a provoqué une énorme pagaille. Le trafic a été interrompu pendant plus de cinq heures. Les manifestants, qui réclament une reconnaissance de leur spécialité au niveau master, souhaitaient être reçus par leur ministre de tutelle et ont obtenu… de voir son conseiller en fin d’après-midi. «Si tout le monde se mettait à faire ça, il n’y aurait plus de train», a commenté le président de la SNCF, Guillaume Pepy, qui annonce une facture d’un million d’euros et un dépôt de plainte… contre quelques personnes, mais qui bien entendu ne le fera pas contre celle qui n’assume pas ses… responsabilités. Car cette dernière est brutalement sortie de son sommeil artificiel !Elle n’a rien voulu savoir, jusqu’au moment où des milliers de personnes bloquées dans la gare ont pris conscience du rôle de Roselyne Bachelot, puisque la sonorisation parlait de négociation menée par la Préfecture de Police. Les manifestants ne libéreraient les voies que s’ils étaient reçu par le Ministère, ce que ce dernier a refusé durant… 4 heures ! En direct, les voyageurs ont vécu les vertus du… dialogue social; c’était d’autant plus absurde que, dès qu’elle l’a pu, Roselyne Bachelot a répondu aux revendications des infirmières et infirmiers. Elle a, en effet, assuré que la revalorisation du diplôme d’infirmier anesthésiste par la reconnaissance du niveau master (bac+5) serait « faite avant la fin de l’année. On comprend vos revendications et nous sommes en concertation », a déclaré la ministre sur Europe 1 à celles et ceux qui s’estiment lésés par le protocole Bachelot, accordant une revalorisation à Bac+3 (licence) aux infirmiers généralistes. Les études des infirmiers anesthésistes durant deux ans de plus que les autres infirmiers, ils veulent être reconnus à Bac+5 (master). « Nous travaillons sur le contenu du master pour en faire un vrai diplôme universitaire, et cela sera fait avant la fin de l’année », a assuré Mme Bachelot. Mais pourquoi, ne pas avoir voulu le leur dire en face à face avant qu’ils sèment la panique dans le réseau SNCF ?
Côté revalorisation salariale, elle a souligné que le protocole sur les infirmiers avait prévu « 500 millions d’euros pour les infirmiers » et que « les infirmiers anesthésistes touchent leur part ». « C’est bien normal » a-t-elle dit. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des anesthésies possibles.
Le club des villes et territoires cyclables (1200 collectivités et 40 % de la population française) a sollicité à deux reprises une audience chez le président de la République : deux refus, et renvoi vers Jean Louis Borloo qui a autre chose à faire comme plombier devant boucher les trous dans les tuyaux du Grenelle. Encore deux refus… Maintenant, je le sais, on va aller un mercredi matin faire un peloton géant qui va s’installer sur les voies ferrées de la Gare de Lyon. Avec les vélib’ ce sera facile de les abandonner au milieu des aiguillages. Et ainsi, on obtiendra satisfaction… car si ça ne suffit pas on fera pour Borloo un apéro géant. Peut-être que là…

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1 réponse à La résistance et la bataille du rail

  1. alain.e dit :

    Roselyne ayant claqué toute sa cagnote avec l’ effroyable pandémie de la grippe H1N1, il lui est difficile de trouver des sous pour les justes revendications des infirmiers semble t’ il !
    Il y a plus de trente ans, déja les sous manquaient (lien)
    http://www.youtube.com/watch?v=2cfoMFXf_uE

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