Nous sommes tous des organisateurs d'apéros géants

Avec les beaux jours, il y a un certain nombre de mots qui vont réapparaître dans les conversations quotidiennes : « rosé », « barbecue », « plancha » et… « apéro ». Ils hibernent, engraissés par les souvenirs de l’été passé, avant de servir de combustibles ou d’outils à l’éclosion de la chaleur humaine. Il en est un qui a pris place dans l’actualité, bien avant l’arrivée des autres. Il préoccupe le gouvernement qui, bien entendu, n’a pas d’autres sujets plus importants à traiter en ce moment. Des réunions interministérielles, un dialogue constant avec l’Élysée, des hauts fonctionnaires mobilisés pour des analyses juridiques, des interventions télévisées, un ramdam médiatique pour ce que les Françaises et les Français, de tous les âges et de toutes les conditions, considèrent comme une valeur sociale forte : l’apéro !
Imaginez un peu, en pleine crise économique, sociale, sociétale, l’honneur que l’on fait à « l’apéro » qu’il ne faut surtoput pas confondre avec l’apéritif beaucoup plus sage et huppé. L’UMP devrait mobiliser, autour de ce fêtard invétéré qu’est Xaxier Bertrand, tous ses parlementaires, tout ce qu’il lui reste comme militants actifs ( une grosse centaine sur Bordeaux, réellement à jour de leur cotisation ) pour débattre de ce sujet extrêmement préoccupant : doit-on supprimer les « apéros » plus ou moins géants ? On sait déjà que personne à l’UMP n’est d’accord sur le breuvage à mettre sur la table : les Chiraquiens tendance apéro historique ne veulent que de la Corona; les représentants de Boutin ne boivent que des cocktails du Clos des Cordeliers, avec de la bénédictine et de la Vieille Cure; Brice d’Auvergne penche pour le Génépi avec étiquette d’origine contrôlée… et, il faut bien le reconnaître, la majorité opte en faveur du « Neuilly Prat » une boisson de standing ! A l’UMP, globalement, on est plus pince fesse qu’ « apéro » !
Au PS, bien évidemment, autant de tendances, autant de leaders et autant de choix. A Marseille, dans l’Hérault et l’Aude, fiefs de Ségolène Royal on est bien évidemment tendance « jaune » avec un volume de Menucci pour trois volume « d’eau… Frêche », mais en Côte d’Or, Rebsamen recommande évidemment le Kir… Royal, avec cassis de Dijon. DSK ne refuserait pas que le « Bourbon » ou le « Whisky Coca » soient les références de la réception donnée pour son retour au bercail. Martine Aubry vante les mérites évidents du « Bière-Picon », étrange mélange de plusieurs amertumes. Il reste François Hollande, qui souhaite que l’on impose le « punch rosé » qui lui a tant manqué. En fait le grand apéro des primaires ouvertes à tous les inscrits sur le Facebook du PS risque de tourner court, avec des goûts aussi différents, mais personne ne l’interdira de peur d’être taxé de véhiculer des choix d’antan. L’apéro dépend de toutes les façons du nombre de « bobos » à soigner, mais il ne se prend plus depuis belle lurette, au plus haut niveau, sur le zinc des bistrots.
Buffet ne veut plus de vodka décapante mais se contente désormais le jus de tomate. Bayrou hésite entre l’Izarra vert, le « Maborange » ou le rouge de Madiran, avec fromage de chez Jean Lassalle. En fait, il n’y a que les Verts qui, eux, sont prêts à avaler tout jus biologique indigeste, issu de plantes sans OGM : jus de pissenlit fermenté, jus de betteraves aromatisé, jus de prunelles, jus de sureau, jus de pomme chiraquienne… Enfin, tout ce qui leur permettra de dénoncer les « apéros » des autres, en se saoulant uniquement de paroles. Il reste au FN à se lancer, devant la statue de Jeanne d’Arc, dans le schnaps aromatisé au vert de gris ou à la poudre de canon.
En définitive, l’apéro doit bel et bien être canalisé, harmonisé, standardisé selon la vision sociale que l’on en a. Et Brice d’Auvergne s’en occupe ! Borloo n’étant pas libre, et surtout discrédité par la tromperie du Grenelle (c’est un cocktail à la mode qui n’a pas la couleur verte, pas l’odeur verte, pas de saveur verte mais qui doit y ressembler), il ne saurait prendre en mains un sujet sur lequel ils serait pourtant plus compétent. Comme Pasqua n’est plus dans le coup, car plongé dans un pastis judiciaire inquiétant, le Chef de l’État a opté pour la trogne rougeaude d’Hortefeux… pour régler le problème qui n’a jamais été celui des « apéros » géants mais de l’alcoolisme chez les jeunes de France. Encore une fois la recette est la même : répression apparente, interdiction déguisée car trop dangereuse électoralement dans cette période où les jeunes peuvent à tout moment se rebeller, proscription sélective.
L’apéro facebook sera donc cette semaine au cœur de l’action gouvernementale, pusiqu’une réunion avec « les représentants des ministères, les préfets et les maires principalement concernés (on s’en serait douté sans être bien malin !) aura pour objet « d’évaluer la mise en œuvre des instructions déjà données aux préfets, de préciser les mesures permettant de faire face à ce type d’événements spontanés, de limiter les risques qu’ils font encourir, notamment aux mineurs qui s’y rendent, et de coordonner la réponse des différents acteurs locaux »… Comme si les mineurs ou les majeurs avaient attendu Facebook pour se rassembler le vendredi soir, dans des dizaines de soirées arrosées à l’extrême. Depuis quelques années, le binge drinking (consommer de l’alcool de façon à être ivre le plus vite possible) se développe parmi les jeunes. « La fête se transforme en culture de la défonce, tourne quelquefois au cauchemar et crée des problèmes sanitaires et sociaux », commentait il ya deux ans le président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et les toxicomanies (Mildt) qui intervenait lors d’une soirée de sensibilisation organisée par la Smerep, mutuelle étudiante, en direction des organisateurs de soirée. Risques d’accidents de la route, de coma éthylique, de violence, de rapports sexuels non protégés mais aussi d’alcoolisme chronique guettent les fêtards inconscients.
Je suis donc en mesure de vous annoncer plusieurs apéros géants pour les prochains jours. Vous avez déjà manqué celui de Vic Fezensac dans le Gers depuis le début du week-end (2 malheureux morts sur la route contre un à Nantes) avec sa « Jacqueline », suivront notamment les Férias de Bayonne, de Dax, de Mont de Marsan et de très nombreuses autres villes où on sait bien que les comas éthyliques n’ont rien à voir en nombre et en gravité avec ceux des… rassemblements de Facebook. C’est pire, mais c’est bon pour l’économie ! Pourvu qu’un idiot n’appelle pas sur Facebook à faire ces jours de Féria, dans les rues de ces villes, des apéros géants, car Hortefeux serait obligé d’interdire ces rendez-vous ancestraux. Espérons que, dans leur réunion interministérielle, ce sujet sera évoqué, et qu’un distingo sera fait entre les jeunes qui se saoulent grâce à Facebook et ceux qui le font avec la bénédiction des offices de tourisme ! A la vôtre !

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2 réponses à Nous sommes tous des organisateurs d'apéros géants

  1. quinquin dit :

    Hop! hop ! bière-Picon est plutot une boisson de l’EST : Un filet de sirop de citron, une bonne dose de Picon + De la bière blonde dite banale.le vraie boisson du Nord se trouve chez nos amis belges avec leur 200 meilleures bières : Blonde, Brune, ambrée, Blanche….
    levurement vôtre

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