Ministres : on ne rasera plus gratis !

Comment croire un instant aux déclarations inspirées par une nouvelle rigueur et imposées à ces ministres outrancièrement attirés par les ors d’une République n’ayant plus de fastes ? Il faut être un croyant en la Sarkozie suprême pour admettre que la pénitence infligée aux gens qui ne comptent pas les deniers publics relève de la mortification. C’est d’une hypocrisie absolue et surtout encore une fois un acte déclaré de populisme avéré. Tout est connu et archi-connu. C’est même des faits qui ont été, par exemple maintes fois dénoncés par le député René Dosière, mais avec l’efficacité d’un prédicateur installé dans le désert. Ce parlementaire n’a cessé de dénoncer un train de vie présidentiel en constante augmentation et proche du délire monarchique. On explique aux Français que la situation nécessite des économies, et ainsi, on leur donne le sentiment que jusqu’à présent, il n’y avait que du gaspillage non sanctionné! On admet donc, par exemple, que depuis des décennies les Minsitres se font payer leurs frais personnels avec les deniers de l’État ! C’est donc, par déduction simple, ce qu’a fait durant les longues années où il n’a été que Ministre, le Président actuel.
Les responsables politiques doivent montrer l’exemple, dont acte ! Mais c’est véritablement avouer que jusqu’à présent, Mmes Yade, et Amara, MM. Woerth, Blanc, Estrosi, Joyandet… et consorts n’ont jamais respecté ce principe !
Lors d’une conférence de presse intitulée « Au moment où l’austérité est en train de s’installer, qu’en est-il du train de vie de l’Élysée et des ministres? », le député apparenté socialiste René Dosière s’était attaqué, le 28 mai dernier, aux dépenses de l’exécutif. Rappelons qu’il n’avait essuyé que sarcasmes et critiques par les intéressés, et surtout les moralisateurs de ce jour. Il s’était attaqué en premier lieu à celles du chef de l’État français. En 2009, les dépenses de l’Élysée se sont élevées à quelque 114 millions d’euros, soit une hausse de 2,5% par rapport à 2008. « Çà s’est réduit », reconnaît l’élu de l’Aisne, alors que les dépenses avaient grimpé de… 18% en 2008 par rapport à 2007. « Mais c’est une hausse six fois supérieure à celle des dépenses de l’État. On ne peut pas dire que cela soit la rigueur » expliquait celui qui a été considéré comme un emmerdeur public ! Il avait en ligne de mire les dépenses de déplacement de Nicolas Sarkozy, en hausse de 51% par rapport à l’an dernier. « S’il veut passer 25% de son temps dans les transports aériens, c’est son problème. Simplement, ces déplacements doivent être plus modestes. Et il n’est pas obligé d’emmener ses amis politiques… », tacle-t-il.
René Dosière pointait également du doigt la garden party de l’Élysée. Montant: 475 523 euros en 2008 ! On lui a donné raison en supprimant le rendez-vous des gens du 14 juillet, de manière symbolique, avant d’annoncer d’autres mesures beaucoup plus pénalisantes pour le commun des mortels français. Le pince-fesse élyséen ne changera pas un iota à la situation catastrophique de la France, mais fera plaisir aux moralistes des comptoirs de bistrots ! Il aurait été préférable d’annoncer que le Président paiera lui-même les multiples repas, buffets ou lunchs qu’il offre chaque semaine aux membres de son clan (parlementaires UMP bien pensants). Il lui aurait suffi de prêter une oreille attentive aux conférences de presse de Dosière et de démentir les réponses faites par… ses propres ministres, pour économiser une mascarade supplémentaire.
En effet, le 2 décembre dernier,, le Député, certes apparenté socialiste et donc forcément malhonnête, affirmait qu’ en deux ans, les effectifs des cabinets de l’ensemble du gouvernement Fillon avaient augmenté de 14,5 % alors que les effectifs de la fonction publique avait baissé de 2%. « S’il y a un secteur qui ne connaît pas la crise, ce sont les cabinets ministériels », avait-il estimé. Le cabinet le plus pléthorique était celui de Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, avec… 262 membres, suivi de celui du ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, qui avait besoin de petites mains pour son débat sur l’identité nationale, et de porte-flingues électoraux, et de Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères. Et encore, il fallait y ajouter une dose de mystère. Ces chiffres prenaient en effet autant en compte les conseillers directs du ministre que « les petites mains » au service du cabinet, comme les chauffeurs, bien que l’intérieur reste peu transparent sur son nombre de chauffeurs. « Si on comptabilisait les chauffeurs, le top 3 serait certainement Hortefeux, Borloo, Kouchner », raillait Dosière.
Autre zone d’ombre, les conseillers « officieux », « payés « , mais qui « n’apparaissent nulle part ». Si les effectifs « explosent », les salaires aussi, note le député. Entre 2008 et 2009, la rémunération moyenne mensuelle des membres des cabinets a augmenté de 23,6 % . les primes au mérite ou à la gueule du militant (on va l’appliquer aux Préfets et aux sous-préfets obéissants et bien en cours) avaient augmenté , pour leur part, de 9,2% par tête. Alors, même si on économise, il restera tellement de marges de manœuvre que personne n’ira augmenter les statistiques du RSA ! Rien n’est dit, en revanche, sur la manière dont ces dérives, qui ont toujours été interdites, seront désormais encadrées et sanctionnées… mais c’est un détail sans mportance depuis que l’on sait que, pour financer ses repas, ses déplacements, il peut y avoir des moyens différents pour un ministre en exercice. Le site Médiapart (http://www.mediapart.fr/article/offert/ee57fd03e4218177456b55ad75754809) ose en effet expliquer que, par exemple, l’irréprochable Eric Woerth avait une source inépuisable de financement de ses activités politiques personnelles. On apprend ainsi que « l’Association de soutien à l’action d’Eric Woerth » a bénéficié, au fil du temps, de quatre versements de la part de l’UMP : 3.000 euros les 30 mai et 24 décembre 2008, 5.250 euros le 9 mai, carrément 55.000 euros en janvier. En clair, le trésorier du parti présidentiel, s’arrange pour que l’UMP finance un parti politique local à son service… En Gironde, je comprends mieux pourquoi a été créé Gironde Avenir par les élus de droite du Conseil Général.
Le ministre est à l’origine, en même temps qu’à l’arrivée, des subventions, se mettant lui-même sous perfusion selon Médiapart. Mais à quoi lui sert précisément ce parti de poche Dans la colonne «dépenses», on trouve d’abord une petite somme (4.000 euros) allouée en 2008 au financement d’une campagne électorale non spécifiée – qui pourrait être celle d’Eric Woerth lui-même, lors de sa candidature aux municipales de Chantilly. On découvre aussi un loyer de 10.190 euros, peut-être pour « sa » permanence législative de Senlis (plutôt celle qu’il a laissée à son suppléant lors de son entrée au gouvernement), où est domicilié ce petit parti. Mais on tombe surtout sur 2.870 euros d’honoraires, versés à des «agences de communication» (alors que cette «Association» a pris soin de ne jamais faire parler d’elle). Enfin, plus de 15.000 euros ont été consacrés en 2008 aux seuls frais de «réceptions» ! Alors rassurez vous, il aura l’occasion de se payer un repas doré avec l’héritier Peugeot sans que ce soit le contribuable qui honore l’addition. La restauration va encore demander des exonérations de TVA, car son chiffre d’affaires va baisser !

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2 réponses à Ministres : on ne rasera plus gratis !

  1. Cubitus dit :

    Il y eu, il y a plusieurs années, un département métropolitain qui hérita d’un secrétaire général de préfecture mélomane. Pour pratiquer son art, notre homme se fit acheter, avec les deniers du contribuable bien sûr, un splendide piano. A queue, cela va de soi. Puis ce secrétaire général partit vers d’autres cieux et le piano fut remisé au grenier et plus personne ne l’utilisa.

    Quelques années plus tard, ce haut fonctionnaire revint dans le même département, mais comme préfet cette fois-ci. Que croyez-vous qu’il fit ? Redescendre le piano du grenier ? Que nenni ! Il fit tout bonnement acheter, toujours avec les deniers publics, un second piano d’une valeur de 300 000 francs ce qui représentait à l’époque le coût d’une maison. Et comme tout nouveau préfet dans un département, ainsi qu’il est d’usage, il invita à chacun leur tour les différents corps constitués, parlementaires, élus, chambres consulaires, autorités militaires et religieuses etc. à un lunch de bienvenue (également payé par le contribuable).
    Il est aussi d’usage d’inviter la presse locale, laquelle, lorsque son tour fut venu, loua et remercia ce préfet mélomane qui profita de l’occasion pour leur jouer une aubade qu’il apprécièrent énormément. Mais pas un seul ne s’interrogea sur l’origine du piano ni avec quel argent il avait été acheté.

    Puis notre bonhomme partit encore une fois et je suppose qu’aujourd’hui, il est à la retraite ou titulaire d’un poste honorifique doré au Conseil d’Etat ou dans un autre grand corps de l’Etat.

    Il y a donc, en France, une préfecture où se trouvent 2 pianos de concert et de grand prix, inutilisés, achetés avec l’argent de nos impôts par le seul caprice et pour la seule utilisation d’un haut fonctionnaire sans doute mélomane, mais surtout mégalomane.

    Quand on nous dit que l’Etat doit réduire son train de vie, c’est bien sûr parce qu’il y a trop d’instituteurs, trop de personnel hospitalier etc. Vous ne vous rendez pas compte mais ce sont ces quasi smicards qui ruinent le pays. Je vous assure, puisque c’est le gouvernement qui le dit, c’est donc que c’est vrai.

  2. Michel d'Auvergne dit :

    Je me demande si certains élus se rendent compte du coût que leur présence induit pour le citoyen surtout quand ce dit-coût n’est degrevé que par des compétences médiocres, voire, (si si des cas existent !!) par pas de compétences du tout !? Quand j’entends Roselyne BACHELOT parler d' »autarcie » pour les « bleus » qui ont vécu grâce aux centaines de milliers d’euros de la FIFA (parait-il) je trouve qu’il faut plutôt parler de dépendance… C’est l’opposé de l’autarcie !
    Bachelot pas bachelière. Ce n’est pas elle qui se plaindra des coupes sombres dans les rangs des instituteurs et grâce à elle, mon cher Cubitus, qu’on ne supprime pas les radiateurs.
    Allez, salut d’Auvergne !
    Michel.

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