Une journée sans train de vie

J'étais là parmi 100 000 ! (Photo JMD)

En arrivant dans la gare Montparnasse, aux alentours de 14 heures hier, j’avais un moral de feu. Malgré la défaillance des associations de consommateurs et environnementales, dont on se demande bien quels intérêts elles défendent, le bloc des élus locaux, solidaires et unanimes, avait donné, pour la première fois, une « leçon » au gouvernement. Eux, ne se laisseraient pas faire dans cette lutte du politique (les collectivités territoriales déjà très malmenées et tancées par ceux qui les trouvent trop dépensières) et de l’économique (les mastodontes de l’industrie alimentaire et les grands distributeurs…) autour des déchets de la consommation outrancière. Dans un climat tendu, Gilles Vincent, Président d’Amorce, a refusé le texte élaboré par le MEDDEM et qui pénaliserait les structures de collecte, de tri et de recyclage des déchets (emballages en tous genres) de 100 à 300 millions d’euros. Une baisse des aides des « producteurs, emballeurs, distributeurs » que Eco-Emballages prétend ne pas pouvoir ajouter afin d’atteindre les 80 % de récupération de ces déchets, recyclables pour une part. Encore une fois, il y a loin, très loin, des incantations de Grenelle aux réalités de leur financement.
J’étais heureux d’avoir été des 8 élus locaux, toutes tendances politiques confondues, qui avaient réussi à déjouer tous les pièges, toutes les rivalités, et tous les complots, pour affirmer une volonté de ne pas laisser faire un mauvais coup, épargnant apparemment les « consommateurs » au nom de l’inflation, pour taper injustement sur les « contribuables ».
La lutte avait été virile mais correcte, et le vote (13 voix pour la résolution –les patrons de la filière polluante-, 5 abstentions –les associations de consommateurs et d’environnement- et 11 voix contre, dont 8 venant des élus) mettait, dans les faits, le Ministre du Grenelle face à ses contradictions. Il devrait délivrer un arbitrage début juin, car le temps presse.
Il est vrai que les dés sont pipés dès le départ, puisqu’ il aura fallu une bonne trentaine de réunions pour établir un cahier des charges… destiné à faire un appel à prise en charge de la redevance (la virgule verte sur les emballages). Notre position n’a provoqué que des sourires jaunes. Tout le monde, dans le camp d’en face, sait fort bien que la clé de la négociation est dans le coffre-fort du MEDDEM. Le seul problème, c’est que ce travail s’effectue en présence de tous les cadres dirigeants d’Eco-emballages… qui seront les… seuls à pouvoir répondre au cahier des charges. Drôle de manière de conduire des négociations, et surtout de contraindre les « pollueurs » à assumer leur responsabilité, puisque ces derniers se permettent de jauger et de juger les éléments du futur contrat avant même qu’ils aient… répondu ! Heureusement qu’un Maire ne se permet pas pareille procédure, car c’est la mise en examen immédiate ! L’enjeu, il est vrai, est faible, de 1,5 à 2 milliards d’euros en fin de convention.
Un coup de Côte du Rhône aussi chaleureux qu’une réception sur une râpe de fromage, pour fêter notre solidarité; plus tard, un trajet en métro, et… stupeur, la gare Montparnasse avait des allures de jour de départ en grandes vacances. Tous les trains bloqués, et aucune perspective autre que celle d’attendre ! Tout le personnel SNCF était illico réquisitionné pour endiguer une marée humaine grandissante. Les panneaux défilants, continuaient, imperturbables, à réclamer « l’étiquetage des bagage »s, et à souhaiter un « agréable voyage »Les infirmiers anesthésistes, lassés des rebuffades de la Ministre de la santé, excédés par leurs conditions de travail, dépités de ne pas voir leurs spécificités légitimement reconnues, bloquaient le goulot d’entrée ferroviaire à la gare Montparnasse. Une opération surprise que les ex-R.G. plus préoccupés de surveillance politique que sociale, n’avaient pas anticipé. Les voix des hauts-parleurs avaient perdu de leur superbe, débitant des incertitudes en guise d’information. Plus de 4 heures plus tard, on n’en savait pas plus, si ce n’est que c’étaient des « infirmiers » qui ennuyaient des milliers de voyageurs pressés de rentrer chez eux. La foule s’agglutinait devant les tableaux, prenant très majoritairement ces événements avec bonne humeur. Probablement que le fait de savoir qu’un jour ou l’autre, chacune et chacun était condamné à passer entre les mains de ceux qui paralysaient le retour au pays…atténuait-il les acrimonies. Que n’aurait-on entendu si les cheminots, les enseignants ou les employés des collectivités territoriales s’étaient permis un sitting ferroviaire aux conséquences aussi désastreuses ?

Il y vait moins de monde à 5 heures du matin (Photo JMD)

[A 19 h 30 quelques trains hypothétiques étaient annoncés, et vers 20 h ils étaient pris d’assaut par celles et ceux qui avaient patienté sur le quai, alors que des centaines attendaient leur tour sur l’esplanade devant la Gare… Une foule de dépités du TGV, face à des barrages policiers, tentait de glaner des informations que personne n’avait. L’immense armée des sauterelles en transhumance vers l’ouest du pays attendait l’heure du départ. Elle poussait des acclamations à la mis en ligne d’une rame pour Nantes, Rennes, Quimper, Toulouse, Tarbes, Hendaye, La Rochelle ou Bordeaux, et hurlait sa déception en les voyant disparaître. Indéniablement, la foule a des réactions collectives simplistes, mais personne n’a conspué ou témoigné la moindre hostilité quand le défilé des infirmiers(es) en colère, que l’ineffable Roselyne Bachelot avait refusé de recevoir, passa vers 19 heures devant la Gare Montparnasse engluée dans son immobilisme forcé. Plus que jamais, le moindre incident, bien planifié, fait tomber les mastodontes technologiques. La modernité planifiée a horreur du vide de l’imprévu !
La SNCF ne pouvait que tenter de faire front, impuissante à régler un énième problème social, révélateur des conséquences de la crise. « Chers clients, expliquait (tiens les « usagers » ont bel et bien disparu), rassemblez vous entre les lignes 17 et 29 pour favoriser l’intervention des forces de l’ordre » Que ces choses sont bien dites. Plus de 80 000 personnes s’entassaient dans la Gare, et les stocker dans une espace réduit relevait tout simplement de l’absurde… On ferma donc les entrées. On arrêta le métro. Personne ne protesta. Tout allait pour le plus mal dans le pire des mondes, mais c’était pour la bonne cause. Les téléphones mobiles permettaient de dialoguer avec celles et ceux qui étaient restés au pays… et tout le monde calculait une hypothétique heure d’arrivée. Paisible, la foule attendait !
J’ai renoncé, je l’avoue, à attendre le signal d’une dramatique ruée vers les TGV, pour aller changer mon billet et rechercher une chambre… pour redémarrer demain à l’aube. Un sacré challenge, dans un Paris des Hôtels gavé par les fans de Roland Garos, mais avec un peu d’opiniâtreté et le soutien des amis, j’ai réussi à éviter les ponts de Paris. Ce matin, la gare Montparnasse sonnait creux comme une tête de poivrot un lendemain de cuite. Elle reprenait ses esprits. Lentement, et le tableau défillant, imperturbable, étiquetait les bagages et souhaitait toujours un agréable voyage. La gare avait digéré la foule.Dans le fond, depuis hier matin, ce fut une journée à ne pas dormir debout. Une journée de résistance. Une journée passée entre la crainte et l’espoir. Une journée où rien n’était gagné d’avance. Une bonne journée pour les médias qui, enfin, ont pu parler des trains qui ne partent pas et n’arrivent pas à l’heure !

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3 réponses à Une journée sans train de vie

  1. CB dit :

    Non, mais sans rire, comment c’est la vie
    d’otage ?

  2. vibromasseur dit :

    Pour une juste revendication, une action totalement erronée, car injuste vis à vis des usagers des transports ferroviaires. Non décidément, il y a quelque chose de pourri dans la tête de penseurs d’actions revendicatives. Le regrette d’autant plus que la cause soutenue est juste et que le refus de la ministre de l’entendre est une erreur politique grave. Il est vrai qu’elle croyait sans doute avoir réglé le problème, et bien il faut croire que non.

  3. GARNIER dit :

    Et bien ça au moins, ça donne des idées. Car dans la soirée les rendez-vous étaient pris et les revendications avancent. Il faudrait tenter un coup sur toutes les gares en même temps… à moins que les mots « dialogue social » ne se transforment en « négociation sociale »

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