Les grévistes bleus devancent l'appel

Le climat social en France devient inquiétant. Le Chef de l’Etat français et ses collaborateurs attendent avec anxiété l’appel à la grève de ce 24 juin. Il est certain que ce sera un test pour savoir à quel point ils auront réussi à « terroriser » le monde des salariés. Depuis de longs mois, l’œuvre de sape reposant sur la création d’un climat d’insécurité sociale a muselé tout esprit de révolte. Personne ne peut ignorer que l’angoisse d’être sanctionné, directement ou indirectement, pour faits de « grève » ou celle de perdre son emploi dans un proche avenir étouffe toute velléité de révolte. Manquer de ressources en fin de mois, se voir retirer une part d’un salaire déjà réduit durant les vacances, ne pas boucler son budget, ramènent les protestataires à la raison : participer à un mouvement de protestation devient un luxe! Les banquiers veillent. Il y a fort à craindre que les grévistes soient stoppés pour des raisons strictement matérielles, mais pas par des principes idéologiques. Ils n’ont en effet rien à cirer des querelles syndicales, indécentes dans cette période de cataclysme, mais ils ne peuvent pas, tout simplement, laisser parler leur colère. Il existe également une telle indifférence concernant l’avenir que le mot d’ordre relatif aux retraites ne semble pas concerner une société qui a du mal à envisager sa destinée au-delà de la fin de… l’année!
C’est dans ce contexte extrêmement préoccupant que les Bleus ont enfin montré l’exemple à cette France qui les déteste. Ils se sont révoltés face au massacre dont ils font l’objet. Ils ont relevé, là-bas en Afrique du Sud, la tête. Ils ont montré la voie en contestant le pouvoir en place. Ces salariés de la gloire footballistique, assommés par les commentaires des médias dominants, et plus encore par le guide suprême, ont trouvé la force de se mettre en grève. Un geste symbolique qui démontre que, même les millionnaires, ont conscience de la manière dont sont traités les futurs retraités. Il y aurait eu un refus collectif de se mettre au travail. Ça a chauffé chez les Bleus, au point que l’on prétend que certains d’entre eux seraient des « racailles » bonnes à karchériser. Ils auraient été tentés par une forme terrible de la solidarité active : ils auraient fait la grève sur le gazon pour défendre l’un des leurs injustement sanctionné !
Il parait, si l’on en croit ces médias obnubilés par tout ce qui est éphémère, dérisoire, sensationnel, irrationnel, démagogique, que le ton est monté. Le « meneur » connu sous le nom de Patrice Evra aurait menacé physiquement le contre-maître désireux de les mener au pas et soupçonné d’être un « jaune » ayant dénoncé un brave ouvrier spécialisé, légèrement anarchiste. Il aurait fallu l’intervention directe du « directeur général » pour que la dispute ne tourne pas à l’affrontement physique, sous l’œil des caméras. Il a fallu des négociations avec des « terroristes » repliés dans leur autobus, menées par les autorités pour que l’on parvienne à une solution. Le Grenelle du Mondial a débouché sur une terrible pantalonnade. Aussitôt, la Fédération professionnelle patronale a publié un communiqué vengeur.
La grève de Bleus, devenus rouges de colère, mais pas de honte, a été dénoncée avec les mêmes termes que le fera jeudi prochain le Medef ! La Fédération française de football (FFF) a dénoncé le « comportement inadmissible » des joueurs de l’équipe de France, qui ont refusé dans l’après-midi de s’entraîner, en signe de solidarité avec Nicolas Anelka. « La FFF, par la voix de son président (Jean-Pierre Escalettes), présente ses excuses pour le comportement inadmissible des joueurs représentant notre pays », a déclaré la Fédération. Il n’a pas été évoqué les conséquences terribles sur la vie quotidienne des travailleurs. La Fédération ajoute avoir « pris acte avec consternation du refus des joueurs de l’équipe de France de participer à l’entraînement de ce jour ». « Ce mouvement inacceptable est la conséquence de l’éviction de Nicolas Anelka, selon eux, injustifiée. Contrairement aux affirmations des joueurs, cette sanction a été prise à l’issue d’un long entretien avec l’intéressé, en présence du capitaine », précise la FFF. La Fédération précise qu’un conseil fédéral sera convoqué dès le terme du parcours de l’équipe de France à la Coupe du monde « pour tirer toutes les conséquences de la situation de crise ainsi créée ». La grève est donc injustifiée et inadmissible. Les Bleus vont donc, dès demain et pour mardi, mettre en place… un service minimum ! Le problème est là et dès lundi matin, la cellule de l’Elysée va plancher sur un nouveau texte de loi permettant à TF1 de s’assurer un spectacle digne de ce nom. On va prévoir des sanctions terribles contre des joueurs professionnels refusant de mouiller le maillot.
C’est vrai que, soumis à des cadences infernales, et plus encore à une obligation de résultat, les forçats du ballon rond ont en travers du gosier les accsuations portées à leur égard. De Saint-Petersbourg, le Chanoine de Latran y est allé de son sermon. Il est vrai que ce vent de révolte à l’égard de son alter-égo sélectionneur en chef des représentants de la France, a tout lieu de l’inquiéter. D’ici à ce que, enfin, ils soient… exemplaires ! C’est ce qu’a fort bien traduit Jérôme Cahuzac, député lot et garonnais, plus habitué aux explications viriles mais correctes des packs de rugby qu’aux grèves sur le… tard de manchots, qui n’ont jamais aussi bien porté leur nom. Il a estimé que l’ambiance délétère chez les Bleus était conforme au « climat que Nicolas Sarkozy a exalté » depuis 2007 : « l’individualisme », « l’égoïsme », « le chacun pour soi » et « le chèque touché en fin de mois (…)
Selon lui, « de ce point de vue, les footballeurs français ont très bien réussi ». Ils sont sarkozystes « dans la manière d’être très individualistes et très égoïstes, ne pensant qu’à eux et n’imaginant pas que d’autres joueurs, leurs partenaires, puissent réussir à faire ce que, eux, d’évidence, ne parviennent pas à réaliser ». « Le cas d’Anelka, de ce point de vue, est tout à fait emblématique, lui qui a jugé qu’en trottinant, il pouvait faire gagner l’équipe de France et qui n’a pas songé une seconde à se mettre au service du collectif », a-t-il dit. « C’est le même Anelka qui a indiqué, d’ailleurs, que jamais il ne rentrerait en France car il ne voulait plus y payer d’impôts », a précisé le président de la Commission des Finances. Le président de la commission des finances de l’assemblée nationale a espéré que les Bleus, « et notamment Anelka, accepteront de payer des impôts en France » sur la prime de 150.000 euros qu’ils doivent recevoir des sponsors de l’équipe, quel que soit son résultat au Mondial… D’ici qu’après de telles déclarations les Bleus ne rentrent même plus sur la pelouse mardi après-midi…. Un acte de solidarité qu’apprécieraient les centaines de milliers de futurs retraités qui, jeudi, feront un footing dans les rues, mais sans l’espoir d’être entendus… par le Chef de l’Etat et son staff technique. Dans les deux cas, la retraite ressemble pourtant à la Bérézina !

Ce contenu a été publié dans pARLER SOCIETE. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Les grévistes bleus devancent l'appel

  1. Gilbert SOULET dit :

    Bonjour jean-Marie,

    Je ne pouvais répondre à ton billet sur l’arbre de la laïcité; Les trois personnalités qui t’ont répondu l’ont fait à merveille!
    Celui d’aujourd’hui avec « les grévistes bleus devancent l’appel », fait choc par son titre et ses commentaires en conséquence;
    Par contre, je ne suis pas sûr que ta conclusion soit très bien assimilée.
    Il faudra y revenir car, pour ma part, je ne la partage pas.
    Je serai dans les rues de Marseille ce 24 juin.
    Très amicalement,
    Gilbert.

  2. Michel d'Auvergne dit :

    Bonjour Jean-Marie et les Posteurs,
    Habitant l’auvergne je peux vous dire que notre France ressemble à un volcan du meilleur cru, grondant, vomissant sa lave et empanaché de fumées nauséabondes juste avant… l’explosion sommitale qui l’écrêtera, les dégats « collatéraux », comme se plaisent à dire nos journalistes « es catastrophes », seront sans doute énormes à la mesures des crétineries de Haut Lieux que nous déverse, d’une manière qui semble
    s’accelerer, l’info. Les « bleus » ne sont qu’un révélateur ayant oublié les paroles célèbres: un esprit sain dans un corps sain.
    Michel

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.